Un message d’origine non-contrôlée adressé aux journalistes de la presse quotidienne

A propos d’une publicité sans nuance

« Une fake news peut vous exploser à la figure »

« La presse quotidienne – l’info d’origine contrôlée – est la solution »

 

Le message

Mesdames, Messieurs,

« La vérité, fût-elle si douloureuse, ne blesse que pour guérir »

André Gide

Si je me permets de vous adresser ce message, c’est parce que j’ai été violemment interpellé par la publicité selon laquelle « les fake news peuvent exploser sur votre figure » et « la presse quotidienne – l’info d’origine contrôlée – est la solution. ». La raison de cette interpellation est simple : les fake news en série explosées méchamment et périodiquement sur ma figure étaient exclusivement « des infos d’origine contrôlées » – et fort bien contrôlées. Elles étaient diffusées notamment en Turquie et en Belgique par des journaux de « la presse quotidienne » qui fut, dans ce cas précis, le problème et non la solution. J’en voudrais pour preuves les trois exemples que j’évoquerai ci-après : je les ai choisis parmi d’autres qui sont non seulement plus complexes pour exposer ici en quelques mots, mais aussi bien plus graves quant à leurs conséquences ayant profondément marqué et blessé mon existence, et à vie.

A titre de citoyen ordinaire incapable, malgré tout et ne fut-ce qu’un matin, de ne pas aller chercher sa drogue quotidienne à la librairie, je tiens à préciser que je sais que je marche ici sur une bande glissante et dangereuse où celles et ceux qui osent critiquer les agissements nauséabonds des mercenaires – les membres les plus corrompus et plus pourris de votre profession – risquent d’être proclamés en chœur ennemis des journalistes et de la liberté de la Presse ; ennemis inscrits en bonne place dans le catalogue des fascistes, complotistes, conspirationnistes ou populistes répertoriés par les démocrates prétendument éclairés.

Les exemples que je citerai – il est vrai, mesquins et risible, mais dont l’importance fut directement proportionnelle aux circonstances du moment – ont pour mérite, d’une part, de laisser entrevoir les intérêts privés que vos collègues en question souhaitaient défendre en voulant discréditer et disqualifier tout ce qui gêne et dérange les autorités politique et judiciaires concernées, et de tout opposition à celles-ci. De nous montrer, d’autre part, que dans la presse quotidienne aussi – sous tous les cieux et dans tous les régimes – il y a des journalistes dangereux, subjectifs, idéologique et de partie prise. Ceux-là mêmes qui défendent, comme le remarque la journaliste française Aude Lancelin, une ligne qui est le « BIEN », et qui attaquent tout ce qui n’est pas cette ligne et le transforme en « MAL ».

Selon moi, ces mêmes exemples constituent aussi une source de réflexion concernant la recherche de la réponse à la question que l’Histoire se pose sans cesse depuis l’origine des temps : comment se fait-il que les régimes déments aient pu toujours compter sur des industriels, des académiciens, des philosophes, des magistrats, des policiers, des généraux, des journalistes, des mandataires politiques, des médecins, des académiciens, bref des serviteurs volontaires assez opportunistes et suffisamment amoraux pour accepter n’importe quel sale boulot pour tarir leur soif de conquête d’une petite parcelle de pouvoir.

Quant à la conception d’information de ces prétendus journalistes, je crois que nous pouvons la résumer honnêtement, sincèrement et sans causer une quelconque préjudice à leur égard, avec ces mots Michel Schneider « Moi, la vérité, je mens ; il n’est pas plus habile mensonge que de masquer la vérité en lui donnant l’éclairage qui la rend trompeuse ».

Premier exemple

Le 2 avril 1986, j’ai organisé une conférence de presse à Istanbul pour dénoncer le développement inquiétant dans la communauté turque en Belgique et dans différents pays européennes de ce que l’on appelait à l’époque « l’intégrisme musulman », et cela depuis 1978 en général et depuis le coup d’Etat sanglant du 11 septembre 1980 en particulier. La situation dans les communautés turques en Europe était en fait le prolongement d’une politique d’Etat plus globale visant à réislamiser la société turque à l’intérieure et à reprendre en main le contrôle des immigrés à l’extérieure par l’instrumentalisation de la religion et du nationalisme. La mise en œuvre de l’opération était confiée à la branche militaire turque de Gladio (Réseaux Stay Behind) par le putschiste général Kenan Evren devenu président de la République en 1982. C’est dans ces années-là que l’avenir de la Turquie était façonné en profondeur pour en arriver trente années plus tard à la situation actuelle, en l’an 2018.  

