Invitation à un débat démocratique

Plaidoyer pour la protection et la promotion de la Presse libre, indépendante et objective

Chers citoyens,

Chers amis,

Le 25 novembre dernier, j’ai publié (https://wordpress.com/post/mustafasari969507202.wordpress.com/264) un message adressé aux journalistes de la presse quotidienne à propos d’une publicité : « Une fake news peut vous exploser à la figure. La presse quotidienne – l’info d’origine contrôlée – est la solution». Par des réactions enrichissantes que j’ai reçues, j’ai été encouragé à ouvrir le débat à la participation du plus grand nombre de citoyens étant donné que l’indépendance, la liberté et l’objectivité de la presse dans une démocratie vivante ne peut nous laisser indifférent. Personnellement, j’ai réagi, qui ne dit mot consent, lorsque j’ai pris connaissance de cette publicité parce que la solution catégorique, sans nuance, qu’elle propose répudie tout changement pourtant tant désiré par ce qui reste des lecteurs ; elle prend son désir, qui est aussi le nôtre, pour la réalité. Sinon, il faudrait qu’un journaliste nous explique comment se fait-il que, durant des années, tant de conneries – des fake news – ont explosé sur nos figures.

 

Ceci étant, je souhaiterais soulever ici le constat suivant, fruit de mon expérience : il ne faut jamais oublier qu’il vaut mieux parfois ne pas croire à ce que disent ceux qui estiment savoir de quoi ils parlent : dans un article publié dans ‘le Soir’ du 18 octobre 1994, Monsieur Eric Renette, journaliste, remarquait que j’avais « pris pour preuve (légère!) un article de presse » en citant devant la justice le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme dans le cadre de l’institution du énième Exécutif des musulmans de Belgique. Ce journaliste avait-il raison parce qu’il était bien placé pour savoir qu’une information publiée dans la presse ne serait pas « une info d’origine contrôlée », autrement dit, elle ne serait pas, dans les faits, une preuve de la véracité de cette même information ? Dans ce cas, le journaliste n’avait raison : comme je croyais et comme je crois encore, certains journaux publient des « informations d’origine bien contrôlée » : et l’information que j’avais « prise pour preuve » était bien une preuve précieuse qui fut publiée le siècle dernier dans le journal néerlandophone ‘De Morgen’.    

Tromperies, mensonge, manipulation où information ?

Dans le combat, il y a des jours vraiment pénibles où des informations « d’origine contrôlée » vous interpellent avec une violence morale inouïe. Je voudrais prendre ici deux exemples différents de ceux qui étaient déjà cités dans le message évoqué plus haut afin d’aller au-delà de mon expérience personnelle afin de saisir l’enjeu concernant notre société entière

Un exemple concernant l’Etat turc

Le 27 janvier 2015, a été publié dans ‘la Libre Belgique’ un entretien de deux pages réalisé par Monsieur Jean-Bosco d’Otreppe, journaliste. J’ai été littéralement révolté lorsque j’ai vu en plein milieu de la première page – et bien mise en évidence avec des lettres grasses – une déclaration d’un imam, Frère de Verviers, Monsieur Noureddine Smaili, alors président du très officiel « Exécutif des musulmans de Belgique » : « C’est la première fois, disait-il, dans l’histoire de l’Exécutif qu’il y a une entente totale entre les Turcs et non-Turcs. Je peux vous garantir que la Turquie n’a pas d’influence directe sur les mosquées en Belgique. »

Une déclaration en opposition frontale avec un fait indéniable que le président de l’Exécutif des musulmans de Belgique ne pouvait pas ne pas connaitre : la fondation religieuse turco-islamique de l’ambassade de Turquie à Bruxelles – le nid des organisations turques d’extrême droite appelé aussi « Diyanet de Belgique » – est propriétaires de 72 mosquées en Belgique. Mais, selon l’imam qui disait ce que « les Turcs » lui avaient demandé de dire, la Turquie n’aurait pas d’influence directe sur les mosquées en Belgique, même pas sur ses propres mosquées. Donc, tout ceux qui dénoncent depuis des décennies l’influence nuisible de la Turquie dans les mosquées en Belgique seraient de vulgaires charlatans, en manque de sensation forte, qui lutteraient contre les moulins à vent. Durant des semaines, j’ai demandé au journaliste concerné que ce vil mensonge volontaire et délibéré soit rectifié dans son journal et à la même page où il était paru. En vain ! J’espère que, à ce sujet, les générations futures ne feront pas des recherches dans les archives de ‘la Libre Belgique’.

Quant au Frère président, il me disait dans son courriel du 22 mars 2015 : « Il y a un accord d’Etat à Etat dans lequel je n’ai pas le droit d’émettre un avis. Je suis chargé de gérer le temporel et rien que le temporel. » ; sous prétexte de représenter les musulmans de Belgique auprès de l’Etat belge, le président avait pour mission de « gérer le temporel et rien que le temporel » dans le respect strict des conditions secrètes de « l’accord de l’Etat à Etat ».

Un exemple concernant l’Etat belge

Un dossier publié dans le Vif/L’Express du 13 décembre 2013 avait pour titre interpellant : « Comment l’Arabie Saoudite a imposé son islam rigoriste à la Belgique ». Deux années plus tard, un autre dossier publié le 6 mars 2015 aussi dans le Vif/L’Express, a eu pour titre encore plus accrocheur : « Comment les Frères musulmans ont pris la Belgique en otage. » En lisant ces titres – indépendamment des contenus appréciables des deux dossiers – je me demandais si Madame Marie-Cécile Royen, ne disait pas aux «infidèles à la Belgique» qu’il fallait cesser de culpabiliser la Victime qui aurait été réduite au silence par l’Arabie Saoudite et prise en otage par les Frères musulmans. Et qu’il suffisait de lire ses dossiers – mais comme les lirait un chien de Pavlov – pour se dire au terme de la lecture : ‘Voilà, j’ai compris comment l’Arabie Saoudite a imposé – sans char ni canon – son islam rigoriste à la Belgique, et comment les Frères musulmans ont pris la Belgique en otage sans fusil ni char ni canon’.

Alors qu’il n’en était rien dans la réalité. Madame Royen transmettait à ses lecteurs ses opinions présentées sous les dehors des faits indéniables ; L’Arabie Saoudite n’a rien imposé à la Belgique, Les Frères n’ont pas pris la Belgique en otage : la Ligue islamique mondiale saoudienne et les Frères, comme tant d’autres organisations d’inspiration théocratiques, ont fait partout en Belgique – dans des rues, dans des écoles, associations, mosquées, cercles, sur les marchés, lors des conférences – ce qu’ils estimaient devoir faire au vu et au su de tous, et ce avec la complicité des partis politiques belges démocratiques de toutes tendances, et surtout avec la bénédiction bienveillante des Etats notamment belge, turc et marocain.

Eu égard à cette réalité dont nous étions des témoins vivants sur le terrain, Nous aurions mieux compris si Madame Royen nous avait dit ceci : pendant que l’Arabie Saoudite imposait son islam rigoriste non pas à la Belgique mais aux musulmans de Belgique pris en otage par les Frères musulmans transnationaux dans les ghettos soigneusement encadrés, les autorités belges étaient devenues sourdes et aveugles ; elles étaient trop occupées par la signature des contrats pétroliers et commerciaux, et par leur souci du bon déroulement du versement à qui de droit des pots de vin colossaux, comme ce fut le cas, par exemple, du contrat d’Eurosystème Hospitalier pour compte de la Garde National saoudienne.

A ce propos aussi, je crois que la vérité historique était bien gardée par Madame Fortunato Habib Israël, alias Madame Tuna, qui avait dirigé à l’époque, depuis le Bulding Brusilia sis avenue Louis Bertrand à Schaarbeek, un réseau de prostitution de Luxe, des call-girls choisies en fonction des goûts royaux et princiers cosmopolites (voir Georges Timmermans, ‘Main Basse sur Bruxelles’ ; Argent, pouvoir et Béton, Edition EPO, 1991, pp. 122-123 et Paul Belien, ‘Riyadh to Brussels: A Tale of Two Womanising Kings’, The Brussels Journal, le 01.08. 2005).

Conclusion

Compte tenu des exemples, parmi tant d’autres, cités ici et dans ledit message, que pensez-vous, chers citoyens, chers amis, de cette publicité sans nuance : « Une fake news peut vous exploser à la figure. La presse quotidienne – l’info d’origine contrôlée – est la solution » ?

Dans notre pays, que pourrait-on faire, selon vous, pour la protection et la promotion de la presse libre, indépendante et objective mue autant que possible par la recherche – et ce n’est pas chose facile à notre époque – de la vérité et de l’information authentique ?  

Merci d’avance pour votre avis et pour votre vigilance citoyenne, sans faire appel, S.V.P, à des considérations sensationnalistes et démagogiques dignes des vrais ennemis de la liberté de la presse et de la liberté d’expression qui nous sont très chers.

Et quoi qu’il arrive, vive la presse libre, indépendant et objective ; le contre-pouvoir par excellence dans une démocratie vivante et joyeuse à toutes les saisons.

Mustafa Uner Sari.

Genval, le 6 décembre 2018.

 

Publicités

Un message d’origine non-contrôlée adressé aux journalistes de la presse quotidienne

A propos d’une publicité sans nuance

« Une fake news peut vous exploser à la figure »

« La presse quotidienne – l’info d’origine contrôlée – est la solution »

 

Le message

Mesdames, Messieurs,

« La vérité, fût-elle si douloureuse, ne blesse que pour guérir »

André Gide

Si je me permets de vous adresser ce message, c’est parce que j’ai été violemment interpellé par la publicité selon laquelle « les fake news peuvent exploser sur votre figure » et « la presse quotidienne – l’info d’origine contrôlée – est la solution. ». La raison de cette interpellation est simple : les fake news en série explosées méchamment et périodiquement sur ma figure étaient exclusivement « des infos d’origine contrôlées » – et fort bien contrôlées. Elles étaient diffusées notamment en Turquie et en Belgique par des journaux de « la presse quotidienne » qui fut, dans ce cas précis, le problème et non la solution. J’en voudrais pour preuves les trois exemples que j’évoquerai ci-après : je les ai choisis parmi d’autres qui sont non seulement plus complexes pour exposer ici en quelques mots, mais aussi bien plus graves quant à leurs conséquences ayant profondément marqué et blessé mon existence, et à vie.

A titre de citoyen ordinaire incapable, malgré tout et ne fut-ce qu’un matin, de ne pas aller chercher sa drogue quotidienne à la librairie, je tiens à préciser que je sais que je marche ici sur une bande glissante et dangereuse où celles et ceux qui osent critiquer les agissements nauséabonds des mercenaires – les membres les plus corrompus et plus pourris de votre profession – risquent d’être proclamés en chœur ennemis des journalistes et de la liberté de la Presse ; ennemis inscrits en bonne place dans le catalogue des fascistes, complotistes, conspirationnistes ou populistes répertoriés par les démocrates prétendument éclairés.

