Islam politique en Belgique: Proposition pour le changement

LETTRE OUVERTE

INTRODUCTION

Proposition pour le changement

« Ce que je propose est donc très simple : rien de plus que de penser ce que nous faisons »

Hannah Arendt.

Le 5 août 1996, j’avais écrit à Sa Majesté le Roi Albert II, et en ma qualité d’animateur et administrateur de ‘l’Asbl, la Maison des Turcs’, pour exprimer ma profonde indignation relative à une note des forces armées selon laquelle « les communautés immigrées (on sait de qui on parle, ndlr)  constituent pour le territoire belge une menace clandestine à caractère permanant » – le journal le Soir, le 30 juillet 1996. Sur six pages, j’avais tenté de répondre aux questions suivantes : Les immigrés visés sont-ils menaçants ou sont-ils menacés ? Les communautés de ces immigrées constituent-elles une menace clandestine pour le territoire belge ou vivent-elles sur le territoire belge – à l’instar de toute la société belge – sous la menace du fascisme vert et de la peste brune, des interlocuteurs privilégiés de l’Etat belge ?

Et j’avais conclu ma lettre en disant : ‘J’avoue cependant mon impuissance quant à la formulation d’une proposition, car force m’est de constater qu’il n’y a pas moyen de faire un coup d’Etat en Belgique parce que nul ne sait où se trouvent le(s) pouvoir(s), dont les mains invisibles ne cessent pourtant de s’agiter sans répit au-dessus des têtes des citoyens.’

En réponse, le Chef-Adjoint du Cabinet du Roi, Monsieur R. Huenens, m’a transmis un courrier daté du 26 août 1996 digne d’un dévot blessé par mes critiques envers la Ligue mondiale islamique saoudien : « Dans votre critique envers la Ligue Mondiale Islamique, me disait-il, vous semblez défendre la thèse selon laquelle les agissements de celle-ci menacent les citoyens de confession musulmane. Il conviendrait de préciser votre pensée. A force d’analyser, vous trouverez peut-être une proposition à formuler, qui manque, comme vous le constatez vous-même, dans la conclusion de votre exposé. »

Je m’étais contenté de dire au Chef que c’était déjà bien qu’il ait lu la dernière phrase de ma lettre composée de six pages. Parce que j’ai été un peu gêné de n’avoir pas osé lui proposer – par crainte d’être enfermé, « à force d’analyser », dans un asile psychiatrique – que l’Etat belge mette un terme à la présence de la très chère Ligue mondiale islamique qu’il avait installée en 1978 à l’ancien pavillon orientale dans le parc du Cinquantenaire à Bruxelles, après l’avoir reconnue en 1968 comme instance représentative des musulmans et de l’islam en Belgique. C‘est-à-dire après avoir jeté dans la gueule d’un rapace théocratique affamé les immigrées constituant « une menace clandestine pour le territoire belge », et ce, avec la collaboration étroite avec les Etats des pays d’origine de ces immigrés : femmes, hommes jeunes et enfant transformés en instruments livrés dans les mains des Etats et des mafias.

Le temps passa

« Le gouvernement fédéral a pris vendredi la décision de rompre sans délai la convention conclue avec la Ligue islamique mondiale qui organisait la concession de la Grande Mosquée de Bruxelles. Il met de la sorte en œuvre une recommandation de la commission d’enquête sur les attentats terroristes visant à mettre fin à l’immixtion d’Etats étrangers dans l’islam prêché en Belgique, en l’occurrence l’Arabie saoudite, cheville ouvrière de la Ligue islamique » (La Libre Belgique, le vendredi 16 mars 2018).

« Le président de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats terroristes, Patrick Dewael (Open Vld), a écrit au bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, pour lui demander s’il compte fermer la Grande Mosquée de Bruxelles. L’Organe de Coordination et d’Analyse de la Menace (OCAM) a adressé début mai à la commission de suivi de la commission d’enquête un rapport pour l’alerter (de) la littérature disponible au Centre Islamique et Culturel de Bruxelles (CICB), l’institution qui gère la Grande Mosquée du Cinquantenaire. Des livres d’inspiration salafiste, écrits pour la plupart entre 1980 et 2000, incitent les fidèles à se lancer dans le djihad armé » (la RTBF, le vendredi 22 juin 2018).

Pourquoi nos représentants et nos gouvernants et même les citoyens bien informés, n’avaient-ils pas agi avant en sachant parfaitement bien que « cela ne pouvait que mal se terminer » dans le futur, d’une façon ou d’une autre, mais certainement ? Ils n’ignoraient pourtant rien ni l’existence de ces livres, dont ‘la voie du musulman’ fut évoquée au parlement fédéral en 2004 par la députée Annemie Turtelboom lors d’une séance plénière où celle-ci avait posé une question à ce sujet à la ministre de la Justice Laurette Onkelinx.

Bref, le passé, c’est le passé, comme on dit, voyons ce qui est inquiétant à présent où le printemps tant rêvé à le même hiver à vaincre: Aujourd’hui, il n’y a rien, mais absolument rien, qui garantit que nous ne nous demanderons pas dans les mois ou les années à venir pourquoi nous n’avons pas agi en 2018 en sachant que « cela ne pouvait que mal se terminer » dans l’avenir, d’une façon ou d’une autre, mais certainement ? Cette inquiétude parait parfaitement justifiée, car force nous est de constater que nos gouvernants font dans les circonstances actuelles, exactement ce qu’ils ont fait – et durant cinquante ans – dans le cas du développement conquérant de ce qu’on appelle aujourd’hui le « radicalisme » : Pris en otages par leur aveuglement délibéré et volontaire dans le passé, ils utilisent aujourd’hui comme rempart contre « le radicalisme » (ou terrorisme), les mêmes inspirateurs de ce « radicalisme » qu’ils ont utilisé hier comme rempart contre le communisme soviétique.

Que faire ?

J’ose proposer aujourd’hui que l’Etat belge rompe sans délai la convention (tacite ou diplomatique) de la gestion fructueuse des affaires notamment religieuses des musulmans d’ici, des musulmans de Belgique, avec les Etats turc et marocain. Et ce, en commençant par rompre, et tout de suite, la convention de reconnaissance – comme représentante de ce qu’on appelle « l’islam turc » – de la coalition composée des deux organisations turques d’extrême droite, l’une théocratique radicale (dite islamiste), l’autre national-théocratique radicale (dite islamo-nationaliste). Je le propose sans crainte parce qu’on finit, comme moi, par apprendre à embrasser les aléas de la dissidence, allant de la conjuration politique à la tentative d’assassinat jusqu’à la séquestration dans un asile psychiatrique en passant par l’enferment dans une prison appelé « milieu carcéral » dans le « novlangue » de Big Brother.