Au terme de la conférence, les journalistes unanimes trouvaient courageux de ma part de venir en Turquie sous une chape de plomb pour dénoncer les agissements que je venais d’exposer, mais qu’ils ne pouvaient, quant à eux, rien écrire sur le sujet dans leurs journaux respectifs. Puis, sur l’insistance angoissante d’un journaliste du quotidien ‘Hürriyet’, qui avait opéré dans la salle de conférence la présence de trois officiers de la police politique, j’ai quitté Istanbul dans l’heure suivant la conférence. Je suis parti pour Ankara afin d’y rejoindre ma famille. Au douzième jour de ma présence à Ankara, soit le 14 avril 1986, mon frère m’a téléphoné de son bureau pour me dire qu’il y avait un grand article me concernant dans le journal ‘Milliyet’ connu à l’époque comme étant un quotidien de centre-gauche.

Il s’agissait en fait d’un long démenti – une sorte de droit de réponse – intitulé « Les autorités à Bruxelles ont démenti les accusations – L’ambassade de Turquie à Bruxelles n’a aucun lien avec l’intégrisme islamique ». L’article fut signé par un étrange journaliste anonyme nommé « BRÜKSEL-ŐZEL » (Bruxelles-spéciale). J’ai voulu savoir comment ce journaliste et les autorités turques à Bruxelles avaient appris tout ce que j’avais dit, point par point, lors de la conférence de presse que j’avais organisée à Istanbul et non pas à Ankara comme ce fut indiqué dans l’article-démenti. Je suis allé le jour même au siège du journal à Ankara pour m’entretenir avec le directeur de la rédaction qui m’a reçu sans opposition.

En présence de sa secrétaire, je lui ai demandé s’il voulait bien me donner une copie de l’article relative à ma conférence, qui aurait dû normalement être publié dans son journal pour qu’il fasse l’objet d’un démenti ou d’un droit de réponse. Après avoir précisé, sans gêne, qu’il croyait que j’étais rentré en Belgique, et que je n’étais plus en Turquie, il m’a répondu qu’il n’y avait pas d’autres articles. Lorsque je lui ai demandé si son journal et ses journalistes étaient des espions des services secrets turcs et des autorités turques à Bruxelles, sa réponse fut le silence. Et quand je lui ai demandé s’il était de coutume en Turquie qu’un journal publie un droit de réponse à un article qu’il n’a pas publié, il m’a répondu : « Ça peut se faire ». Je lui alors demandé s’il voulait bien publier aussi mon droit de réponse si je le lui envoyais, non, m’a-t-il répondu, mais rien ne vous empêche de saisir la justice. La justice ?

Ne pouvant dévier mon regard figé dans ses yeux, il m’a demandé avec une voix hésitante et tremblante pourquoi je le regardais de cette façon. Je lui ai répondu qu’au point où nous en étions les mots n’avaient plus aucun sens. Je n’avais donc plus rien à lui dire. Et puis, après avoir craché de toute ma force sur son journal, je l’ai flanqué sur sa figure en lui disant qu’il n’y avait rien qui pouvait l’empêcher d’appeler la police et de s’adresser à la justice sans tarder. Pendant que sa secrétaire cherchait une serviette, je suis sorti de son bureau et dans le couloir j’ai téléphoné à mon frère pour qu’il vienne me rejoindre là-bas pour aller boire un thé dans un coin tranquille sur les hauteurs d’Ankara. Ce qui fut fait.

Une année plus tard, au mois de mai 1987, le journaliste du quotidien ‘Cumhuriyet’ feu Uğur Mumcu, que j’avais rencontré en 1986, a publié un livre intitulé ‘Rabita’ qui a créé un scandale politique sans précédent en Turquie. Il y dénonçait exactement ce que j’avais dénoncé une année plus tôt lors de la conférence de presse à Istanbul. Il a été assassiné, le 24 janvier 1993, par l’explosion téléguidée de sa voiture devant son domicile à Ankara. J’ai envoyé une lettre au directeur du quotidien ‘Milliyet’ pour savoir si les autorités turques à Bruxelles ne lui avaient pas demandé de démentir les faits dénoncés par son collègue, et cela en lui rappelant ce proverbe : « La bougie du menteur n’éclaire que jusqu’au coucher de soleil. »