Les exemples que je citerai – il est vrai, mesquins et risible, mais dont l’importance fut directement proportionnelle aux circonstances du moment – ont pour mérite, d’une part, de laisser entrevoir les intérêts privés que vos collègues en question souhaitaient défendre en voulant discréditer et disqualifier tout ce qui gêne et dérange les autorités politique et judiciaires concernées, et de tout opposition à celles-ci. De nous montrer, d’autre part, que dans la presse quotidienne aussi – sous tous les cieux et dans tous les régimes – il y a des journalistes dangereux, subjectifs, idéologique et de partie prise. Ceux-là mêmes qui défendent, comme le remarque la journaliste française Aude Lancelin, une ligne qui est le « BIEN », et qui attaquent tout ce qui n’est pas cette ligne et le transforme en « MAL ».

Selon moi, ces mêmes exemples constituent aussi une source de réflexion concernant la recherche de la réponse à la question que l’Histoire se pose sans cesse depuis l’origine des temps : comment se fait-il que les régimes déments aient pu toujours compter sur des industriels, des académiciens, des philosophes, des magistrats, des policiers, des généraux, des journalistes, des mandataires politiques, des médecins, des académiciens, bref des serviteurs volontaires assez opportunistes et suffisamment amoraux pour accepter n’importe quel sale boulot pour tarir leur soif de conquête d’une petite parcelle de pouvoir.

Quant à la conception d’information de ces prétendus journalistes, je crois que nous pouvons la résumer honnêtement, sincèrement et sans causer une quelconque préjudice à leur égard, avec ces mots Michel Schneider « Moi, la vérité, je mens ; il n’est pas plus habile mensonge que de masquer la vérité en lui donnant l’éclairage qui la rend trompeuse ».

Premier exemple

Le 2 avril 1986, j’ai organisé une conférence de presse à Istanbul pour dénoncer le développement inquiétant dans la communauté turque en Belgique et dans différents pays européennes de ce que l’on appelait à l’époque « l’intégrisme musulman », et cela depuis 1978 en général et depuis le coup d’Etat sanglant du 11 septembre 1980 en particulier. La situation dans les communautés turques en Europe était en fait le prolongement d’une politique d’Etat plus globale visant à réislamiser la société turque à l’intérieure et à reprendre en main le contrôle des immigrés à l’extérieure par l’instrumentalisation de la religion et du nationalisme. La mise en œuvre de l’opération était confiée à la branche militaire turque de Gladio (Réseaux Stay Behind) par le putschiste général Kenan Evren devenu président de la République en 1982. C’est dans ces années-là que l’avenir de la Turquie était façonné en profondeur pour en arriver trente années plus tard à la situation actuelle, en l’an 2018.  

Au terme de la conférence, les journalistes unanimes trouvaient courageux de ma part de venir en Turquie sous une chape de plomb pour dénoncer les agissements que je venais d’exposer, mais qu’ils ne pouvaient, quant à eux, rien écrire sur le sujet dans leurs journaux respectifs. Puis, sur l’insistance angoissante d’un journaliste du quotidien ‘Hürriyet’, qui avait opéré dans la salle de conférence la présence de trois officiers de la police politique, j’ai quitté Istanbul dans l’heure suivant la conférence. Je suis parti pour Ankara afin d’y rejoindre ma famille. Au douzième jour de ma présence à Ankara, soit le 14 avril 1986, mon frère m’a téléphoné de son bureau pour me dire qu’il y avait un grand article me concernant dans le journal ‘Milliyet’ connu à l’époque comme étant un quotidien de centre-gauche.

Il s’agissait en fait d’un long démenti – une sorte de droit de réponse – intitulé « Les autorités à Bruxelles ont démenti les accusations – L’ambassade de Turquie à Bruxelles n’a aucun lien avec l’intégrisme islamique ». L’article fut signé par un étrange journaliste anonyme nommé « BRÜKSEL-ŐZEL » (Bruxelles-spéciale). J’ai voulu savoir comment ce journaliste et les autorités turques à Bruxelles avaient appris tout ce que j’avais dit, point par point, lors de la conférence de presse que j’avais organisée à Istanbul et non pas à Ankara comme ce fut indiqué dans l’article-démenti. Je suis allé le jour même au siège du journal à Ankara pour m’entretenir avec le directeur de la rédaction qui m’a reçu sans opposition.

En présence de sa secrétaire, je lui ai demandé s’il voulait bien me donner une copie de l’article relative à ma conférence, qui aurait dû normalement être publié dans son journal pour qu’il fasse l’objet d’un démenti ou d’un droit de réponse. Après avoir précisé, sans gêne, qu’il croyait que j’étais rentré en Belgique, et que je n’étais plus en Turquie, il m’a répondu qu’il n’y avait pas d’autres articles. Lorsque je lui ai demandé si son journal et ses journalistes étaient des espions des services secrets turcs et des autorités turques à Bruxelles, sa réponse fut le silence. Et quand je lui ai demandé s’il était de coutume en Turquie qu’un journal publie un droit de réponse à un article qu’il n’a pas publié, il m’a répondu : « Ça peut se faire ». Je lui alors demandé s’il voulait bien publier aussi mon droit de réponse si je le lui envoyais, non, m’a-t-il répondu, mais rien ne vous empêche de saisir la justice. La justice ?

Ne pouvant dévier mon regard figé dans ses yeux, il m’a demandé avec une voix hésitante et tremblante pourquoi je le regardais de cette façon. Je lui ai répondu qu’au point où nous en étions les mots n’avaient plus aucun sens. Je n’avais donc plus rien à lui dire. Et puis, après avoir craché de toute ma force sur son journal, je l’ai flanqué sur sa figure en lui disant qu’il n’y avait rien qui pouvait l’empêcher d’appeler la police et de s’adresser à la justice sans tarder. Pendant que sa secrétaire cherchait une serviette, je suis sorti de son bureau et dans le couloir j’ai téléphoné à mon frère pour qu’il vienne me rejoindre là-bas pour aller boire un thé dans un coin tranquille sur les hauteurs d’Ankara. Ce qui fut fait.

Une année plus tard, au mois de mai 1987, le journaliste du quotidien ‘Cumhuriyet’ feu Uğur Mumcu, que j’avais rencontré en 1986, a publié un livre intitulé ‘Rabita’ qui a créé un scandale politique sans précédent en Turquie. Il y dénonçait exactement ce que j’avais dénoncé une année plus tôt lors de la conférence de presse à Istanbul. Il a été assassiné, le 24 janvier 1993, par l’explosion téléguidée de sa voiture devant son domicile à Ankara. J’ai envoyé une lettre au directeur du quotidien ‘Milliyet’ pour savoir si les autorités turques à Bruxelles ne lui avaient pas demandé de démentir les faits dénoncés par son collègue, et cela en lui rappelant ce proverbe : « La bougie du menteur n’éclaire que jusqu’au coucher de soleil. »

Deuxième exemple

Le matin du 30 aout 1999, j’ai découvert dans le journal ‘La Meuse’ un ragot délirant raconté par Madame Véronique Botty, une vile colporteuse injustement déguisée en journaliste : « En outre, écrivait-elle, afin de donner poids et publicité à son action, il entama d’abord une grève de la faim puis décida de s’adresser aux mandataires écolos pour obtenir des réponses à ses questions. Les contacts avec Ecolo se sont rapidement dégradés, Mustafa Sari n’obtenant pas des écologistes les réponses qu’il attendait. Le têtu personnage s’est donc installé dans sa voiture, devant la locale Ecolo à Liège depuis un an, il y reste nuit et jour, 24 h sur 24, 7 jours sur 7. Il n’a été délogé que l’espace de quelques semaines en juillet 1998 suite à l’intervention des mandataires Ecolo auprès du parquet de Liège qui l’a fait examiner par un médecin et l’a fait interner à l’hôpital psychiatrique de Petit Bourgognes. »

Donc, selon Madame la journaliste, je me serais arrêté un jour, comme un chien perdu sans collier, devant la porte des écolos. Ensuite, j’aurais pris la décision d’entamer une grève de la faim. Puis, je me serais adressé aux écolos pour leur poser des questions au sujet de je ne sais quel différend. N’obtenant pas les réponses, les contacts avec les écolos se seraient dégradés et j’aurais été interné quelques semaines au mois de juillet 1998, et à l’initiative des mandataires écolos, dans l’hôpital psychiatrique de Petit Bourgognes à Liège. Et enfin, bien soigné en quelques semaines, je serais revenu, en bonne santé mentale, pour me réinstaller dans ma voiture, au même endroit, devant la porte de la Régionale liégeoise du parti Ecolo. Et le tout aurait été fait en trois semaines, quelques semaines d’internement inclus, étant donné que j’avais entamé mon action devant la porte des écolos le 9 juillet 1998 à 10 heures. Et les parlementaires fédéraux Ecolo auxquels ma demande était adressée ont été informés, par intermédiaire du député fédéral Ecolo liégeois Thierry Detienne, de l’engagement de la grève de la faim à cette date et heure précises depuis le 5 juin de cette même année .

« Au politiquement correct, dit Carlo Stringer, je propose de substituer ce que je nommerai le mépris civilisé. Un concept que je définirai comme une capacité à s’inscrire en faux contre des credo, des comportements et des valeurs, dès lors qu’ils nous apparaissent irrationnels, immoraux, incohérents ou inhumains » ; pour dénoncer le comportement irrationnel et incohérent de Madame la colporteuse et de son informateur Ecolo, j’ai envoyé le 4 septembre 1999 une lettre à la rédaction du journal en demandant que l’histoire hallucinante racontée dans leur journal soit démentie. Il me semblait alors normal que la rédaction présente ses excuses, rectifie l’erreur, et qu’on en reste là. Le rédacteur en chef adjoint Philippe Miest m’a envoyé le 6 septembre 1999 cette réponse terrifiante :

« Monsieur,

Nous avons pris connaissance de votre courrier du 4 courant, qui a retenu toute notre attention.  

A la relecture de l’article concerné, il n’apparaît nullement que son auteur ait fait preuve « de malveillance, de mauvaise foi, de manque d’éthique professionnelle déconcertante ».

Il a rappelé les faits récents et a posé une question que ne manquent pas de se poser les différents observateurs de votre histoire.  Nous ne pouvons par contre rester indifférents au caractère injurieux des termes que vous employez à l’égard de membres de notre rédaction.  

Ils écornent sérieusement le sentiment de sympathie que d’aucuns pourraient éprouver à votre égard et confortent le malaise ressenti par les autres (…) »

Selon ce grand Monsieur, sa concierge n’aurait fait que de rappeler les faits récents. Et si, moi, je voulais lui plaire, ne pas écorner sa sympathie et ne plus conforter le malaise ressenti par les autres, je ne devais plus contester ces faits incontestables. Pour protéger sa concierge, il confirmait ainsi la règle : quelle que soit l’énormité du mensonge, selon Marie-France Hirigoyen, les pervers s’y accrochent et finissent par croire qu’ils convaincront les autres et obtiendront la résignation de toute opposition. Mais il avait oublié qu’on peut convaincre les autres pour ses propres raisons, mais on ne les persuade que par les leurs.