LE DERNIER RAPPEL AVANT D’AGIR

A propos de quatre questions – voir ci-dessous

Monsieur Koen GEENS

Ministre de la Justice

Boulevard de Waterloo, 115

1000 Bruxelles

Genval, le 10 août 2018
Monsieur le Ministre,

Concerne : Ma lettre ouverte du 7 juillet 2018

Par la présente, je me permets, pour la première et la dernière fois, de vous rappeler ma lettre du 7 juillet dernier rester sans réponse comme prévu. Mais le bruit assourdissant de votre silence légendaire ne m’impressionne pas, bien au contraire, il m’encourage ; et je crois que vous n’ignorez pas que la résignation par la lassitude et usure du temps n’est pas la maladie dont je mourrai. De plus, l’histoire proche nous démontre qu’il faut continuer d’exiger la transparence démocratique envers les citoyens quant aux décisions prises les concernant. C’est dans cet ordre d’idée que j’agirai sans tarder étant porté par mon absolue détermination à être moi-même, qui n’a d’égale que ma grande sensibilité humaniste et politique ; une croyance intransigeante dans la défense de la dignité et de l’émancipation des plus vulnérables en les soustrayant autant que possible au joug de l’ignorance qui les asservit.

J’espère ainsi obtenir, Monsieur le Ministre, les réponses aux quatre questions que je vous avais soumises dans ma lettre citée ci-avant ; je l’espère en pensant, comme le disait jadis Vaclav Havel, que « l’espoir est un état d’esprit. C’est une orientation de l’esprit et du corps. Ce n’est pas la conviction qu’une chose aura une issue favorable mais la certitude que cette chose aura un sens, quoi qu’il advienne. » Mais dans l’attente, je voudrais apporter ici, Monsieur le Ministre, quelques précisions importantes concernant la formulation de mes questions après avoir lu le quatrième rapport intermédiaire sur le volet « Radicalisme » de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats du 22 mars 2016.

Les faits dans un monde fictif

Ayant tenu à combattre depuis 1978, et avec le plus grand radicalisme, les questions liées à l’instrumentalisation du fondamentalisme islamique par des Etats occidentaux, dont la Belgique, et leurs alliés musulmans, dont la Turquie, je croyais trouver dans ce rapport les réponses aux questions suivantes : Que s’est-il passé le 22 mars 2016 à Bruxelles ? Pourquoi cela s’est-il passé ? Comment cela a-t-il pu être possible ? Au terme de ma lecture, j’ai dû longtemps réfléchir pour comprendre que le but poursuivi par ladite commission n’était pas de répondre à ces questions mais de les éviter pour protéger les siens, pour s’auto-acquitter au détriment purement formel d’un autre coupable par le mensonge que l’on se fait à soi-même, et qui consiste à se défausser sur autrui de ses propres errements. La faute de l’autre. C’est une autre manière d’élaborer des discours narcissiques sur soi-même pour brandir son innocence et de postuler en sa faveur la plus confortable et la plus disputée des positions, celle de victime. Dans le cas qui nous préoccupe, d’une façon ou d’une autre, chacune des parties en causes est victime des autres, peu importe la vérité historique.

Concernant, par exemple, « le cas de la grande mosquée de Bruxelles », la seule coupable toute désignée,  j’ai lu dans ledit rapport (Chapitre II, page 56, point 3) l’histoire suivante : « Pour mémoire », nous disent les rapporteurs parlementaires, « en 1968, le gouvernement belge reconnaissait le Centre islamique et culturel comme instance représentative des musulmans et de l’islam de Belgique. Le 13 juin 1969, la Belgique, par une convention de concession, cédait l’usage pour une durée de 99 ans, des bâtiments étant ceux de la grande mosquée de Bruxelles (GMB) au Centre islamique et culturel représenté par les ambassadeurs du Maroc et de l’Arabie Saoudite. En 1978, le nouveau Centre islamique et culturel de Belgique (ci-après CICB)  était inauguré. Le complexe immobilier accueille aujourd’hui outre la mosquée, une école, un centre de recherche et de formation sur l’islam, mais aussi sur la langue arabe.

De 65 à 75 % du financement du CICB qui est une asbl exploitant le GMB provient du financement octroyé par la Ligue islamique mondiale (points 33 et suivants). Les représentants officiels de GMB ont tenu à souligner que le financement n’était pas un financement étatique (provenant de l’Etat Saoudien, ndlr) mais un financement de la Ligue islamique mondiale. La Ligue islamique mondiale est une organisation comportant 57 membres, dont le siège est établi à la Mecque. Le Secrétaire Général est l’ancien ministre de l’Arabie Saoudite et son financement apparait, des mêmes déclarations faites par les représentants de la CMB/CICB, comme principalement saoudien. » Comme nous le constatons, dans cette histoire officielle du couple CMB/CICB, nos parlementaires ne nous disent pas s’il y a une succursale de la Ligue mondiale islamique quelque part à Bruxelles.

Les faits dans la réalité de ce bas monde

La Ligue islamique mondiale fut fondée en 1962 à la Mecque par le prince Fayçal d’Arabie Saoudite. Le bras religieux – soft power – du régime saoudien confondu avec l’islam wahabite dit « authentique », cette Ligue s’efforce, conformément à son objet social, de faire connaître la charia dans le monde entier et de répandre son enseignement islamique le plus obscurantiste et le plus archaïque à travers la construction d’écoles, d’institutions islamiques et de mosquées. Elle avait créé en 1975, avant l’assassinat de son fondateur, son conseil suprême des mosquées installé, lui aussi, à Bruxelles dans le même complexe que le CICB et la GMB pour soutenir les minorités islamiques établies dans les pays non musulmans. A cette fin, elle accordait des subventions aux associations islamiques qui créent des mosquées. En 1985, la somme d’aide financière annuelle distribuée aux mosquées en Belgique, dont des nombreuses mosquées turques, était de 30 millions de francs.

Quant au Centre islamique et culturel qui a vu le jour en 1963 avec le concours des chefs de mission diplomatique des pays musulmans accrédités en Belgique – dont notamment l’Arabie Saoudite, le Maroc, la Turquie, le Pakistan et le Sénégal – il s’était installé dans l’ancien pavillon oriental du Cinquantenaire, qui fut offert en 1968 par le gouvernement belge au roi Fayçal, l’ex-prince fondateur de la Ligue mondiale islamique devenu roi en 1964. Et cette même année le gouvernement belge reconnaissait ce Centre comme instance représentative des musulmans et de « l’islam de Belgique ! ». En 1969, le roi Fayçal céda le Centre à sa Ligue islamique mondiale. Son successeur, le roi Khaled assista en 1978 à la cérémonie officielle d’ouverture de la grande mosquée. Dès lors, il n’y avait plus ni le Centre islamique et culturel de Belgique ni la mosquée de Bruxelles, mais il y avait le Centre islamique et la grande mosquée de la Ligue mondiale islamique à Bruxelles. La preuve, me demanderiez-vous ? Et la voilà et elle ne souffre d’aucune ambigüité :

  1. Hier, était-ce normal que l’Etat belge reconnaisse non pas le Centre islamique et culturel mais la Ligue mondiale islamique saoudienne comme instance représentative des musulmans et de l’islam non pas de Belgique mais en Belgique ?