Deuxième exemple

Le matin du 30 aout 1999, j’ai découvert dans le journal ‘La Meuse’ un ragot délirant raconté par Madame Véronique Botty, une vile colporteuse injustement déguisée en journaliste : « En outre, écrivait-elle, afin de donner poids et publicité à son action, il entama d’abord une grève de la faim puis décida de s’adresser aux mandataires écolos pour obtenir des réponses à ses questions. Les contacts avec Ecolo se sont rapidement dégradés, Mustafa Sari n’obtenant pas des écologistes les réponses qu’il attendait. Le têtu personnage s’est donc installé dans sa voiture, devant la locale Ecolo à Liège depuis un an, il y reste nuit et jour, 24 h sur 24, 7 jours sur 7. Il n’a été délogé que l’espace de quelques semaines en juillet 1998 suite à l’intervention des mandataires Ecolo auprès du parquet de Liège qui l’a fait examiner par un médecin et l’a fait interner à l’hôpital psychiatrique de Petit Bourgognes. »

Donc, selon Madame la journaliste, je me serais arrêté un jour, comme un chien perdu sans collier, devant la porte des écolos. Ensuite, j’aurais pris la décision d’entamer une grève de la faim. Puis, je me serais adressé aux écolos pour leur poser des questions au sujet de je ne sais quel différend. N’obtenant pas les réponses, les contacts avec les écolos se seraient dégradés et j’aurais été interné quelques semaines au mois de juillet 1998, et à l’initiative des mandataires écolos, dans l’hôpital psychiatrique de Petit Bourgognes à Liège. Et enfin, bien soigné en quelques semaines, je serais revenu, en bonne santé mentale, pour me réinstaller dans ma voiture, au même endroit, devant la porte de la Régionale liégeoise du parti Ecolo. Et le tout aurait été fait en trois semaines, quelques semaines d’internement inclus, étant donné que j’avais entamé mon action devant la porte des écolos le 9 juillet 1998 à 10 heures. Et les parlementaires fédéraux Ecolo auxquels ma demande était adressée ont été informés, par intermédiaire du député fédéral Ecolo liégeois Thierry Detienne, de l’engagement de la grève de la faim à cette date et heure précises depuis le 5 juin de cette même année .

« Au politiquement correct, dit Carlo Stringer, je propose de substituer ce que je nommerai le mépris civilisé. Un concept que je définirai comme une capacité à s’inscrire en faux contre des credo, des comportements et des valeurs, dès lors qu’ils nous apparaissent irrationnels, immoraux, incohérents ou inhumains » ; pour dénoncer le comportement irrationnel et incohérent de Madame la colporteuse et de son informateur Ecolo, j’ai envoyé le 4 septembre 1999 une lettre à la rédaction du journal en demandant que l’histoire hallucinante racontée dans leur journal soit démentie. Il me semblait alors normal que la rédaction présente ses excuses, rectifie l’erreur, et qu’on en reste là. Le rédacteur en chef adjoint Philippe Miest m’a envoyé le 6 septembre 1999 cette réponse terrifiante :

« Monsieur,

Nous avons pris connaissance de votre courrier du 4 courant, qui a retenu toute notre attention.  

A la relecture de l’article concerné, il n’apparaît nullement que son auteur ait fait preuve « de malveillance, de mauvaise foi, de manque d’éthique professionnelle déconcertante ».

Il a rappelé les faits récents et a posé une question que ne manquent pas de se poser les différents observateurs de votre histoire.  Nous ne pouvons par contre rester indifférents au caractère injurieux des termes que vous employez à l’égard de membres de notre rédaction.  

Ils écornent sérieusement le sentiment de sympathie que d’aucuns pourraient éprouver à votre égard et confortent le malaise ressenti par les autres (…) »

Selon ce grand Monsieur, sa concierge n’aurait fait que de rappeler les faits récents. Et si, moi, je voulais lui plaire, ne pas écorner sa sympathie et ne plus conforter le malaise ressenti par les autres, je ne devais plus contester ces faits incontestables. Pour protéger sa concierge, il confirmait ainsi la règle : quelle que soit l’énormité du mensonge, selon Marie-France Hirigoyen, les pervers s’y accrochent et finissent par croire qu’ils convaincront les autres et obtiendront la résignation de toute opposition. Mais il avait oublié qu’on peut convaincre les autres pour ses propres raisons, mais on ne les persuade que par les leurs.

Vérité ou mensonge, cela importait peu pour lui. Etant volontairement enfermé dans un monde fictif qu’il voulait maintenir à tout prix, ce qui était vrai pour lui, c’était ce qu’il disait dans l’instant. Il faisait dans sa lettre ce que ferait un pervers moral accompli : tenter de m’entrainer sur son terrain et de me faire accepter son discours afin de m’imposer sa vision falsifiée de la réalité ; il était dans une logique tyrannique de l’abus de pouvoir, de position et de rapport de force où le plus fort tente de soumettre l’autre. Mais en vain ….