Vérité ou mensonge, cela importait peu pour lui. Etant volontairement enfermé dans un monde fictif qu’il voulait maintenir à tout prix, ce qui était vrai pour lui, c’était ce qu’il disait dans l’instant. Il faisait dans sa lettre ce que ferait un pervers moral accompli : tenter de m’entrainer sur son terrain et de me faire accepter son discours afin de m’imposer sa vision falsifiée de la réalité ; il était dans une logique tyrannique de l’abus de pouvoir, de position et de rapport de force où le plus fort tente de soumettre l’autre. Mais en vain ….

Troisième exemple

Mr. Eric Renette, lui aussi, journaliste par excellence, avait écrit un article – un pamphlet haineux truffé de mensonges et mensonges par omission – publié dans le journal ‘Le Soir’ le mardi 14 mai 1996 : « Depuis bientôt cinq semaines maintenant, écrivait-il, un homme fait la grève de la faim, dans sa voiture, devant le palais de Justice de Liège. Discrètement. Habitant véritablement sa Mercedes depuis plus de trois semaines. Mustafa Sari entend ainsi clamer son désir … d’être traduit devant la justice ! » Et d’ajouter, en posant en protecteur des pauvres magistrats liégeois concernés : « Enfin, pour ne rien simplifier, il multiplie les lettres dans lesquelles il arrose d’insultes les magistrats qui participent, de près ou de très loin, à son affaire.  Face au gréviste, à l’intérieur du palais de justice, on s’étonne un peu de voir M. Sari s’exciter de la sorte. Son dossier suit son cours. La juge d’instruction qui s’occupe maintenant de l’affaire a d’ailleurs communiqué son dossier au parquet. »

La présentation fut d’une brillance, il est vrai, parfaite, à l’image de la virtuosité technique du maître de cérémonie pavlovien bien conditionné et entrainé au palais de justice avant d’être lâché sur la place publique pour qu’il dise et écrive ce que les magistrats  lui avaient demandé de dire et écrire : voilà un homme, disait-il, pour ne pas dire un tricheur excité, qui glane en face du palais de justice en faisant croire que, depuis cinq semaine, il habite dans sa « Mercedes » jour et nuit et y mène une grève de la faim. Discrètement. De plus, il clame son désir … (pour ne pas dire A-normale) d’être traduit devant la justice. Et comme tout cela ne suffisait pas, il arrose d’insultes, et impunément, les pauvres magistrats impuissants, sans défense ni protection, qui participent, de près ou de très loin, à son affaire.

Pour le dire avec les mots du merveilleux « Dictateur » Charlie Chaplin, il est vrai que « je n’ai ni pris de gants, ni choisi des mots polis, ni tenté de transiger avec quelque chose que la plupart d’entre nous éprouvent profondément. » Et ce sans le moindre souci de plaire à qui que ce soit et pour quoi que ce soit – même pas aux « journalistes ». Il est vrai aussi que j’ai mené la grève de la faim « discrètement », et comme toujours, car j’estime qu’un gréviste de la faim n’est pas un marchand ambulant de tapis qui arpente les rues en hurlant, et qu’une grève de la faim n’est pas un spectacle public même si elle est menée sur la place publique face à ceux que le gréviste estime devoir interpeller pour défendre ses droits.

Quand mes enfants m’ont demandé où j’avais habité les deux premières semaines, je leur ai raconté une belle histoire : il était une fois, j’habitais dans ma « Mercedes » depuis cinq semaines mais pendant les deux premières semaines, le « journaliste » n’avait pas remarqué ma présence dans ma « Mercedes » lors de ses contrôles nocturnes à cause du brouillard épais et permanent pendant la nuit. Tandis que les trois dernières semaines, il faisait beau et il n’y avait plus de brouillard ni pendant la nuit ni pendant la journée. Ce qui lui avait permis de constater ma présence dans ma « Mercedes » pendant les trois semaines suivantes.

Hélas, pas pour très longtemps encore. Car, au quarantième jour de la grève, j’ai eu la satisfaction d’apprendre par mon avocat, Maître Louis Genet, Complice des magistrats concernés, que l’affaire allait être soumise à l’examen de la Chambre du Conseil dans les quinze jours si j’acceptais d’être introduit devant la justice, c’est-à-dire si j’acceptais d’être directement renvoyé devant le tribunal correctionnel sans me défendre devant la Chambre du Conseil. J’ai marqué mon accord parce que je savais, avant même d’entamer la grève de la faim,  que c’était la seule façon d’obtenir satisfaction, comme mon avocat me l’avait dit !

Mais, le jour venu, le 7 juin 1996, j’ai fait ce à quoi ni mon avocat ni les brillants terroristes du parquet de Liège ne s’attendaient : j’ai renvoyé (viré) le Complice et je me suis défendu tout seul devant ladite Chambre qui a prononcé son ordonnance de non-lieu le 21 juin. Le parquet a fait appel pour démontrer que la défaite, pour lui, était impossible. Appel qui fut suivi d’un arrêt de non-lieu rendu le 17 avril 1997 par la Chambre des Mises en Accusations. J’ai été enfin ‘blanchi’, comme ils disaient. Il me fallait désormais savoir pourquoi j’ai été ‘noirci’. La route menant à « la justice » était encore longue, très longue…

Remarque importante :

Les magistrats ont-ils été insultés, comme le prétendait le journaliste ?

Dans un article paru le 25 août 1995 dans le journal ‘La Wallonie’, nous lisions les propos suivants que j’avais tenus pendant une conférence de presse pour annoncer la première grève de la faim que j’allais entamer une semaine plus tard  : « Lors de cette grève, avais-je dit, j’exposerai au public les noms des terroristes d’Etat que sont Mme Bourguignon, Procureur du Roi, Mr. Brasseur, Juge d’Instruction, MM. Jacquet, Boston et Gelasse, officiers de la police judiciaire. »  Le titre d’un autre article paru le même jour dans le journal ‘La Meuse’ était : « Grève de la faim contre « terrorisme d’Etat » ».  Le 13 septembre 1995, MM. Jacquet, Boston et Gelasse ont déposé plainte avec constitution de partie civile à ma charge et à charge du journaliste Thierry Delsemme pour « dénonciations calomnieuses ». La suite définitive que la Chambre des Mises en Accusation a réservé à leur plainte fut un arrêt de non-lieu rendu le 25 août 1999. Le journaliste n’en a pas parlé dans son journal. Dommage ! N’est-ce pas ?

Surprise : un autre journaliste du journal ‘la Meuse’

Le 2 juin 1997, en revenant de l’Allemagne, j’ai vu un jeune homme qui vendait tard dans la soirée le journal ‘La Meuse’ du lendemain devant la gare des guillemins à Liège. J’en ai acheté un pour lire dans le bus en rentrant chez-moi. Surprise ! A la troisième page, j’ai découvert un article intitulé « Mustafa Sari ne baisse pas le bras » et signé G.Y.L qui écrivait :

« Aujourd’hui après 20 ans de combat, et sept grèves de la faim qui ont fait suite à un mandat d’arrêt de 3 jours pour un dossier d’escroquerie, et trois autres dossiers périphériques menés dans la foulée, la justice a rendu non seulement une ordonnance de non-lieu sur accusation de détournement de fonds portant sur une somme d’un peu plus d’un million de francs, mais aussi un arrêt de non-lieu.  

Pour arriver à ce résultat, Mustafa Sari avait renvoyé ses avocats et avait entrepris un travail « colossal » quand on n’est pas juriste, pour démonter le mécanisme qui en faisait un coupable. N’empêche qu’à ce jour, pour ses deux grands fils qui l’entourent, cet homme libertaire, profondément laïc, décidé, veut être innocenté. Le non-lieu n’est en effet qu’une constatation qu’il n’existe pas de preuve suffisante pour condamner quelqu’un. Jusqu’aux assises ? Il ira, dit-il, jusqu’à la cour d’assise s’il le faut. »

Le lendemain, j’ai téléphoné au journal pour parler avec le rédacteur de cet article, que je ne connaissais pas, pour savoir pourquoi il avait tenu à publier en ce moment les propos que j’avais effectivement tenus deux mois plus tôt lors d’une conférence presse. La secrétaire de la rédaction m’a dit que ce journaliste avait rédigé son article juste à la veille de son départ à la retraite et qu’il n’y travaillait plus. Ce fut sans doute une des personnes, qui avait encore le sentiment de sympathie à l’égard de juste cause que je défendais.

Conclusion

Il ne faut pas continuer de se voiler la face : Comme de tous les temps, aujourd’hui comme hier, il y a des journalistes dangereux aussi dans la presse quotidienne, et sous tous les cieux, et dans tous les régimes. Mais « il dépend de nous, comme disait Emmanuel Kant, pour que le présent délivre sa promesse d’avenir » aussi dans ce domaine. Même si le printemps tant rêvé a encore beaucoup d’hivers à vaincre, que vive le contre-pouvoir indépendant et libre pour que « le quatrième pouvoir » ne puisse, à son tour, finir par agiter l’étendard de l’abus de pouvoir comme la règle et le principe de comportement acquis.

Cordialement.

Mustafa Üner Sari

Genval, le 25 novembre 2018

Lettre ouverte à propos de l’« islam-instrument »

Lettre ouverte à propos de l’« islam-instrument »

Adressée par un petit gêneur à une grande personne

Son Excellence Koen Geens

« Napoléon si on veut être gentille, Despote prétendument éclairé si on veut l’être un peu moins »  

Avant-propos

« L’objection, l’écart, la méfiance sereine, l’ironie sont des signes de santé. Tout ce qui est absolu est du domaine de pathologie. » Friedrich Nietzsche

Son Honneur, notre ministre de la Justice, destinataire de la présente, a eu raison d’exiger – et d’exiger par le silence assourdissant – qu’on le laisse agir, qu’il occupe et exerce le pouvoir conquis à la sueur de son front, comme il l’entend. Il a eu raison, notre Ministre, et je lui adresse cette lettre en espérant qu’il daigne à accepter mes sincères excuses et regrets que je lui présente ici. « On peut assumer son passé et ne pas se nier comme être responsable. L’aveu de ses fautes, c’est cela, c’est la possibilité de rencontrer les autres », écrivait jadis Gérard Fourrez,

J’avoue que je suis responsable de mes fautes mais je n’en suis pas coupable, comme le disent les grandes personnes. A l’origine du conflit, se trouve ma méconnaissance des règles du fonctionnement des institutions, de la société et des us et coutumes politique dans mon pays d’accueil. En effet, venu d’ailleurs, j’ai appris trop tard, en l’an 2017, et dans un livre où « on le sait, disait Aude Lancelin, dans les démocraties qui sont les nôtres, l’intervention du peuple (des citoyens, ndlr) se limite d’ordinaire à choisir au milieu d’une poignée de nom propres et, une fois que le pouvoir a été remise à un de ces noms-là, le peuple (le citoyen) disparaît. Le plus suivant, il devient même un gêneur, on le prie alors de laisser les grandes personnes agir. »

En 2017, dans la langue de Voltaire, je comprenais déjà bien le sens de ce mot gêneur qui signifie hors-norme, dissident ou A-normale selon les désirs des grandes personnes, sur un mode ou un thème différent. Je l’avais appris, en 1989, aussi dans un livre où Maryvonne David-Jougneau disait : « Chaque société rejette ceux qui ne sont pas dans la norme, et parmi eux ses dissidents, sur un mode ou selon un thème différent. Socrate fut condamné à mort pour « impiété », thème de rejet dont avaient fait l’objet avant lui Anaxagore, Protagoras, Diagoras et Melos.