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Cette enseigne suffisamment grande pour être bien visible – même aux yeux de nos parlementaires, membres de la commission d’enquête, et leurs témoins scientifiques, médiatiques et sécuritaires – n’est pas fixée sur la façade du siège de la Ligue islamique mondiale à la Mecque. Elle est fixée, il y a quarante ans, au-dessus de la porte d’entrée de l’ancien pavillon orientale du Cinquantenaire accueillant la filiale en Belgique de la Ligue islamique mondiale qui héberge sous son toit son Centre islamique et sa grande mosquée. Cette Ligue n’a financé ni ne finance le Centre islamique et culturel et la mosquée de Bruxelles. Elle finance les frais de gestion de sa succursale installée à Bruxelles avec son Centre et sa mosquée, ainsi que ses œuvres « philanthropiques » comme, par exemple, le paiement, entre 1978 et 1983, des salaires des imams envoyés en Belgique par l’Etat turc.

Agiter et fanatiser le peuple pour mieux s’en servir

A l’époque tout cela était normal, Monsieur le Ministre, car « le wahhabisme, le salafisme, les Frères musulmans, la Ligue islamique, l’Arabie Saoudite » maintes fois cités dans ledit rapport – sans citer pour des raisons évidentes les Etats alliés objectifs de ces derniers – n’ont fait que ce que les Etats occidentaux et leurs alliés musulmans leur ont demandé de faire. A savoir agiter et fanatiser à l’outrance les immigrés de confession musulmane et leurs enfants pour faire d’eux « des combattants ou des soldats de la liberté » pour mener la guerre sainte, le djihad, contre le communisme un peu partout dans le monde.    

  1. Aujourd’hui, est-ce normal que l’Etat belge reconnaisse notamment les deux organisations turques en question comme représentantes de ce qu’on appelle « islam turc », comme il avait reconnu en 1968 la Ligue mondiale islamique comme instance représentative des musulmans et du prétendu « islam de Belgique » ?

En Belgique, les enseignes des filiales des autres organisations, dont les organisations turques qui nous préoccupent ici, ne sont pas, Monsieur le Ministre, aussi transparentes que celle de la Ligue mondiale islamique fixé sur la porte d’entrée d’un bâtiment, l’un « des plus beaux quartiers de la capitale, à proximité des institutions de la communauté européenne, afin qu’il serve de mosquée et de siège pour le nouveau Centre Islamique et Culturel de Belgique pour qu’il devienne un phare de l’islam en Europe » – voir le Site du Centre islamique, rubrique ‘Historique’ . Ce qui m’oblige à porter certaines précisions concernant la formulation des questions que je vous avais soumises dans ma lettre du 7 juillet dernier et auxquelles je souhaite obtenir réponse .

« Dans les années 80 (…) la mosquée a cessé d’être exclusivement un lieu de culte : il s’est développé tout un appareil politique autour de ce lieu de culte. »

Le rapport de ladite commission parlementaire, 1er chapitre, page 28, point 33.

« Il ne faut pas que ce soit d’autres, vivant à des centaines voire à des milliers de kilomètres de la Belgique, qui décident comment les musulmans d’ici doivent vivre. C’est aux musulmans d’ici d’organiser leur religion, leur pratique religieuse et vivre en harmonie avec les autres communautés. »

Le 7 décembre 2015, Jean-Claude Marcourt, Ministre de l’Enseignement Supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles

 

  1. Selon vous, Monsieur le Ministre, l’organisation turque dénommée en français « La Communauté islamique Milli Görüş », en turc « İslam Toplumu Millî Görüş », et en allemand « Islamische Gemeinschaft Milli Görüş », dont le siège central se situe à Cologne en Allemagne, et dont la filiale en Belgique est récemment renommée « La Fédération Islamique de Belgique, est-elle une organisation politique ou religieuse indépendante des pouvoirs extérieurs, des « d’autres », comme disait Monsieur Marcourt ? Selon vous, quelle est la mission qui lui était assignée par ses fondateurs en 1969 en Turquie ?
  2. Selon vous, Monsieur le Ministre, l’organisation turque dénommée en français « L’Union turco-islamique des affaires de Diyanet », en turc « Diyanet İşleri Türk-İslam Birliği », en allemand « Türkisch-Islamische Union der Anstalt für Religion e.V », dont le siège central se situe également à Cologne, et dont la filiale en Belgique est « La Fondation Turco-Islamique de l’Ambassade de Turquie » à Bruxelles récemment renommé « BTI Diyanet Vakfı », est-elle une organisation politique ou religieuse indépendante des pouvoirs extérieures, des « d’autres» ? Quelle est, selon vous, la mission qui lui était assignée à Ankara lors de l’élaboration en 1981 du projet de sa constitution achevée à Bruxelles en 1983 ?
  3. Monsieur Melchior Wathelet, votre lointain prédécesseur, qualifiait ces deux organisations de « mouvements opposés » dans son courrier du 7 novembre 1994 (voir ma lettre du 7 juillet 2018). Selon vous, Monsieur le Ministre, de quel point de vue ces deux organisations s’opposaient-elles ? Du point de vue religieux ou du point de vue politique ?
  4. Eu égard aux réponses que vous voudrez bien réserver à ces trois questions, est-il « normal » que ces deux organisations transnationales soient reconnues par l’Etat belge comme représentantes de ce qu’on appelle « l’islam turc » à travers leurs filiales constituées en Belgique en se parant des oripeaux de personne morale du droit belge telle qu’une ASBL, AISBL, fondation privée ou d’utilité publique, et ce en suivant vos souhaits et conseils officiels, Monsieur le Ministre (voir le point deux de la déclaration commune du 13 juin 2018 présentée au terme de votre rencontre, accompagné du Premier ministre, avec les représentants du prétendu « Exécutif des Musulmans de Belgique ») ?

Précision importante

Permettez-moi ici de bien préciser, Monsieur le Ministre, que nous ne vous demandons pas s’il est normal que l’Etat belge reconnaisse ces organisations comme représentantes de ce qu’on appelle « l’islam turc ». Nous vous demandons simplement si l’Etat belge les reconnait en parfaite connaissance de cause ; nous l’apprendrons –  et nous avons le droit de l’apprendre – après avoir lu vos réponses aux questions posées.

Le mot de la fin

En guise de conclusion, permettez-moi, Monsieur le Ministre, de vous faire part d’une réflexion à propos de la poudre aux yeux – elle est magique – qu’est la formation des imams et des cadres musulmans dans nos universités pour soutenir et promouvoir l’émergence d’un « islam belge », d’un « islam de Belgique », comme vous le dites. Je ne crois pas, quant à moi, que c’est en formant en Belgique les membres du personnel de la filiale d’une multinationale installée en Belgique, que l’on promeut et soutient l’émergence d’une entreprise de Belgique indépendante des pouvoirs (économiques) extérieurs.