Troisième exemple

Mr. Eric Renette, lui aussi, journaliste par excellence, avait écrit un article – un pamphlet haineux truffé de mensonges et mensonges par omission – publié dans le journal ‘Le Soir’ le mardi 14 mai 1996 : « Depuis bientôt cinq semaines maintenant, écrivait-il, un homme fait la grève de la faim, dans sa voiture, devant le palais de Justice de Liège. Discrètement. Habitant véritablement sa Mercedes depuis plus de trois semaines. Mustafa Sari entend ainsi clamer son désir … d’être traduit devant la justice ! » Et d’ajouter, en posant en protecteur des pauvres magistrats liégeois concernés : « Enfin, pour ne rien simplifier, il multiplie les lettres dans lesquelles il arrose d’insultes les magistrats qui participent, de près ou de très loin, à son affaire.  Face au gréviste, à l’intérieur du palais de justice, on s’étonne un peu de voir M. Sari s’exciter de la sorte. Son dossier suit son cours. La juge d’instruction qui s’occupe maintenant de l’affaire a d’ailleurs communiqué son dossier au parquet. »

La présentation fut d’une brillance, il est vrai, parfaite, à l’image de la virtuosité technique du maître de cérémonie pavlovien bien conditionné et entrainé au palais de justice avant d’être lâché sur la place publique pour qu’il dise et écrive ce que les magistrats  lui avaient demandé de dire et écrire : voilà un homme, disait-il, pour ne pas dire un tricheur excité, qui glane en face du palais de justice en faisant croire que, depuis cinq semaine, il habite dans sa « Mercedes » jour et nuit et y mène une grève de la faim. Discrètement. De plus, il clame son désir … (pour ne pas dire A-normale) d’être traduit devant la justice. Et comme tout cela ne suffisait pas, il arrose d’insultes, et impunément, les pauvres magistrats impuissants, sans défense ni protection, qui participent, de près ou de très loin, à son affaire.

Pour le dire avec les mots du merveilleux « Dictateur » Charlie Chaplin, il est vrai que « je n’ai ni pris de gants, ni choisi des mots polis, ni tenté de transiger avec quelque chose que la plupart d’entre nous éprouvent profondément. » Et ce sans le moindre souci de plaire à qui que ce soit et pour quoi que ce soit – même pas aux « journalistes ». Il est vrai aussi que j’ai mené la grève de la faim « discrètement », et comme toujours, car j’estime qu’un gréviste de la faim n’est pas un marchand ambulant de tapis qui arpente les rues en hurlant, et qu’une grève de la faim n’est pas un spectacle public même si elle est menée sur la place publique face à ceux que le gréviste estime devoir interpeller pour défendre ses droits.

Quand mes enfants m’ont demandé où j’avais habité les deux premières semaines, je leur ai raconté une belle histoire : il était une fois, j’habitais dans ma « Mercedes » depuis cinq semaines mais pendant les deux premières semaines, le « journaliste » n’avait pas remarqué ma présence dans ma « Mercedes » lors de ses contrôles nocturnes à cause du brouillard épais et permanent pendant la nuit. Tandis que les trois dernières semaines, il faisait beau et il n’y avait plus de brouillard ni pendant la nuit ni pendant la journée. Ce qui lui avait permis de constater ma présence dans ma « Mercedes » pendant les trois semaines suivantes.

Hélas, pas pour très longtemps encore. Car, au quarantième jour de la grève, j’ai eu la satisfaction d’apprendre par mon avocat, Maître Louis Genet, Complice des magistrats concernés, que l’affaire allait être soumise à l’examen de la Chambre du Conseil dans les quinze jours si j’acceptais d’être introduit devant la justice, c’est-à-dire si j’acceptais d’être directement renvoyé devant le tribunal correctionnel sans me défendre devant la Chambre du Conseil. J’ai marqué mon accord parce que je savais, avant même d’entamer la grève de la faim,  que c’était la seule façon d’obtenir satisfaction, comme mon avocat me l’avait dit !