Dans notre société chrétienne, tous ceux qui n’étaient pas dans la norme ont été, sans distinction, considérés pendant des siècles comme « hérétiques », rejeté et brûlés comme sorciers et sorcières. Dans nos sociétés modernes, tout être à l’âge adulte dont la pensée et la volonté ne seront pas engourdies dans le cercle étroit de la vie quotidienne, et qui continuera à se battre pour un idéal, une aspiration, et qui manifestera encore de l’énergie sans que celle-ci soit canalisée dans des voies ordonnées (entendons celles des organisations, des syndicats, des partis) est soupçonné a priori d’être paranoïaque. »

De l’« hérétiques » au « gêneur » jusqu’au « paranoïaque », chaque époque a sa panoplie de diagnostiques et de remèdes pour guérir, ou punir, ses malades. Et nous savons, heureusement, que l’aliénation, la vraie, ne dit si bien son nom que lorsque les malades soignés et guéris – normalisés – justifient eux-mêmes l’oppression qu’ils subissent, et rentrent chez eux domptés.

Monsieur Koen GEENS

Ministre de la Justice

Boulevard de Waterloo, 115

1000 Bruxelles
Genval, le 11 octobre 2018

Votre Excellence,

Votre Sérénité,

Notre Ministre,

Me permettriez-vous d’entamer la présente – qui clôture mes interventions auprès de votre Honneur, et définitivement – par dire quelques mots concernant votre conception assez cynique de l’exercice du pouvoir. Dans la situation qui nous préoccupe depuis longtemps, votre principe d’action fut le silence qui est le plus cruel des mensonges, pire que ce qu’il couvre ou dissimule. Il n’y a là rien de grave, dirions-nous, car la véracité n’a jamais figuré, constate Hannah Arendt, au nombre des vertus politiques, et le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques.

Mais cela revient à pousser dans l’ombre, Monsieur le Ministre, ce qui est plus grave que le mensonge, c’est-à-dire votre façon de dissimuler la réalité, dont vous êtes l’otage, derrière votre silence. Autrement dit, vous connaissez aussi bien que Monsieur Johan Leman, Madame Monique Renaerts et Monsieur Serafettin Pektas, président de Chair Fetullah Gulen à KUL,  les réponses aux quatre questions suivantes que je vous ai posées :

1. Selon vous, Monsieur le Ministre, l’organisation turque dénommée en français « La Communauté islamique Milli Görüş », en turc « İslam Toplumu Millî Görüş », et en allemand « Islamische Gemeinschaft Milli Görüş », dont le siège central se situe à Cologne en Allemagne, et dont la filiale en Belgique est récemment renommée « La Fédération Islamique de Belgique, est-elle une organisation politique ou religieuse indépendante des pouvoirs extérieurs, des « d’autres », comme disait Monsieur Marcourt ? Selon vous, quelle est la mission qui lui était assignée par ses fondateurs en 1969 en Turquie ?

2. Selon vous, Monsieur le Ministre, l’organisation turque dénommée en français « L’Union turco-islamique des affaires de Diyanet », en turc « Diyanet İşleri Türk-İslam Birliği », en allemand « Türkisch-Islamische Union der Anstalt für Religion e.V », dont le siège central se situe également à Cologne, et dont la filiale en Belgique est « La Fondation Turco-Islamique de l’Ambassade de Turquie » à Bruxelles récemment renommé « BTI Diyanet Vakfı », est-elle une organisation politique ou religieuse ? Quelle est, selon vous, la mission qui lui était assignée à Ankara lors de l’élaboration en 1981 du projet de sa constitution achevée à Bruxelles en 1983 en collaboration officielle avec les Loups Gris ?

3. Monsieur Melchior Wathelet, votre lointain prédécesseur, qualifiait ces deux organisations de « mouvements opposés » dans son courrier du 7 novembre 1994 (voir ma lettre du 7 juillet 2018). Selon vous, Monsieur le Ministre, de quel point de vue ces deux organisations s’opposaient-elles ? Du point de vue religieux ou du point de vue politique ?

4. Eu égard aux réponses que vous voudrez bien réserver à ces trois questions, est-il « normal » que ces deux organisations transnationales soient reconnues par l’Etat belge comme représentantes de ce qu’on appelle « l’islam turc » à travers leurs filiales constituées en Belgique en se parant des oripeaux de personne morale du droit belge telle qu’une ASBL, AISBL, fondation privée ou d’utilité publique, et ce en suivant vos souhaits et conseils officiels, Monsieur le Ministre (voir le point deux de la déclaration commune du 13 juin 2018 présentée au terme de votre rencontre, accompagné du Premier ministre, avec les représentants du prétendu « Exécutif des Musulmans de Belgique ») ?

Vous avez refusé de donner réponse à ces questions par crainte d’être acculé à avouer que vous ne pouviez pas ne pas reconnaître ces deux organisations turques d’extrême droite, citées dans les questions, comme représentants de ce que l’on appelle « l’islam turc », et vous ne pouviez pas ne pas désigner au mois de mai dernier leurs représentants comme président et vice-président de ce que l’on appelle « l’Exécutif des musulmans de Belgique ».

Je voudrais citer ici un événement, parmi tant d’autres, qui a mis en exergue le lien étroit entre ce dernier point et avec mes quatre questions restées sans réponses : Monsieur Recep Tayyip Erdogan, président de la République ‘presque islamique’ de Turquie, a proclamé récemment votre parti « ami de l’slam et de la Turquie » en demandant publiquement aux électeurs belges d’origine turque de voter pour CD&V à Genk aux élections communale du 15 octobre courant ? Je ne crois pas, et vous en conviendrez sans doute avec moi, qu’il soit excessif de penser que votre ami autoproclamé ait voulu par ce geste amical de vous présenter ses sentiments de reconnaissance pour, entre autres, ladite désignation du président et du vice-président du prétendu « Exécutif des musulmans de Belgique. »

Un ordre fasciste

L’enchainement rapide de plusieurs événements, comme celui que je viens de citer, a rendu caduc l’objet de mon courrier du 10 août dernier dans lequel je vous avais posées les questions évoquées ci-avant. Je ne m’attarderais pas ici sur l’exposé de ces événements qui ont pour mérite de confirmer l’existence réelle d’un ordre social qui régit dans notre pays le fonctionnement des sociétés parallèles, des célèbres ghettos, peuplées en majorité par des citoyens de confession musulmane et d’origine notamment turque et marocaine.

Comme je vous ai déjà dit dans ma lettre du 12 mai dernier, cet ordre social a toutes les caractéristiques d’un ordre fasciste ayant une capacité increvable à se maintenir en anéantissant toute possibilité de transformation réelle dans les ghettos. Pour le dire une fois encore avec les mots de François Galichet, Bertolt Brecht et Danielle Bleitrach, le fascisme n’est pas, Monsieur le Ministre, le contraire de la démocratie ; il n’est rien d’autre que la suspension de la politique dans le respect formel du jeu démocratique. A l’instar précisément de cet ordre qui règne sans partage dans les ghettos depuis plus d’un demi-siècle, le fascisme est la capacité increvable d’un ordre social oppressif à se maintenir en contrôlant, voir en annihilant, toute possibilité de transformation réelle dans la société.

La politique prise comme un jeu de dupe

Nous ne sommes pas, Monsieur le Ministre, les seuls bénéficiaires de votre cynisme politique, car dans d’autres circonstances, comme, par exemple, dans vos relations avec les magistrats, vous aurez agi de la même façon mais en « Napoléon si on veut être gentil ou en Despote prétendument éclairé si on veut l’être un peu moins », en estimant juste, encore et toujours, de devoir décider – d’exercer le pouvoir – comme vous l’entendez, en pensant tout bas « cause toujours mon lapin, je ferai ce que je veux ». Parce que le bonheur de vos sujets, selon Monsieur Luc Hennart, président du tribunal de première instance de Bruxelles, c’est vous qui veillez à leur accorder. Vous n’avez pas le monopole de ce cynisme.

Vous n’ignorez sans doute pas, Monsieur le Ministre, que Machiavel a décrit de façon extrêmement subtile, on pourrait dire « technique », comme le remarque Alain Badiou dans « Eloge de la politique », les procédures diverses de lutte pour la conquête et l’occupation du pouvoir,  ainsi que les qualités requises pour être l’homme de ce genre de combat. Il est vrai qu’aujourd‘hui, on ne voit pas grand-chose, et que je n’ai pas vu grand-chose durant plus de quarante ans, d’autre que ce combat, avec tout ce que cela implique de vilenie, de corruption, de mensonge, de tromperie, de violence, de falsification, de manipulations et d’injustice flagrante ; de fait, l’auteur du Prince montrait déjà au début du XVIème siècle que ces ingrédients étaient fortement liés à la question de la politique et de son exercice.

Vous n’ignorez sans doute pas, non plus, Monsieur le Ministre, que contre cette vision cynique de la politique d’une violence morale inouïe à bien des égards, s’est constituée une autre conception de la politique dans une histoire très tourmenté, très complexe, et en lien étroit avec la philosophie – discipline rarement abordée par professionnels de la politique, ni des techniciens du droit en général et du droit des affaires en particulier. Cette conception affirme que la politique entretien une relation constitutif avec la justice. Les philosophes se sont efforcés, tout au long de leur existence, de donner une définition précise de la justice. Mais quel que soit cette définition, Monsieur le Ministre, si on engage l’idée de justice dans la définition de la politique, on ne peut plus la définir simplement comme la conquête du pouvoir. La question centrale devient alors : « Qu’est-ce qu’un pouvoir juste ? » Ce n’est – surement pas – ni celui que j’ai connu en Turquie ni celui que j’ai connu en Belgique.

La démocratie conçue comme instrument de la conquête du pouvoir

Je pense que nous savons, que vous le savez, que tout le monde sait, Monsieur le Ministre, que le régime – « le meilleur des pires » – dans lequel nous vivons n’est pas démocratique au sens authentique du terme, comme le souligne encore Alain Badiou. Il l’est d’autant moins que nous ne sommes même pas sûrs que les gens que nous désignons lors du rituel électoral, et qui sont censés nous représenter, soient réellement ceux qui décident de ce qui va se passer dans le monde tel qu’il est. Il semble évident qu’il y a des maîtres dont le pouvoir est bien plus considérable que celui des élus. La question économique et financière est aujourd’hui, de l’avis même des gouvernants élus, si contraignante quant à la conduite des affaires publiques que non seulement nos représentants ne font finalement que représenter, mais qu’ils ne font plus souvent que de la représentation. Le pouvoir réel -« où le secret commence, commence aussi le pouvoir réel, dit Hannah Arendt – qui se négocient et s’exercent ailleurs, leur échappe sur la plupart des questions importantes.