Comme vous persisterez dans votre silence légendaire, je vous confirme que vous serez informé par les événements de la suite que je réserverai à ma démarche en pensant que notre devoir moral est de permettre aux générations futures de construire leur avenir, et vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre, l’expression de ma considération distinguée. 

Mustafa Uner Sari

 

Lettre ouverte à Monsieur Christian DE VALKENEER Procureur Général près la Cour d’appel de Liège

Avant-propos

Une autre histoire de suicide

J’imagine qu’après une dispute avec mon épouse, je m’endors. Quand je me réveille, je trouve le corps sans vie de mon épouse dans la salle de bain. Choqué, je me demande ce qui lui est arrivé. A-t- elle été victime d’une chute brutale, d’un empoissonnement alimentaire, d’un malaise cardiaque, d’un acte malveillant ou s’est-elle suicidée ? Je n’en sais rien. Je dormais.

J’ai été très surpris et fort affecté d’apprendre, le 1er novembre 2013, que Monsieur Bernard Wesphael, ex-député Wallon Ecolo, était allé dormir dans sa chambre d’hôtel après une dispute violent avec son épouse. Il n’avait apparemment pas peur que son épouse se suicide pendant qu’il dormait, et que lui soit inculpé de non-assistance à personne en danger. Mais en sortant de son sommeil, et contre toute attente, il avait trouvé son épouse sans vie dans la salle de bain. Immédiatement, il avait constaté tout seul, on ne sait comment et par quel procédé d’inspiration divine, que son épouse s’était suicidée. Pour le dire avec les termes d’Hannah Arendt, il s’agit là, si j’ai bien compris, de « ce phénomène totalitaire qui consiste à tout expliquer par une déduction tirée d’un raisonnement à prémisse unique » : ‘Elle a déjà fait plusieurs tentatives de suicide. Donc, ce jour-là, elle s’est suicidée.’

Si je vous parle ici de cette histoire tragique et si j’ai été très affecté par elle, c’est parce qu’à l’époque où je vivais dans la rue, là où j’ai été forcé à faire face durant trois ans et demi à ce phénomène totalitaire, il y avait dans la maison en face de moi un Monsieur qui voulait tout changer, être premier en tout, même en victime, pour qui l’insupportable était que l’autre ne sache pas ou ne reconnaisse pas qui il est, un Maître de seconde zone, mais un Maître. Il ne dormait plus parce qu’il était très inquiet. Il avait peur, selon ses dires, que je me suicide un jour dans ma voiture, et qu’il soit inculpé de non-assistance à personne en danger. En réalité, il avait très peur que je ne me suicide pas. Ce Monsieur, Bernard Wesphael, faisait partie d’une clique composée d’individus assez pervers pour affecter les dehors des sentiments qu’ils n’éprouvent pas. Individus, appartenant au milieu politique et au milieu judiciaire, qui vont jusqu’au bout du déni de la réalité par crainte de se contredire, par peur d’être vaincus. Car, ils ne s’imaginent vainqueurs que si leur adversaire est démoli, détruit, anéanti.

L’épilogue de cette autre histoire de suicide très compliquée est écrit, d’une façon pas très claire, au verso de l’ordonnance de soit communiqué rendue le 4 septembre 2002 par Madame Danièle Reynders, alors juge d’instruction. Ordonnance où nous découvrions le nombre impressionnant de personnes « honorables » ayant pris part soit pendant l’élaboration soit lors de la délivrance d’une vulgaire ordonnance judiciaire de  mise en observation psychiatrique, dont nous parlerons par la suite :

« Attendu qu’à ce stade de l’enquête, le dossier n° de notice 52.99.99/01 concerne des magistrats : Madame A. THILY, Madame A. SPRIESTERBACH, Monsieur P. WILMART, Monsieur SCHOLTES, Madame SCHAAPS, un sieur DETAILLE à mieux identifier, et des mandataires politiques : Messieurs JAMART et MOHR, Monsieur José DARAS, Monsieur Thierry DETIENNE, Madame Muriel GERKENS, Monsieur Bernard WESPHAEL. Attendu que les premiers bénéficient de privilège de juridiction et le seconds d’une immunité. Attendu que l’enquête de ces faits échappe dès lors à notre compétence. Nous communiquons les pièces de la procédure à charge de GENET Louis, DUTILLEUX Philippe et PINTO Emmanuel, à Madame le Procureur du Roi …. »

 

Je vous raconterai l’entièreté de cette histoire terrifiante le jour où Monsieur Wesphael me communiquera la réponse à la question suivante, la seule restée sans réponse à ce jour : ‘Par qui et en main propre de quel magistrat du parquet de Liège a été déposée, le 24 décembre 1998, la plainte que Maitre Louis Genet, avocat au barreau de Liège, avez rédigée à ma charge le 11 décembre 1998 ?

 

 

 

Lettre ouverte à

Monsieur Christian DE VALKENEER

Procureur Général près la Cour d’appel de Liège

Palais de Justice

Place Saint-Lambert, 16

4000      LIEGE

 

Genval, le 26 octobre 2015


Votre Réf. : D/1431

Monsieur le Procureur Général,

Concerne : l’entretien que vous aviez accordé à Vivacité Charleroi à l’occasion du dixième anniversaire de l’éclatement des affaires carolorégiennes – voir annexes.

 

Lors de l’entretien brillant identifié sous rubrique, vous avez donné une belle leçon d’éthique politique que j’ai attentivement écoutée au volant de ma voiture. Vous y avez également exprimé votre entière satisfaction, pour ne pas dire votre fierté, d’avoir mené à bien l’action de la justice concernant les affaires carolorégiennes, en espérant que cette action ait créé dans le milieu politique une espèce d’effet dissuasif ou en tout cas de rappel de la norme, et qu’il y ait un certain nombre de choses qu’on ne fera plus maintenant.

Espérer, grâce à l’action de la justice, « qu’il y ait un certain nombre de choses qu’on ne fera plus maintenant » dans le milieu politique. C’est exactement ce que je souhaite depuis plus vingt ans et c’est exactement le souhait que j’ai exprimé la énième fois dans la lettre que j’ai adressée, le 12 février 2015, à Monsieur Patrick Duinslaeger, Procureur Général près la Cour de Cassation : en parlant de l’affaire du terrorisme d’Etat, ‘pour éviter le pire dans cette affaire, lui disais-je, il faut que l’une des autorités compétentes concernées me dise un jour que ce qui était fait dans le passé ne se fait pas dans un Etat de droit et ne se fera plus jamais’, et cela, non seulement dans le milieu politique mais aussi et surtout dans le milieu judiciaire.