Mais, le jour venu, le 7 juin 1996, j’ai fait ce à quoi ni mon avocat ni les brillants terroristes du parquet de Liège ne s’attendaient : j’ai renvoyé (viré) le Complice et je me suis défendu tout seul devant ladite Chambre qui a prononcé son ordonnance de non-lieu le 21 juin. Le parquet a fait appel pour démontrer que la défaite, pour lui, était impossible. Appel qui fut suivi d’un arrêt de non-lieu rendu le 17 avril 1997 par la Chambre des Mises en Accusations. J’ai été enfin ‘blanchi’, comme ils disaient. Il me fallait désormais savoir pourquoi j’ai été ‘noirci’. La route menant à « la justice » était encore longue, très longue…

Remarque importante :

Les magistrats ont-ils été insultés, comme le prétendait le journaliste ?

Dans un article paru le 25 août 1995 dans le journal ‘La Wallonie’, nous lisions les propos suivants que j’avais tenus pendant une conférence de presse pour annoncer la première grève de la faim que j’allais entamer une semaine plus tard  : « Lors de cette grève, avais-je dit, j’exposerai au public les noms des terroristes d’Etat que sont Mme Bourguignon, Procureur du Roi, Mr. Brasseur, Juge d’Instruction, MM. Jacquet, Boston et Gelasse, officiers de la police judiciaire. »  Le titre d’un autre article paru le même jour dans le journal ‘La Meuse’ était : « Grève de la faim contre « terrorisme d’Etat » ».  Le 13 septembre 1995, MM. Jacquet, Boston et Gelasse ont déposé plainte avec constitution de partie civile à ma charge et à charge du journaliste Thierry Delsemme pour « dénonciations calomnieuses ». La suite définitive que la Chambre des Mises en Accusation a réservé à leur plainte fut un arrêt de non-lieu rendu le 25 août 1999. Le journaliste n’en a pas parlé dans son journal. Dommage ! N’est-ce pas ?

Surprise : un autre journaliste du journal ‘la Meuse’

Le 2 juin 1997, en revenant de l’Allemagne, j’ai vu un jeune homme qui vendait tard dans la soirée le journal ‘La Meuse’ du lendemain devant la gare des guillemins à Liège. J’en ai acheté un pour lire dans le bus en rentrant chez-moi. Surprise ! A la troisième page, j’ai découvert un article intitulé « Mustafa Sari ne baisse pas le bras » et signé G.Y.L qui écrivait :

« Aujourd’hui après 20 ans de combat, et sept grèves de la faim qui ont fait suite à un mandat d’arrêt de 3 jours pour un dossier d’escroquerie, et trois autres dossiers périphériques menés dans la foulée, la justice a rendu non seulement une ordonnance de non-lieu sur accusation de détournement de fonds portant sur une somme d’un peu plus d’un million de francs, mais aussi un arrêt de non-lieu.  

Pour arriver à ce résultat, Mustafa Sari avait renvoyé ses avocats et avait entrepris un travail « colossal » quand on n’est pas juriste, pour démonter le mécanisme qui en faisait un coupable. N’empêche qu’à ce jour, pour ses deux grands fils qui l’entourent, cet homme libertaire, profondément laïc, décidé, veut être innocenté. Le non-lieu n’est en effet qu’une constatation qu’il n’existe pas de preuve suffisante pour condamner quelqu’un. Jusqu’aux assises ? Il ira, dit-il, jusqu’à la cour d’assise s’il le faut. »

Le lendemain, j’ai téléphoné au journal pour parler avec le rédacteur de cet article, que je ne connaissais pas, pour savoir pourquoi il avait tenu à publier en ce moment les propos que j’avais effectivement tenus deux mois plus tôt lors d’une conférence presse. La secrétaire de la rédaction m’a dit que ce journaliste avait rédigé son article juste à la veille de son départ à la retraite et qu’il n’y travaillait plus. Ce fut sans doute une des personnes, qui avait encore le sentiment de sympathie à l’égard de juste cause que je défendais.

Conclusion

Il ne faut pas continuer de se voiler la face : Comme de tous les temps, aujourd’hui comme hier, il y a des journalistes dangereux aussi dans la presse quotidienne, et sous tous les cieux, et dans tous les régimes. Mais « il dépend de nous, comme disait Emmanuel Kant, pour que le présent délivre sa promesse d’avenir » aussi dans ce domaine. Même si le printemps tant rêvé a encore beaucoup d’hivers à vaincre, que vive le contre-pouvoir indépendant et libre pour que « le quatrième pouvoir » ne puisse, à son tour, finir par agiter l’étendard de l’abus de pouvoir comme la règle et le principe de comportement acquis.

Cordialement.

Mustafa Üner Sari

Genval, le 25 novembre 2018