Pour le dire avec les mots de Roger Dadoun, « ils désirent le pouvoir, cela s’appelle ambition ; ils progressent à coups de compromis et vilenies, cela s’appelle réalisme ; ils jouissent du pouvoir, cela s’appelle responsabilité ; ils le conservent par tous les moyens, cela s’appelle grandeur. » In fine, tout cela réduit la contribution du citoyen quelconque – engagez-vous, indignez-vous, soyez des citoyens responsables – à une pauvre convocation, tous les cinq ou six ans, dans ce qui est une mise en scène de décision déjà prise.         

Dans une lettre ouverte que je lui avais adressée le 14 avril 2015, certes indigné, voire même révolté, mais pas résigné, je reste néanmoins conscient du fait que la démocratie représentative, chez nous, consiste à déposer un bulletin de vote dans l’urne tous les cinq ans et à aboyer ‘librement’ sur les trottoirs le reste du temps à condition de laisser passer les caravanes, disais-je à Sa majesté le Roi Philippe. La preuve en est que, précisais-je, si je me permets aujourd’hui de vous adresser la présente, c’est pour pouvoir me dire demain que j’ai aboyé, et une fois encore, parce que j’ai estimé devoir le faire, parce que j’ai estimé juste de le faire, sans le moindre souci de plaire à qui que ce soit et pour quoi que ce soit.

Et ce avant de citer ces mots prononcés par Sa majesté feu le Roi Baudouin dans son discours de Noël en 1984 : « Une démocratie modèle », disait-il, « a besoin de citoyens bien informés et qui participent à tous les aspects de la vie collective. Des citoyens qui comprennent le fonctionnement de leurs institutions, qui saisissent les enjeux des débats politiques, qui mesurent les conséquences des décisions les concernant ». J’ai été très touché par ces propos eu égard à mon engagement très radical, en 1978, dans le combat contre l’instrumentalisation du fondamentalisme islamique à des fins multiples par l’Occident, dont la Belgique, et ses alliés musulmans, dont la Turquie, et cela après avoir soigneusement mesuré, dans ce domaine précis, les lourdes conséquences des décisions nous concernant et concernant le monde entier : lourdes conséquences que nous vivons aujourd’hui.

Conclusion définitive

Je ne sais pas ce que vous répondriez, Monsieur le Ministre, notamment aux jeunes gens qui ne peuvent plus envisager aujourd’hui la politique, et avec raison et lucidité, autrement que comme le lieu d’affrontement des cynismes et des opportunismes. Mais moi je leur livrerai bientôt mon témoignage, en décrivant le réel le plus honnêtement possible, le replaçant dans son contexte et donnant des clés permettant comprendre les origines des faits et leurs conséquences pour qu’ils puissent forger leur propre opinion.

Aussi, je leur transmettrai le conseil donné par Régis Debray (septante seize ans) à son fils (seize ans) : « Je te souhaite dit le père à fiston, de croire en quelque chose, et pas seulement d’accumuler des connaissances. On ne sort des clous qu’avec un indémontable chevillé au corps et si tu veux pouvoir aller jusqu’au bout de toi-même, préserve en toi la part du feu, je veux dire d’une foi, d’une ferveur, d’un élan. C’est le combustible dont nous avons besoin pour quitter l’ordinaire, en toute irresponsabilité. Cela t’augmentera et te rajoutera de la vie – quitte à l’écourter. Judicieux, soit, mais prudent, évite. »

Je n’oublierai pas de leur dire qu’il ne faut pas avoir peur de subir et de faire l’histoire à la fois parce que, comme le dit Paul Ricœur, « il y a un premier niveau, celui de l’histoire que l’on subit et celui de l’histoire que l’on fait. Par cette juxtaposition, je veux dire que je n’ai jamais abandonné la formule de Marx qui affirme que l’homme fait l’histoire dans des conditions qu’il n’a pas faites. Cet aspect, à la fois actif et passif, de la participation à l’histoire est constitutif de l’être humain en tant qu’historique. Un être historique, c’est celui qui a la fois subit et fait l’histoire. Il crée ainsi son identité dans cette double relation. »

Je ne manquerai pas non plus de leur transmettre ce choix de Socrate « Il vaudrait mieux pour moi d’être en désaccord avec tout le monde que l’être avec moi-même tout seul », ainsi que cette remarque de Ghandi  « Tout compromis repose sur des concessions, mais il ne peut y avoir des concessions quand il s’agit des principes fondamentaux. »

Que le droit soit dit et la Justice rendue.

Salut et respect.

Mustafa Uner Sari

 

Islam politique en Belgique: Proposition pour le changement

LETTRE OUVERTE

INTRODUCTION

Proposition pour le changement

« Ce que je propose est donc très simple : rien de plus que de penser ce que nous faisons »

Hannah Arendt.

Le 5 août 1996, j’avais écrit à Sa Majesté le Roi Albert II, et en ma qualité d’animateur et administrateur de ‘l’Asbl, la Maison des Turcs’, pour exprimer ma profonde indignation relative à une note des forces armées selon laquelle « les communautés immigrées (on sait de qui on parle, ndlr)  constituent pour le territoire belge une menace clandestine à caractère permanant » – le journal le Soir, le 30 juillet 1996. Sur six pages, j’avais tenté de répondre aux questions suivantes : Les immigrés visés sont-ils menaçants ou sont-ils menacés ? Les communautés de ces immigrées constituent-elles une menace clandestine pour le territoire belge ou vivent-elles sur le territoire belge – à l’instar de toute la société belge – sous la menace du fascisme vert et de la peste brune, des interlocuteurs privilégiés de l’Etat belge ?

Et j’avais conclu ma lettre en disant : ‘J’avoue cependant mon impuissance quant à la formulation d’une proposition, car force m’est de constater qu’il n’y a pas moyen de faire un coup d’Etat en Belgique parce que nul ne sait où se trouvent le(s) pouvoir(s), dont les mains invisibles ne cessent pourtant de s’agiter sans répit au-dessus des têtes des citoyens.’

En réponse, le Chef-Adjoint du Cabinet du Roi, Monsieur R. Huenens, m’a transmis un courrier daté du 26 août 1996 digne d’un dévot blessé par mes critiques envers la Ligue mondiale islamique saoudien : « Dans votre critique envers la Ligue Mondiale Islamique, me disait-il, vous semblez défendre la thèse selon laquelle les agissements de celle-ci menacent les citoyens de confession musulmane. Il conviendrait de préciser votre pensée. A force d’analyser, vous trouverez peut-être une proposition à formuler, qui manque, comme vous le constatez vous-même, dans la conclusion de votre exposé. »

Je m’étais contenté de dire au Chef que c’était déjà bien qu’il ait lu la dernière phrase de ma lettre composée de six pages. Parce que j’ai été un peu gêné de n’avoir pas osé lui proposer – par crainte d’être enfermé, « à force d’analyser », dans un asile psychiatrique – que l’Etat belge mette un terme à la présence de la très chère Ligue mondiale islamique qu’il avait installée en 1978 à l’ancien pavillon orientale dans le parc du Cinquantenaire à Bruxelles, après l’avoir reconnue en 1968 comme instance représentative des musulmans et de l’islam en Belgique. C‘est-à-dire après avoir jeté dans la gueule d’un rapace théocratique affamé les immigrées constituant « une menace clandestine pour le territoire belge », et ce, avec la collaboration étroite avec les Etats des pays d’origine de ces immigrés : femmes, hommes jeunes et enfant transformés en instruments livrés dans les mains des Etats et des mafias.

Le temps passa

« Le gouvernement fédéral a pris vendredi la décision de rompre sans délai la convention conclue avec la Ligue islamique mondiale qui organisait la concession de la Grande Mosquée de Bruxelles. Il met de la sorte en œuvre une recommandation de la commission d’enquête sur les attentats terroristes visant à mettre fin à l’immixtion d’Etats étrangers dans l’islam prêché en Belgique, en l’occurrence l’Arabie saoudite, cheville ouvrière de la Ligue islamique » (La Libre Belgique, le vendredi 16 mars 2018).

« Le président de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats terroristes, Patrick Dewael (Open Vld), a écrit au bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, pour lui demander s’il compte fermer la Grande Mosquée de Bruxelles. L’Organe de Coordination et d’Analyse de la Menace (OCAM) a adressé début mai à la commission de suivi de la commission d’enquête un rapport pour l’alerter (de) la littérature disponible au Centre Islamique et Culturel de Bruxelles (CICB), l’institution qui gère la Grande Mosquée du Cinquantenaire. Des livres d’inspiration salafiste, écrits pour la plupart entre 1980 et 2000, incitent les fidèles à se lancer dans le djihad armé » (la RTBF, le vendredi 22 juin 2018).

Pourquoi nos représentants et nos gouvernants et même les citoyens bien informés, n’avaient-ils pas agi avant en sachant parfaitement bien que « cela ne pouvait que mal se terminer » dans le futur, d’une façon ou d’une autre, mais certainement ? Ils n’ignoraient pourtant rien ni l’existence de ces livres, dont ‘la voie du musulman’ fut évoquée au parlement fédéral en 2004 par la députée Annemie Turtelboom lors d’une séance plénière où celle-ci avait posé une question à ce sujet à la ministre de la Justice Laurette Onkelinx.

Bref, le passé, c’est le passé, comme on dit, voyons ce qui est inquiétant à présent où le printemps tant rêvé à le même hiver à vaincre: Aujourd’hui, il n’y a rien, mais absolument rien, qui garantit que nous ne nous demanderons pas dans les mois ou les années à venir pourquoi nous n’avons pas agi en 2018 en sachant que « cela ne pouvait que mal se terminer » dans l’avenir, d’une façon ou d’une autre, mais certainement ? Cette inquiétude parait parfaitement justifiée, car force nous est de constater que nos gouvernants font dans les circonstances actuelles, exactement ce qu’ils ont fait – et durant cinquante ans – dans le cas du développement conquérant de ce qu’on appelle aujourd’hui le « radicalisme » : Pris en otages par leur aveuglement délibéré et volontaire dans le passé, ils utilisent aujourd’hui comme rempart contre « le radicalisme » (ou terrorisme), les mêmes inspirateurs de ce « radicalisme » qu’ils ont utilisé hier comme rempart contre le communisme soviétique.

Que faire ?

J’ose proposer aujourd’hui que l’Etat belge rompe sans délai la convention (tacite ou diplomatique) de la gestion fructueuse des affaires notamment religieuses des musulmans d’ici, des musulmans de Belgique, avec les Etats turc et marocain. Et ce, en commençant par rompre, et tout de suite, la convention de reconnaissance – comme représentante de ce qu’on appelle « l’islam turc » – de la coalition composée des deux organisations turques d’extrême droite, l’une théocratique radicale (dite islamiste), l’autre national-théocratique radicale (dite islamo-nationaliste). Je le propose sans crainte parce qu’on finit, comme moi, par apprendre à embrasser les aléas de la dissidence, allant de la conjuration politique à la tentative d’assassinat jusqu’à la séquestration dans un asile psychiatrique en passant par l’enferment dans une prison appelé « milieu carcéral » dans le « novlangue » de Big Brother.