 

Comme vous l’aurez compris, Monsieur le Procureur Général, j’ai été très touché par votre façon « pointue » de résumer en quelques mots le but poursuivi par la résistance intransigeante que j’ai opposée au terrorisme d’Etat, dont j’ai été l’objet le 21 juin 1995 entre les murs du palais de justice à Liège. Acte terroriste qui fut élaboré et exécuté par voie judiciaire, et aux frais assez élevés de l’institution judiciaire. Dès le 26 juin 1995, et eu égard à la gravité extrême des faits, j’ai souhaité que la justice agisse afin de faire un rappel de la norme dans son propre milieu pour faire comprendre notamment aux magistrats auxiliaires concernés du parquet de Liège qu’il y a un certain nombre de choses qu’ils ne peuvent plus faire dans l’avenir ; comme par exemple, travestir sciemment la réalité par abus de pouvoir afin d’obtenir – pour se protéger – la condamnation d’un innocent.  

Mais mon souhait légitime a essuyé un refus violent à tous les étages, y compris là où vous vous trouvez, en répudiant, d’une façon jubilatoire, le respect de la loi et les règles et principes les plus élémentaires du droit. Quelle fut alors la raison principale de ce refus ? Cette raison, qui est celle de l’Etat, se cache derrière une autre question que je résumerais comme suit : certes, faire installer une chaudière dans sa maison de vacances avec l’argent public, faire distribuer des tracts électoraux aux employés d’une commune pendant les heures de travail, accepter deux « repas gastronomiques » en contre partie des services rendus à des amis au préjudice du dénier public, …, sont des actes condamnables.

Mais ces actes délictueux sont-ils plus graves qu’un acte criminel telle une tentative de meurtre de la personne morale, le mandat d’arrêt dont j’ai été l’objet le 21 juin 1995, suivie d’une tentative d’anéantissement de la personne juridique, la mise en observation psychiatrique dont j’ai été l’objet le 19 mars 1999 ? Sinon, comment peut-on expliquer ce qui motive vraiment l’action vigoureuse du ministère public pour poursuivre dans le  milieu politique les auteurs des actes délictueux, et son inaction arrogante concernant la poursuite dans le milieu judiciaire des auteurs des actes criminels ?

Monsieur le Procureur Général,

Si des élus et fonctionnaires de la Ville de Charleroi ont transgressé la norme durant des décennies sans crainte ni gêne ni scrupule, ce n’est pas parce qu’ils n’étaient pas des juristes pointus ou qu’ils ne connaissaient pas les règles et les principes desquels on ne peut s’écarter quand on exerce une fonction publique importante. Transgresser la norme à leur meilleure convenance, était simplement un comportement reflexe chez ces personnes parfaitement intégrées dans un processus d’irresponsabilité collective et de corruption banalisée. Agissant sous l’emprise de la sensation perverse de puissance, ces personnes croyaient pouvoir bénéficier indéfiniment de la loi d’impunité puisque tout le monde connaissait la réalité des faits incriminés mais personne, ni la justice d’ailleurs, n’avait apparemment intérêt à agir. La loi du silence régnait en maître à Charleroi comme ailleurs et distillait sans cesse, même dans les mentalités des personnes d’origines étrangères, l’idée que la Belgique est un pays où la corruption est un modèle de comportement acquis.

Pour le dire avec les termes de Maître Luc Misson, ces personnes ne se sentaient même pas malhonnêtes parce qu’elles faisaient comme leurs prédécesseurs faisaient avant eux, comme on faisait ailleurs qu’à Charleroi, comme on faisait dans d’autres milieux plus ‘nobles’ et plus ‘honorables’ que le milieu politique. Comme on faisait, par exemple, dans différents parquets du pays, dont le parquet de Liège là où vous avez continué, à votre tour, Monsieur le Procureur Général, de faire ce que vos prédécesseurs ont fait avant vous. Faire comme eux quand il s’agit, par exemple, de protéger et de soustraire à la justice les terroristes d’Etat, membres de votre corporation nommée ministère public, auteurs et complices de deux tentatives de meurtre évoquées plus haut. Ne rien faire, comme le ferait un corrompu ordinaire agissant contre sa conscience et surtout son devoir.

Permettez-moi de vous rappeler ici l’une des tristement célèbres justifications de ce principe de ‘ne rien faire’ qui consiste à ne pas mener l’enquête pour que les questions restent sans réponses, et que ces réponses ainsi que les faits qui y sont liés ne soient pas transformés en preuves : dans sa lettre du 8 février 2001, Monsieur Jean du Jardin, alors Procureur général près la Cour de cassation, m’écrivait : « L’organisation judiciaire du Royaume de Belgique s’oppose en droit comme en fait à ce que le mandat d’arrêt soit utilisé comme instrument de la pratique du terrorisme d’Etat par voie judiciaire ; et qu’au surplus les mandats d’arrêts sont soumis au contrôle des juridictions d’instruction. » Propos d’une violence morale inouïe, dont vous confirmiez, Monsieur le Procureur Général, la justesse et la pertinence dans votre courrier du 13 juin 2012. Donc, pour vous plaire, je devrais comprendre et admettre que ce qui n’est pas possible en principe, ou en droit, ne fut jamais en fait au Royaume de Belgique. Au risque sinon d’être enfermé dans un goulag, appelé hôpital psychiatrique dans sa version démocratique, pour être soigné et guéri, c’est-à-dire normalisé.

Pour conclure, je voudrais vous dire, Monsieur le Procureur Général, que je n’ai jamais douté dans le passé, et je ne doute pas un seul instant aujourd’hui, que la justice, après avoir reconquis son indépendance, créera un jour – et dans le milieu judiciaire et dans le milieu politique à la fois – une espèce d’effet dissuasif ou en tout cas de rappel de la norme non seulement pour mettre un terme à la situation qui me préoccupe depuis tant d’années, mais aussi et surtout pour nous rassurer qu’’il y a un certain nombre de choses qu’on ne fera plus ni maintenant ni demain dans ces mêmes milieux.

Il est en effet important de croire, Monsieur le Procureur Général, que dans une société régie par un Etat de droit, et grâce à l’action de la justice qui est le seule vrai contre-pouvoir au pouvoir politique, la corruption endémique peut ne plus être la règle du comportement acquis, et que la loi du plus fort peut ne plus être la seule loi à la validité de laquelle on peut encore faire appel. J’y crois plus fort que jamais et je continue de croire que la résignation est un suicide quotidien, et que l’aliénation, la vraie, est celle qui ne dit si bien son nom que, lorsque la victime, elle-même, justifie l’oppression qu’elle subit par la résignation forcée par la lassitude et l’usure du temps, et rentre chez-elle domptée.    

Dans l’attente, je vous prie de recevoir, Monsieur le Procureur Général, l’expression de ma respectueuse considération, en vous rappelant, une fois encore, que l’oubli est l’autre face du mensonge, une illusion, comme la vérité et la mémoire sont celles de la justice, et que ce qui nous saute à la figure à chaque lever du soleil, ce qui nous embarrasse et nous rend malade, ce n’est pas l’oubli mais son impossibilité, notre soif de voir la vérité reconnue, et la justice rendue.