LE DERNIER RAPPEL AVANT D’AGIR

A propos de quatre questions – voir ci-dessous

Monsieur Koen GEENS

Ministre de la Justice

Boulevard de Waterloo, 115

1000 Bruxelles

Genval, le 10 août 2018
Monsieur le Ministre,

Concerne : Ma lettre ouverte du 7 juillet 2018

Par la présente, je me permets, pour la première et la dernière fois, de vous rappeler ma lettre du 7 juillet dernier rester sans réponse comme prévu. Mais le bruit assourdissant de votre silence légendaire ne m’impressionne pas, bien au contraire, il m’encourage ; et je crois que vous n’ignorez pas que la résignation par la lassitude et usure du temps n’est pas la maladie dont je mourrai. De plus, l’histoire proche nous démontre qu’il faut continuer d’exiger la transparence démocratique envers les citoyens quant aux décisions prises les concernant. C’est dans cet ordre d’idée que j’agirai sans tarder étant porté par mon absolue détermination à être moi-même, qui n’a d’égale que ma grande sensibilité humaniste et politique ; une croyance intransigeante dans la défense de la dignité et de l’émancipation des plus vulnérables en les soustrayant autant que possible au joug de l’ignorance qui les asservit.

J’espère ainsi obtenir, Monsieur le Ministre, les réponses aux quatre questions que je vous avais soumises dans ma lettre citée ci-avant ; je l’espère en pensant, comme le disait jadis Vaclav Havel, que « l’espoir est un état d’esprit. C’est une orientation de l’esprit et du corps. Ce n’est pas la conviction qu’une chose aura une issue favorable mais la certitude que cette chose aura un sens, quoi qu’il advienne. » Mais dans l’attente, je voudrais apporter ici, Monsieur le Ministre, quelques précisions importantes concernant la formulation de mes questions après avoir lu le quatrième rapport intermédiaire sur le volet « Radicalisme » de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats du 22 mars 2016.

Les faits dans un monde fictif

Ayant tenu à combattre depuis 1978, et avec le plus grand radicalisme, les questions liées à l’instrumentalisation du fondamentalisme islamique par des Etats occidentaux, dont la Belgique, et leurs alliés musulmans, dont la Turquie, je croyais trouver dans ce rapport les réponses aux questions suivantes : Que s’est-il passé le 22 mars 2016 à Bruxelles ? Pourquoi cela s’est-il passé ? Comment cela a-t-il pu être possible ? Au terme de ma lecture, j’ai dû longtemps réfléchir pour comprendre que le but poursuivi par ladite commission n’était pas de répondre à ces questions mais de les éviter pour protéger les siens, pour s’auto-acquitter au détriment purement formel d’un autre coupable par le mensonge que l’on se fait à soi-même, et qui consiste à se défausser sur autrui de ses propres errements. La faute de l’autre. C’est une autre manière d’élaborer des discours narcissiques sur soi-même pour brandir son innocence et de postuler en sa faveur la plus confortable et la plus disputée des positions, celle de victime. Dans le cas qui nous préoccupe, d’une façon ou d’une autre, chacune des parties en causes est victime des autres, peu importe la vérité historique.

Concernant, par exemple, « le cas de la grande mosquée de Bruxelles », la seule coupable toute désignée,  j’ai lu dans ledit rapport (Chapitre II, page 56, point 3) l’histoire suivante : « Pour mémoire », nous disent les rapporteurs parlementaires, « en 1968, le gouvernement belge reconnaissait le Centre islamique et culturel comme instance représentative des musulmans et de l’islam de Belgique. Le 13 juin 1969, la Belgique, par une convention de concession, cédait l’usage pour une durée de 99 ans, des bâtiments étant ceux de la grande mosquée de Bruxelles (GMB) au Centre islamique et culturel représenté par les ambassadeurs du Maroc et de l’Arabie Saoudite. En 1978, le nouveau Centre islamique et culturel de Belgique (ci-après CICB)  était inauguré. Le complexe immobilier accueille aujourd’hui outre la mosquée, une école, un centre de recherche et de formation sur l’islam, mais aussi sur la langue arabe.

De 65 à 75 % du financement du CICB qui est une asbl exploitant le GMB provient du financement octroyé par la Ligue islamique mondiale (points 33 et suivants). Les représentants officiels de GMB ont tenu à souligner que le financement n’était pas un financement étatique (provenant de l’Etat Saoudien, ndlr) mais un financement de la Ligue islamique mondiale. La Ligue islamique mondiale est une organisation comportant 57 membres, dont le siège est établi à la Mecque. Le Secrétaire Général est l’ancien ministre de l’Arabie Saoudite et son financement apparait, des mêmes déclarations faites par les représentants de la CMB/CICB, comme principalement saoudien. » Comme nous le constatons, dans cette histoire officielle du couple CMB/CICB, nos parlementaires ne nous disent pas s’il y a une succursale de la Ligue mondiale islamique quelque part à Bruxelles.

Les faits dans la réalité de ce bas monde

La Ligue islamique mondiale fut fondée en 1962 à la Mecque par le prince Fayçal d’Arabie Saoudite. Le bras religieux – soft power – du régime saoudien confondu avec l’islam wahabite dit « authentique », cette Ligue s’efforce, conformément à son objet social, de faire connaître la charia dans le monde entier et de répandre son enseignement islamique le plus obscurantiste et le plus archaïque à travers la construction d’écoles, d’institutions islamiques et de mosquées. Elle avait créé en 1975, avant l’assassinat de son fondateur, son conseil suprême des mosquées installé, lui aussi, à Bruxelles dans le même complexe que le CICB et la GMB pour soutenir les minorités islamiques établies dans les pays non musulmans. A cette fin, elle accordait des subventions aux associations islamiques qui créent des mosquées. En 1985, la somme d’aide financière annuelle distribuée aux mosquées en Belgique, dont des nombreuses mosquées turques, était de 30 millions de francs.

Quant au Centre islamique et culturel qui a vu le jour en 1963 avec le concours des chefs de mission diplomatique des pays musulmans accrédités en Belgique – dont notamment l’Arabie Saoudite, le Maroc, la Turquie, le Pakistan et le Sénégal – il s’était installé dans l’ancien pavillon oriental du Cinquantenaire, qui fut offert en 1968 par le gouvernement belge au roi Fayçal, l’ex-prince fondateur de la Ligue mondiale islamique devenu roi en 1964. Et cette même année le gouvernement belge reconnaissait ce Centre comme instance représentative des musulmans et de « l’islam de Belgique ! ». En 1969, le roi Fayçal céda le Centre à sa Ligue islamique mondiale. Son successeur, le roi Khaled assista en 1978 à la cérémonie officielle d’ouverture de la grande mosquée. Dès lors, il n’y avait plus ni le Centre islamique et culturel de Belgique ni la mosquée de Bruxelles, mais il y avait le Centre islamique et la grande mosquée de la Ligue mondiale islamique à Bruxelles. La preuve, me demanderiez-vous ? Et la voilà et elle ne souffre d’aucune ambigüité :

  1. Hier, était-ce normal que l’Etat belge reconnaisse non pas le Centre islamique et culturel mais la Ligue mondiale islamique saoudienne comme instance représentative des musulmans et de l’islam non pas de Belgique mais en Belgique ?

Grande-Mosquée-de-Bruxelles-300x225

Cette enseigne suffisamment grande pour être bien visible – même aux yeux de nos parlementaires, membres de la commission d’enquête, et leurs témoins scientifiques, médiatiques et sécuritaires – n’est pas fixée sur la façade du siège de la Ligue islamique mondiale à la Mecque. Elle est fixée, il y a quarante ans, au-dessus de la porte d’entrée de l’ancien pavillon orientale du Cinquantenaire accueillant la filiale en Belgique de la Ligue islamique mondiale qui héberge sous son toit son Centre islamique et sa grande mosquée. Cette Ligue n’a financé ni ne finance le Centre islamique et culturel et la mosquée de Bruxelles. Elle finance les frais de gestion de sa succursale installée à Bruxelles avec son Centre et sa mosquée, ainsi que ses œuvres « philanthropiques » comme, par exemple, le paiement, entre 1978 et 1983, des salaires des imams envoyés en Belgique par l’Etat turc.

Agiter et fanatiser le peuple pour mieux s’en servir

A l’époque tout cela était normal, Monsieur le Ministre, car « le wahhabisme, le salafisme, les Frères musulmans, la Ligue islamique, l’Arabie Saoudite » maintes fois cités dans ledit rapport – sans citer pour des raisons évidentes les Etats alliés objectifs de ces derniers – n’ont fait que ce que les Etats occidentaux et leurs alliés musulmans leur ont demandé de faire. A savoir agiter et fanatiser à l’outrance les immigrés de confession musulmane et leurs enfants pour faire d’eux « des combattants ou des soldats de la liberté » pour mener la guerre sainte, le djihad, contre le communisme un peu partout dans le monde.    

  1. Aujourd’hui, est-ce normal que l’Etat belge reconnaisse notamment les deux organisations turques en question comme représentantes de ce qu’on appelle « islam turc », comme il avait reconnu en 1968 la Ligue mondiale islamique comme instance représentative des musulmans et du prétendu « islam de Belgique » ?

En Belgique, les enseignes des filiales des autres organisations, dont les organisations turques qui nous préoccupent ici, ne sont pas, Monsieur le Ministre, aussi transparentes que celle de la Ligue mondiale islamique fixé sur la porte d’entrée d’un bâtiment, l’un « des plus beaux quartiers de la capitale, à proximité des institutions de la communauté européenne, afin qu’il serve de mosquée et de siège pour le nouveau Centre Islamique et Culturel de Belgique pour qu’il devienne un phare de l’islam en Europe » – voir le Site du Centre islamique, rubrique ‘Historique’ . Ce qui m’oblige à porter certaines précisions concernant la formulation des questions que je vous avais soumises dans ma lettre du 7 juillet dernier et auxquelles je souhaite obtenir réponse .

« Dans les années 80 (…) la mosquée a cessé d’être exclusivement un lieu de culte : il s’est développé tout un appareil politique autour de ce lieu de culte. »

Le rapport de ladite commission parlementaire, 1er chapitre, page 28, point 33.

« Il ne faut pas que ce soit d’autres, vivant à des centaines voire à des milliers de kilomètres de la Belgique, qui décident comment les musulmans d’ici doivent vivre. C’est aux musulmans d’ici d’organiser leur religion, leur pratique religieuse et vivre en harmonie avec les autres communautés. »

Le 7 décembre 2015, Jean-Claude Marcourt, Ministre de l’Enseignement Supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles

 

  1. Selon vous, Monsieur le Ministre, l’organisation turque dénommée en français « La Communauté islamique Milli Görüş », en turc « İslam Toplumu Millî Görüş », et en allemand « Islamische Gemeinschaft Milli Görüş », dont le siège central se situe à Cologne en Allemagne, et dont la filiale en Belgique est récemment renommée « La Fédération Islamique de Belgique, est-elle une organisation politique ou religieuse indépendante des pouvoirs extérieurs, des « d’autres », comme disait Monsieur Marcourt ? Selon vous, quelle est la mission qui lui était assignée par ses fondateurs en 1969 en Turquie ?
  2. Selon vous, Monsieur le Ministre, l’organisation turque dénommée en français « L’Union turco-islamique des affaires de Diyanet », en turc « Diyanet İşleri Türk-İslam Birliği », en allemand « Türkisch-Islamische Union der Anstalt für Religion e.V », dont le siège central se situe également à Cologne, et dont la filiale en Belgique est « La Fondation Turco-Islamique de l’Ambassade de Turquie » à Bruxelles récemment renommé « BTI Diyanet Vakfı », est-elle une organisation politique ou religieuse indépendante des pouvoirs extérieures, des « d’autres» ? Quelle est, selon vous, la mission qui lui était assignée à Ankara lors de l’élaboration en 1981 du projet de sa constitution achevée à Bruxelles en 1983 ?
  3. Monsieur Melchior Wathelet, votre lointain prédécesseur, qualifiait ces deux organisations de « mouvements opposés » dans son courrier du 7 novembre 1994 (voir ma lettre du 7 juillet 2018). Selon vous, Monsieur le Ministre, de quel point de vue ces deux organisations s’opposaient-elles ? Du point de vue religieux ou du point de vue politique ?
  4. Eu égard aux réponses que vous voudrez bien réserver à ces trois questions, est-il « normal » que ces deux organisations transnationales soient reconnues par l’Etat belge comme représentantes de ce qu’on appelle « l’islam turc » à travers leurs filiales constituées en Belgique en se parant des oripeaux de personne morale du droit belge telle qu’une ASBL, AISBL, fondation privée ou d’utilité publique, et ce en suivant vos souhaits et conseils officiels, Monsieur le Ministre (voir le point deux de la déclaration commune du 13 juin 2018 présentée au terme de votre rencontre, accompagné du Premier ministre, avec les représentants du prétendu « Exécutif des Musulmans de Belgique ») ?

Précision importante

Permettez-moi ici de bien préciser, Monsieur le Ministre, que nous ne vous demandons pas s’il est normal que l’Etat belge reconnaisse ces organisations comme représentantes de ce qu’on appelle « l’islam turc ». Nous vous demandons simplement si l’Etat belge les reconnait en parfaite connaissance de cause ; nous l’apprendrons –  et nous avons le droit de l’apprendre – après avoir lu vos réponses aux questions posées.

Le mot de la fin

En guise de conclusion, permettez-moi, Monsieur le Ministre, de vous faire part d’une réflexion à propos de la poudre aux yeux – elle est magique – qu’est la formation des imams et des cadres musulmans dans nos universités pour soutenir et promouvoir l’émergence d’un « islam belge », d’un « islam de Belgique », comme vous le dites. Je ne crois pas, quant à moi, que c’est en formant en Belgique les membres du personnel de la filiale d’une multinationale installée en Belgique, que l’on promeut et soutient l’émergence d’une entreprise de Belgique indépendante des pouvoirs (économiques) extérieurs.

Comme vous persisterez dans votre silence légendaire, je vous confirme que vous serez informé par les événements de la suite que je réserverai à ma démarche en pensant que notre devoir moral est de permettre aux générations futures de construire leur avenir, et vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre, l’expression de ma considération distinguée. 

Mustafa Uner Sari

 

Lettre ouverte à Monsieur Christian DE VALKENEER Procureur Général près la Cour d’appel de Liège

Avant-propos

Une autre histoire de suicide

J’imagine qu’après une dispute avec mon épouse, je m’endors. Quand je me réveille, je trouve le corps sans vie de mon épouse dans la salle de bain. Choqué, je me demande ce qui lui est arrivé. A-t- elle été victime d’une chute brutale, d’un empoissonnement alimentaire, d’un malaise cardiaque, d’un acte malveillant ou s’est-elle suicidée ? Je n’en sais rien. Je dormais.

J’ai été très surpris et fort affecté d’apprendre, le 1er novembre 2013, que Monsieur Bernard Wesphael, ex-député Wallon Ecolo, était allé dormir dans sa chambre d’hôtel après une dispute violent avec son épouse. Il n’avait apparemment pas peur que son épouse se suicide pendant qu’il dormait, et que lui soit inculpé de non-assistance à personne en danger. Mais en sortant de son sommeil, et contre toute attente, il avait trouvé son épouse sans vie dans la salle de bain. Immédiatement, il avait constaté tout seul, on ne sait comment et par quel procédé d’inspiration divine, que son épouse s’était suicidée. Pour le dire avec les termes d’Hannah Arendt, il s’agit là, si j’ai bien compris, de « ce phénomène totalitaire qui consiste à tout expliquer par une déduction tirée d’un raisonnement à prémisse unique » : ‘Elle a déjà fait plusieurs tentatives de suicide. Donc, ce jour-là, elle s’est suicidée.’

Si je vous parle ici de cette histoire tragique et si j’ai été très affecté par elle, c’est parce qu’à l’époque où je vivais dans la rue, là où j’ai été forcé à faire face durant trois ans et demi à ce phénomène totalitaire, il y avait dans la maison en face de moi un Monsieur qui voulait tout changer, être premier en tout, même en victime, pour qui l’insupportable était que l’autre ne sache pas ou ne reconnaisse pas qui il est, un Maître de seconde zone, mais un Maître. Il ne dormait plus parce qu’il était très inquiet. Il avait peur, selon ses dires, que je me suicide un jour dans ma voiture, et qu’il soit inculpé de non-assistance à personne en danger. En réalité, il avait très peur que je ne me suicide pas. Ce Monsieur, Bernard Wesphael, faisait partie d’une clique composée d’individus assez pervers pour affecter les dehors des sentiments qu’ils n’éprouvent pas. Individus, appartenant au milieu politique et au milieu judiciaire, qui vont jusqu’au bout du déni de la réalité par crainte de se contredire, par peur d’être vaincus. Car, ils ne s’imaginent vainqueurs que si leur adversaire est démoli, détruit, anéanti.

L’épilogue de cette autre histoire de suicide très compliquée est écrit, d’une façon pas très claire, au verso de l’ordonnance de soit communiqué rendue le 4 septembre 2002 par Madame Danièle Reynders, alors juge d’instruction. Ordonnance où nous découvrions le nombre impressionnant de personnes « honorables » ayant pris part soit pendant l’élaboration soit lors de la délivrance d’une vulgaire ordonnance judiciaire de  mise en observation psychiatrique, dont nous parlerons par la suite :

« Attendu qu’à ce stade de l’enquête, le dossier n° de notice 52.99.99/01 concerne des magistrats : Madame A. THILY, Madame A. SPRIESTERBACH, Monsieur P. WILMART, Monsieur SCHOLTES, Madame SCHAAPS, un sieur DETAILLE à mieux identifier, et des mandataires politiques : Messieurs JAMART et MOHR, Monsieur José DARAS, Monsieur Thierry DETIENNE, Madame Muriel GERKENS, Monsieur Bernard WESPHAEL. Attendu que les premiers bénéficient de privilège de juridiction et le seconds d’une immunité. Attendu que l’enquête de ces faits échappe dès lors à notre compétence. Nous communiquons les pièces de la procédure à charge de GENET Louis, DUTILLEUX Philippe et PINTO Emmanuel, à Madame le Procureur du Roi …. »

 

Je vous raconterai l’entièreté de cette histoire terrifiante le jour où Monsieur Wesphael me communiquera la réponse à la question suivante, la seule restée sans réponse à ce jour : ‘Par qui et en main propre de quel magistrat du parquet de Liège a été déposée, le 24 décembre 1998, la plainte que Maitre Louis Genet, avocat au barreau de Liège, avez rédigée à ma charge le 11 décembre 1998 ?

 

 

 

Lettre ouverte à

Monsieur Christian DE VALKENEER

Procureur Général près la Cour d’appel de Liège

Palais de Justice

Place Saint-Lambert, 16

4000      LIEGE

 

Genval, le 26 octobre 2015


Votre Réf. : D/1431

Monsieur le Procureur Général,

Concerne : l’entretien que vous aviez accordé à Vivacité Charleroi à l’occasion du dixième anniversaire de l’éclatement des affaires carolorégiennes – voir annexes.

 

Lors de l’entretien brillant identifié sous rubrique, vous avez donné une belle leçon d’éthique politique que j’ai attentivement écoutée au volant de ma voiture. Vous y avez également exprimé votre entière satisfaction, pour ne pas dire votre fierté, d’avoir mené à bien l’action de la justice concernant les affaires carolorégiennes, en espérant que cette action ait créé dans le milieu politique une espèce d’effet dissuasif ou en tout cas de rappel de la norme, et qu’il y ait un certain nombre de choses qu’on ne fera plus maintenant.

Espérer, grâce à l’action de la justice, « qu’il y ait un certain nombre de choses qu’on ne fera plus maintenant » dans le milieu politique. C’est exactement ce que je souhaite depuis plus vingt ans et c’est exactement le souhait que j’ai exprimé la énième fois dans la lettre que j’ai adressée, le 12 février 2015, à Monsieur Patrick Duinslaeger, Procureur Général près la Cour de Cassation : en parlant de l’affaire du terrorisme d’Etat, ‘pour éviter le pire dans cette affaire, lui disais-je, il faut que l’une des autorités compétentes concernées me dise un jour que ce qui était fait dans le passé ne se fait pas dans un Etat de droit et ne se fera plus jamais’, et cela, non seulement dans le milieu politique mais aussi et surtout dans le milieu judiciaire.

 

Comme vous l’aurez compris, Monsieur le Procureur Général, j’ai été très touché par votre façon « pointue » de résumer en quelques mots le but poursuivi par la résistance intransigeante que j’ai opposée au terrorisme d’Etat, dont j’ai été l’objet le 21 juin 1995 entre les murs du palais de justice à Liège. Acte terroriste qui fut élaboré et exécuté par voie judiciaire, et aux frais assez élevés de l’institution judiciaire. Dès le 26 juin 1995, et eu égard à la gravité extrême des faits, j’ai souhaité que la justice agisse afin de faire un rappel de la norme dans son propre milieu pour faire comprendre notamment aux magistrats auxiliaires concernés du parquet de Liège qu’il y a un certain nombre de choses qu’ils ne peuvent plus faire dans l’avenir ; comme par exemple, travestir sciemment la réalité par abus de pouvoir afin d’obtenir – pour se protéger – la condamnation d’un innocent.  