Mustafa Üner SARI

 

Annexes : le contenu de votre entretien – Vivacité Charleroi, le 07 septembre 2015.

 

« Christian De Valkeneer: « Non, la Justice ne veut pas la peau du Politique »

Christian De Valkeneer était procureur du Roi à Charleroi, au moment des « affaires ». Voici dix ans. Il est depuis devenu procureur général à Liège. Il accorde un entretien à Vivacité Charleroi.

M. De Valkeneer, quand les affaires ont éclaté, vous n’étiez pas en poste depuis très longtemps. Vous aviez dit à l’époque que, finalement, ça avait été une chance de ne connaître personne ici ?

Je suis arrivé en mai 2005 et les « affaires » ont éclaté en septembre 2005, donc pratiquement trois quatre mois après que je sois arrivé et je connaissais très peu de gens quand je suis arrivé à Charleroi, n’étant pas Carolo. Je suis devenu un peu Carolo de cœur par la suite, mais je n’étais pas Carolo à l’époque. Donc, c’est vrai que ça donne un recul et une indépendance d’esprit toute particulière quand on ne connaît pas l’ensemble des « acteurs » qui ont été concernés par ces « affaires ».

Je vous propose d’écouter l’interview, à l’époque, de Luc Misson qui était l’avocat de Claude Despiegeleer. Écoutez ce qu’il disait de la défense de son client.

« M. Despiegeleer est quelqu’un qui ne se sent pas fondamentalement malhonnête. Il a fait comme on faisait avant lui, comme on fait ailleurs qu’ici. Il a été pris dans une tourmente. Il a travaillé comme un damné pour sa ville sans faire attention à des règles et des principes qu’il ne connaissait vraisemblablement pas. »

Tout est dit dans ces quelques secondes ?

Oui, tout à fait. J’ai envie de vous répondre par un adage bien connu : nul n’est censé ignorer la loi. Donc, c’est clair que quand on exerce un certain nombre de fonctions, de fonctions importantes, au sein d’une ville, on est quand même censé connaître un minimum. On ne demande pas aux gens d’être des juristes très pointus, mais de connaître un minimum de règles, de savoir, finalement, ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire.

Visiblement, ces mandataires, à l’époque, n’ont pas compris ce qu’on leur reprochait. Et pour certains, toujours pas à l’heure actuelle. Qu’en pensez-vous ?

 

Je ne sais pas me mettre dans leur tête, mais, effectivement, je pense que parfois il y a une certaine difficulté à comprendre que l’action politique doit s’exercer selon un certain nombre de règles et de choses que l’on ne peut pas faire quand on exerce une fonction publique. Ça me paraît assez évident, mais je crois qu’il faut le répéter, le redire régulièrement, qu’il y a des principes, évidemment, desquels on ne peut pas s’écarter.

A l’époque, s’attaquer aux « Politiques » n’était pas chose courante. Ça n’était pas facile. Il y a eu des moments de tensions, il y a eu des moments où vous avez été critiqué également ?

Oui, c’est certain. Je pense que, d’une manière générale, dans la Justice, si on voulait s’attaquer au pouvoir ce n’était jamais quelque chose de facile, que ce soit le pouvoir financier, le pouvoir politique. Il est certain que si on voulait s’attaquer aux voleurs de pommes c’est quelque chose de plus facile. On a moins de difficultés.

Mais ce que je voudrais dire aussi, c’est quand même important comme message, c’est qu’il y a une tendance dans le monde politique, ou même dans le monde du pouvoir en général, de croire que la Justice veut faire la peau ou avoir le scalp, comme on dit certains, aux Politiques. Je voudrais quand même répéter que ce n’est pas quelque chose qui anime les magistrats. Vous savez, s’occuper des dossiers politico-financiers ne vous fait pas gagnez pas un franc en plus à la fin du mois. Vous avez beaucoup plus de problèmes que si vous vous occupez de dossiers moins médiatiques, si je puis dire.

Et donc, je pense qu’il y a toujours cette idée que le monde judiciaire a un agenda politique caché, c’est-à-dire qu’il est manipulé ou éventuellement qu’il pourrait rouler pour d’autres partis politiques. Je pense que c’est vraiment quelque chose qu’il faut une fois pour toutes, se sortir de l’esprit. La Justice fait son métier et ce n’est pas de gaieté de cœur qu’elle doit s’occuper d’hommes politiques, parce qu’on est amené à travailler avec le pouvoir politique : les bourgmestres, les autorités administratives, et donc on souhaite avoir les meilleurs rapports et collaborer avec eux.

Dix ans après l’éclatement de ces affaires, quel regard avez-vous sur l’évolution de la Justice ? Est-ce que des choses ont justement changé suite à toutes ces affaires ?

On espère bien sûr, que l’action de la Justice a créé une espèce d’effet dissuasif ou en tout cas de rappel de la norme. Maintenant, il y a un certain nombre de choses qu’on ne fera plus ou en tout cas où on se rendra compte que, si on les fait, on transgresse la norme. C’est en tout cas mon espoir. Sinon, c’est clair qu’évidemment, si les choses se reproduisent, c’est un désespérant. Mais, c’est aussi l’action de la Justice : c’est de refaire, et toujours refaire, de remettre sur le métier les mêmes dossiers. »

Lettre ouverte au Roi – Partie 2

 

Sa Majesté le Roi PHILIPPE

 

Palais Royal

Rue Brederode, 16

1000    Bruxelles

 

Genval, le 14 avril 2015

 

 

 

Sire,

 

Me permettriez-vous d’entamer la présente en mettant en exergue le comportement étonnant à plus d’un titre, que nos gouvernants adoptent lorsqu’un événement grave survient dans notre pays. En un premier temps, la tête basse, ils feignent ignorer les causes de la ‘tragédie’ pourtant bien connues depuis de très longue date. En un deuxième temps, ils relèvent la tête et se posent en hommes d’Etat avant d’affirmer avoir découvert les causes du ‘malheur’ présentées comme étant les conséquences des dysfonctionnements et des estompements de la norme. Vient alors le temps des réformes institutionnelles. C’est à ce stade du jeu politique soigneusement mis en scène qu’ils pratiquent au mieux leur sport favori qui consiste, chaque fois, à créer une nouvelle institution publique pour mener la lutte contre ces dysfonctionnements ou ces estompements dûment identifiés.

 

A l’instar de la lutte contre « l’intégrisme ou fondamentalisme musulman » qui fut l’une des priorités du Commissariat Royal à la Politique des Immigrés crée en 1989. Plus d’un quart de siècle plus tard, pour mener la même lutte contre le même « intégrisme » bien développé depuis lors et renommé « radicalisme islamique », nos gouvernants nous proposent la création d’une nouvelle institution publique pour la formation des imams et des cadres musulmans afin de favoriser l’émergence de l’impossible, celle d’un « islam belge », islam indépendant donc des pouvoirs extérieurs. Cette initiative s’apparente à une tromperie dont la gravité est directement proportionnelle à la gravité du but que nos gouvernants souhaitent atteindre : élaborer une ultime manœuvre de diversion afin de repousser, une fois de plus, le problème dans l’ombre pour ne pas faire de vagues.

 

Certes indigné, voire même révolté, mais pas résigné, je reste néanmoins conscient du fait que la démocratie représentative, chez nous, consiste à déposer un bulletin de vote dans l’urne tous les cinq ans et à aboyer ‘librement’ le reste du temps à condition de laisser passer les caravanes. La preuve en est que, si je me permets aujourd’hui de vous adresser la présente, c’est pour pouvoir me dire demain que j’ai aboyé, et une fois encore, parce que j’ai estimé devoir le faire, parce que j’ai estimé juste de le faire, sans le moindre souci de plaire à qui que ce soit ni pour quoi que ce soit. Et cela, après avoir traversé, les trente dernières années durant, des épreuves qui ont détruit tout respect et toute considération pour des autorités politiques et judiciaires, et qui ont anéanti toute confiance en eux.

 

Sans aucun doute vous souvenez-vous, Sire, de ces mots prononcés par Sa majesté feu le Roi Baudouin dans son discours de Noël en 1984 : « Une démocratie modèle », disait-il, « a besoin de citoyens bien informés et qui participent à tous les aspects de la vie collective. Des citoyens qui comprennent le fonctionnement de leurs institutions, qui saisissent les enjeux des débats politiques, qui mesurent les conséquences des décisions les concernant » J’ai été très touché par ces propos eu égard à mon engagement radical dans la défense des intérêts des citoyens de seconde zone appelés jadis « les travailleurs immigrés » après avoir soigneusement mesuré les conséquences des décisions les concernant.

 

En prélude à la grève de la faim que j’allais engager deux semaines plus tard sur la place Cathédrale à Liège, j’ai adressé le 7 juin 1985 une lettre à Sa Majesté, pour lui dire, en substance : « Durant de nombreuses années d’actions menées non pas seulement par moi-même mais par un processus socioculturel, la Maison des Turcs fondée en 1981 à Liège, dont j’ai été le promoteur, nous avons pu découvrir les réalités concrètes qui conduisent à l’oppression des immigrés de confession musulmane. Ces réalités concrètes vont des malversations quotidiennes commises au plus humble des niveaux jusqu’à celles institutionnalisées dans les grands corps administratifs, politiques, judiciaires de l’Etat belge. Ces réalités concrètes sont difficilement perceptibles parce que volontairement occultées par des mécanismes divers qu’il est impérieusement urgent de démasquer au risque sinon de mettre en péril la cohésion sociale et l’avenir démocratique du pays. »

 

Au trente-deuxième jour de la grève, Monsieur J. van Yperselle, Chef du Cabinet de S.M. le Roi, m’écrivait : « Je tiens  à vous faire savoir que le Roi m’a chargé de signaler vos préoccupations aux différents Ministres concernés, et notamment à Monsieur Gol, Vice-Premier Ministre, Ministre des communications, Monsieur Hansenne, Ministre de la Justice, Monsieur De Croo, Ministre de l’emploi et du travail, Monsieur Dehaene, Ministre des Affaires Sociales, et Monsieur Bertouille, Ministre de l’éducation Nationale, en les priant d’y réserver un examen attentif. »

 

Puis, le silence régna en maître à nouveau. Et ce silence-là était l’aveu de ne pas vouloir, ou de ne pas pouvoir, mettre un terme à la collaboration de l’Etat belge avec les puissants oppresseurs étrangers des citoyens de confession musulmane dans notre pays. Le danger était là. Tout le monde le savait. Tout le monde était au courant. Mais personne n’avait apparemment intérêt à réagir ni à agir. Il est vrai qu’à cette époque assez singulière, il était impossible de faire le tri entre l’essentiel et l’accessoire  en politique. La crise économique liée aux chocs pétroliers successifs et la révolution iranienne anti-occidentale avaient contribué à rendre la théocratie totalitaire saoudienne plus proche – et plus « modérée » – dans notre environnement eu égard au charme irrésistible des pétrodollars de la terreur et à l’urgence de l’aboutissement de contrats importants de l’import-export.

 

La première génération de jihadistes

 

Bien que les faits dont je souhaite vous entretenir, Sire, soient les mêmes que ceux que je dénonçais il y a trente ans, je ne souhaite pas ressasser ici le passé ni en faire l’apologie dans une démarche passéiste. Cependant, il me paraît indispensable de savoir comment et pourquoi nous en sommes arrivés là où nous nous trouvons à présent, présent qui se confond avec le passé au point d’en être inséparable. A partir de là, nous pourrions élaborer des actions susceptibles de réaliser les changements appelés des vœux de tous (voir pages 20-22). Ce qui ne serait pas chose facile, car les réalités concrètes, dont je parlais à l’époque, sont toujours là. Les mêmes faits, les mêmes causes, produisent les mêmes conséquences mais des conséquences de plus en plus graves. L’une de ces conséquences est que des Etats étrangers ont enfermé en Belgique, et en trente ans, la plus grande majorité des citoyens de confession musulmane ‘dans un repli identitaire effrayant’. Repli dont le vecteur déterminant, si pas le seul, est devenu la religion. Tout ce qui est culturel, social, politique et éducatif est réduit simplement à ce qui est cultuel. 

 

C’est ce repli identitaire qui continue d’alimenter dans les ghettos les fanatismes, les radicalismes et les extrémismes que nous avons sans cesse poussés dans l’ombre par des incessantes manœuvres de diversions. Et nous les y poussons encore aujourd’hui pour des raisons jamais avouées. C’est ainsi que des erreurs successives qui ont été commises, sont devenues des fautes à force de ne pas en démordre. En effet, ceux qui ignorent le passé pourraient croire qu’avant l’apparition de Sharia4Belgium à Anvers et avant le départ des jihadistes belges pour la Syrie, tout allait bien chez-nous. Ce fut bien au contraire. Il suffirait de rappeler le pourquoi de la promulgation de la loi Moureaux du 30 juillet 1981, de la création du Commissariat Royal à la Politique des Immigrés suivie par l’assassinat de l’imam saoudien Al-Ahdal et de son bibliothécaire en 1989, de l’impossibilité de mise sur pied d’une institution pour la gestion du temporel de l’islam en Belgique depuis 1978.