Mais mon souhait légitime a essuyé un refus violent à tous les étages, y compris là où vous vous trouvez, en répudiant, d’une façon jubilatoire, le respect de la loi et les règles et principes les plus élémentaires du droit. Quelle fut alors la raison principale de ce refus ? Cette raison, qui est celle de l’Etat, se cache derrière une autre question que je résumerais comme suit : certes, faire installer une chaudière dans sa maison de vacances avec l’argent public, faire distribuer des tracts électoraux aux employés d’une commune pendant les heures de travail, accepter deux « repas gastronomiques » en contre partie des services rendus à des amis au préjudice du dénier public, …, sont des actes condamnables.

Mais ces actes délictueux sont-ils plus graves qu’un acte criminel telle une tentative de meurtre de la personne morale, le mandat d’arrêt dont j’ai été l’objet le 21 juin 1995, suivie d’une tentative d’anéantissement de la personne juridique, la mise en observation psychiatrique dont j’ai été l’objet le 19 mars 1999 ? Sinon, comment peut-on expliquer ce qui motive vraiment l’action vigoureuse du ministère public pour poursuivre dans le  milieu politique les auteurs des actes délictueux, et son inaction arrogante concernant la poursuite dans le milieu judiciaire des auteurs des actes criminels ?

Monsieur le Procureur Général,

Si des élus et fonctionnaires de la Ville de Charleroi ont transgressé la norme durant des décennies sans crainte ni gêne ni scrupule, ce n’est pas parce qu’ils n’étaient pas des juristes pointus ou qu’ils ne connaissaient pas les règles et les principes desquels on ne peut s’écarter quand on exerce une fonction publique importante. Transgresser la norme à leur meilleure convenance, était simplement un comportement reflexe chez ces personnes parfaitement intégrées dans un processus d’irresponsabilité collective et de corruption banalisée. Agissant sous l’emprise de la sensation perverse de puissance, ces personnes croyaient pouvoir bénéficier indéfiniment de la loi d’impunité puisque tout le monde connaissait la réalité des faits incriminés mais personne, ni la justice d’ailleurs, n’avait apparemment intérêt à agir. La loi du silence régnait en maître à Charleroi comme ailleurs et distillait sans cesse, même dans les mentalités des personnes d’origines étrangères, l’idée que la Belgique est un pays où la corruption est un modèle de comportement acquis.

Pour le dire avec les termes de Maître Luc Misson, ces personnes ne se sentaient même pas malhonnêtes parce qu’elles faisaient comme leurs prédécesseurs faisaient avant eux, comme on faisait ailleurs qu’à Charleroi, comme on faisait dans d’autres milieux plus ‘nobles’ et plus ‘honorables’ que le milieu politique. Comme on faisait, par exemple, dans différents parquets du pays, dont le parquet de Liège là où vous avez continué, à votre tour, Monsieur le Procureur Général, de faire ce que vos prédécesseurs ont fait avant vous. Faire comme eux quand il s’agit, par exemple, de protéger et de soustraire à la justice les terroristes d’Etat, membres de votre corporation nommée ministère public, auteurs et complices de deux tentatives de meurtre évoquées plus haut. Ne rien faire, comme le ferait un corrompu ordinaire agissant contre sa conscience et surtout son devoir.

Permettez-moi de vous rappeler ici l’une des tristement célèbres justifications de ce principe de ‘ne rien faire’ qui consiste à ne pas mener l’enquête pour que les questions restent sans réponses, et que ces réponses ainsi que les faits qui y sont liés ne soient pas transformés en preuves : dans sa lettre du 8 février 2001, Monsieur Jean du Jardin, alors Procureur général près la Cour de cassation, m’écrivait : « L’organisation judiciaire du Royaume de Belgique s’oppose en droit comme en fait à ce que le mandat d’arrêt soit utilisé comme instrument de la pratique du terrorisme d’Etat par voie judiciaire ; et qu’au surplus les mandats d’arrêts sont soumis au contrôle des juridictions d’instruction. » Propos d’une violence morale inouïe, dont vous confirmiez, Monsieur le Procureur Général, la justesse et la pertinence dans votre courrier du 13 juin 2012. Donc, pour vous plaire, je devrais comprendre et admettre que ce qui n’est pas possible en principe, ou en droit, ne fut jamais en fait au Royaume de Belgique. Au risque sinon d’être enfermé dans un goulag, appelé hôpital psychiatrique dans sa version démocratique, pour être soigné et guéri, c’est-à-dire normalisé.

Pour conclure, je voudrais vous dire, Monsieur le Procureur Général, que je n’ai jamais douté dans le passé, et je ne doute pas un seul instant aujourd’hui, que la justice, après avoir reconquis son indépendance, créera un jour – et dans le milieu judiciaire et dans le milieu politique à la fois – une espèce d’effet dissuasif ou en tout cas de rappel de la norme non seulement pour mettre un terme à la situation qui me préoccupe depuis tant d’années, mais aussi et surtout pour nous rassurer qu’’il y a un certain nombre de choses qu’on ne fera plus ni maintenant ni demain dans ces mêmes milieux.

Il est en effet important de croire, Monsieur le Procureur Général, que dans une société régie par un Etat de droit, et grâce à l’action de la justice qui est le seule vrai contre-pouvoir au pouvoir politique, la corruption endémique peut ne plus être la règle du comportement acquis, et que la loi du plus fort peut ne plus être la seule loi à la validité de laquelle on peut encore faire appel. J’y crois plus fort que jamais et je continue de croire que la résignation est un suicide quotidien, et que l’aliénation, la vraie, est celle qui ne dit si bien son nom que, lorsque la victime, elle-même, justifie l’oppression qu’elle subit par la résignation forcée par la lassitude et l’usure du temps, et rentre chez-elle domptée.    

Dans l’attente, je vous prie de recevoir, Monsieur le Procureur Général, l’expression de ma respectueuse considération, en vous rappelant, une fois encore, que l’oubli est l’autre face du mensonge, une illusion, comme la vérité et la mémoire sont celles de la justice, et que ce qui nous saute à la figure à chaque lever du soleil, ce qui nous embarrasse et nous rend malade, ce n’est pas l’oubli mais son impossibilité, notre soif de voir la vérité reconnue, et la justice rendue.

Mustafa Üner SARI

 

Annexes : le contenu de votre entretien – Vivacité Charleroi, le 07 septembre 2015.

 

« Christian De Valkeneer: « Non, la Justice ne veut pas la peau du Politique »

Christian De Valkeneer était procureur du Roi à Charleroi, au moment des « affaires ». Voici dix ans. Il est depuis devenu procureur général à Liège. Il accorde un entretien à Vivacité Charleroi.

M. De Valkeneer, quand les affaires ont éclaté, vous n’étiez pas en poste depuis très longtemps. Vous aviez dit à l’époque que, finalement, ça avait été une chance de ne connaître personne ici ?

Je suis arrivé en mai 2005 et les « affaires » ont éclaté en septembre 2005, donc pratiquement trois quatre mois après que je sois arrivé et je connaissais très peu de gens quand je suis arrivé à Charleroi, n’étant pas Carolo. Je suis devenu un peu Carolo de cœur par la suite, mais je n’étais pas Carolo à l’époque. Donc, c’est vrai que ça donne un recul et une indépendance d’esprit toute particulière quand on ne connaît pas l’ensemble des « acteurs » qui ont été concernés par ces « affaires ».

Je vous propose d’écouter l’interview, à l’époque, de Luc Misson qui était l’avocat de Claude Despiegeleer. Écoutez ce qu’il disait de la défense de son client.

« M. Despiegeleer est quelqu’un qui ne se sent pas fondamentalement malhonnête. Il a fait comme on faisait avant lui, comme on fait ailleurs qu’ici. Il a été pris dans une tourmente. Il a travaillé comme un damné pour sa ville sans faire attention à des règles et des principes qu’il ne connaissait vraisemblablement pas. »

Tout est dit dans ces quelques secondes ?

Oui, tout à fait. J’ai envie de vous répondre par un adage bien connu : nul n’est censé ignorer la loi. Donc, c’est clair que quand on exerce un certain nombre de fonctions, de fonctions importantes, au sein d’une ville, on est quand même censé connaître un minimum. On ne demande pas aux gens d’être des juristes très pointus, mais de connaître un minimum de règles, de savoir, finalement, ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire.

Visiblement, ces mandataires, à l’époque, n’ont pas compris ce qu’on leur reprochait. Et pour certains, toujours pas à l’heure actuelle. Qu’en pensez-vous ?

 

Je ne sais pas me mettre dans leur tête, mais, effectivement, je pense que parfois il y a une certaine difficulté à comprendre que l’action politique doit s’exercer selon un certain nombre de règles et de choses que l’on ne peut pas faire quand on exerce une fonction publique. Ça me paraît assez évident, mais je crois qu’il faut le répéter, le redire régulièrement, qu’il y a des principes, évidemment, desquels on ne peut pas s’écarter.

A l’époque, s’attaquer aux « Politiques » n’était pas chose courante. Ça n’était pas facile. Il y a eu des moments de tensions, il y a eu des moments où vous avez été critiqué également ?

Oui, c’est certain. Je pense que, d’une manière générale, dans la Justice, si on voulait s’attaquer au pouvoir ce n’était jamais quelque chose de facile, que ce soit le pouvoir financier, le pouvoir politique. Il est certain que si on voulait s’attaquer aux voleurs de pommes c’est quelque chose de plus facile. On a moins de difficultés.

Mais ce que je voudrais dire aussi, c’est quand même important comme message, c’est qu’il y a une tendance dans le monde politique, ou même dans le monde du pouvoir en général, de croire que la Justice veut faire la peau ou avoir le scalp, comme on dit certains, aux Politiques. Je voudrais quand même répéter que ce n’est pas quelque chose qui anime les magistrats. Vous savez, s’occuper des dossiers politico-financiers ne vous fait pas gagnez pas un franc en plus à la fin du mois. Vous avez beaucoup plus de problèmes que si vous vous occupez de dossiers moins médiatiques, si je puis dire.

Et donc, je pense qu’il y a toujours cette idée que le monde judiciaire a un agenda politique caché, c’est-à-dire qu’il est manipulé ou éventuellement qu’il pourrait rouler pour d’autres partis politiques. Je pense que c’est vraiment quelque chose qu’il faut une fois pour toutes, se sortir de l’esprit. La Justice fait son métier et ce n’est pas de gaieté de cœur qu’elle doit s’occuper d’hommes politiques, parce qu’on est amené à travailler avec le pouvoir politique : les bourgmestres, les autorités administratives, et donc on souhaite avoir les meilleurs rapports et collaborer avec eux.

Dix ans après l’éclatement de ces affaires, quel regard avez-vous sur l’évolution de la Justice ? Est-ce que des choses ont justement changé suite à toutes ces affaires ?

On espère bien sûr, que l’action de la Justice a créé une espèce d’effet dissuasif ou en tout cas de rappel de la norme. Maintenant, il y a un certain nombre de choses qu’on ne fera plus ou en tout cas où on se rendra compte que, si on les fait, on transgresse la norme. C’est en tout cas mon espoir. Sinon, c’est clair qu’évidemment, si les choses se reproduisent, c’est un désespérant. Mais, c’est aussi l’action de la Justice : c’est de refaire, et toujours refaire, de remettre sur le métier les mêmes dossiers. »