 

Quelques autres évènements de ces années-là nous ont d’ailleurs été rappelés, en l’an 2002, par les rédacteurs d’un rapport officiel belge : « Dans les années quatre-vingt », remarquaient-ils, « le prince saoudien Turki ibn Fayçal, fils du fondateur de la Ligue islamique mondiale et chef des services de renseignements extérieurs saoudiens, a créé la légion islamique des Afghans. Ces volontaires sont recrutés partout dans le monde musulman, mais aussi en Europe et aux Etats-Unis. Ce seraient les services de renseignement américains qui auraient favorisé l’émergence de groupe religieux fanatiques afin de combattre le communisme dans certaines régions du monde. »

 

Ce qui était étonnant dans ces propos, c’est que les rédacteurs de ce rapport très sérieux semblaient ignorer que le bureau de recrutement des jihadistes transnationaux, des « volontaires », comme ils disent, avait  pignon sur rue en Belgique, avenue de Tervuren et au parc du Cinquantenaire à Bruxelles où se loge depuis 1969 la tristement célèbre Ligue islamique mondiale saoudienne. Ils laissaient croire aussi qu’ils n’étaient pas encore convaincus, en l’an 2002, que ce sont les services de renseignement américains qui avaient effectivement favorisé l’émergence de groupes religieux fanatiques afin de combattre le communisme, en collaboration avec le prince saoudien Turki ibn Fayçal et le guide spirituel et financier des combattants de la liberté d’Amérique, Oussama Ben Ladin.

 

Qui plus est, ils semblaient ignorer que, victorieux contre les soviétiques, la légende ou le mythe « Afghan » incarnait désormais pour les générations suivantes le courage militaire, la volonté de martyre, la pureté religieuse, l’esprit de sacrifice à travers le monde, comme à Verviers où les deux terroriste en herbe ont été tués. La volonté de martyr, c’est-à-dire la volonté de ceux qui avaient offert leurs poitrines sans défense aux balles russes en Afghanistan, comme l’histoire le raconte encore aujourd’hui dans les mosquées, dans les cafés, dans les foyers, pour mieux endoctriner et embrigader des nouveaux martyrs bien heureux et vénérables auxquels les rapaces promettent pouvoir, gloire, richesse et bonheur dans ce bas monde, le paradis et septante vierges dans l’autre monde.

 

La première question

 

Leurs aînés qui avaient pour seul et unique tort d’être musulmans, et eux, des enfants de ghettos, qui avaient pour seul et unique tort d’être des enfants de musulmans, n’ont-ils pas été jetés par l’Etat belge dans les gueules des rapaces affamés pour des raisons purement économiques et financières ? Et quel fut vraiment le rôle joué par l’Etat turc dans les réseaux transnationaux de l’instrumentalisation, en Europe, des immigrés d’origine turque à des fins jamais avouées ? La réponse à ces questions trouve sa réponse dans le passé qui est éclairé par le présent et qui éclaire lui-même le présent et l’avenir.

 

 

Quelques faits historiques

 

Le 14 février 1945 l’amitié américano-saoudienne a été scellée par le « Pacte du Quincy » qui avait été conclu entre le président américain Franklin Roosevelt venant de Yalta et le roi Ibn Séoud, fondateur du royaume d’Arabie saoudite, à bord du croiseur Quincy qui mouillait dans le grand lac entre Port-Saïd et le canal de Suez. Par ce pacte, le Royaume saoudien garantissait l’essentiel de l’approvisionnement énergétique américain, et en retour, les Etats-Unis lui assuraient une protection inconditionnelle contre toute menace extérieure éventuelle, dont la république, la démocratie et la laïcité.

 

En 1948 au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale et pour parer à une menace d’invasion communiste ou soviétique, a été créé Gladio – les réseaux secrets stay-behind – sous l’égide des services de renseignements américains et anglais avant d’être discrètement intégré aux structures de l’OTAN créé en 1949. Des réseaux secrets qui répondaient directement au SHAP (Supreme Headquarters Allied Power Europe) situé à Mons, et qui fonctionnaient souvent sans que les gouvernements nationaux en aient connaissance.

 

A partir de 1954, l’année de la grande répression contre les Frères musulmans ordonnée par Gamal Abdel Nasser en Egypte, puis par Hafez el-Assad en Syrie, la Confrérie des Frères s’était dotée, avec le soutien financier de l’Arabie Saoudite, d’une branche armée clandestine « l’ordre spéciale ». Et à partir de 1961, elle se dotait de branches internationales à Munich, à Genève, puis à Aix-la-Chapelle et à Bruxelles.

 

La stratégie des Frères ayant pour base le refus de collaboration avec les pouvoirs « impies » établis dans les pays à majorité musulmane, elle rejoint la crainte saoudienne de la menace d’une éventuelle incursion dans le royaume de la démocratie et de la laïcité. Et en contenant l’émergence des nationalismes arabes progressistes et laïques, elle assure la sécurité à la fois d’une dynastie théocratique la plus réactionnaire du monde, et de l’Etat d’Israël. Ces deux impératifs pouvant sembler contradictoires, sont les versants du même processus où l’intégrisme constitue le fil rouge. Aujourd’hui encore, le chaos généralisé dans cette région visant la dislocation des Etats voisins arrange bien Israël, l’Arabie Saoudite, les Frères musulmans et les terroristes soi-disant islamistes.

 

En 1962, a été fondée à la Mecque la Ligue islamique mondiale par le prince Fayçal d’Arabie saoudite pour promouvoir le panislamisme en opposition au panarabisme nassérien avant de devenir discrètement le vecteur d’une alliance entre l’Arabie Saoudite et les Frères musulmans dont plusieurs dirigeants et militants, fuyant les pays arabes où les nationalistes avaient pris le pouvoir, furent accueillis par les saoudiens.

Au cœur du dispositif des efforts de la globalisation du wahhabisme saoudien et du financement du jihadisme et du terrorisme dans différents endroits de la planète, cette Ligue s’efforce de faire connaître la charia à travers le monde et d’y répandre l’enseignement de l’islam wahhabite, le plus obscurantiste et le plus rétrograde du monde, à travers la construction de mosquées, d’écoles et d’instituts musulmans.

 

En 1966, le jeune Roi Fayçal d’Arabie Saoudite a été invité à la Maison Blanche par le Président américain Lyndon Johnson inquiet précisément de l’évolution prosoviétique du président égyptien Gamal Abdel Nasser. Lors de cette rencontre, a été prise la décision historique de soutenir la stratégie de la « violence légitime » élaborée par Hassan al-Banna, fondateur de la Confrérie des Frères musulmans en 1928 en Egypte. Décision qui marqua un tournant dans l’histoire du Proche et du Moyen-Orient.

 

Onze années plus tard, le 26 mars 1975, dans un quotidien français et concernant l’assassinat du roi Fayçal, nous lisions : « Le roi Fayçal était à la fois l’homme fort du monde arabe, un facteur d’équilibre important au proche orient et l’un des maîtres du jeu pétrolier international. Depuis la guerre des six jours, en juin 1967, le souverain wahhabite avait véritablement remplacé Nasser à la tête du monde arabe. Il éprouvait une vive méfiance pour les théories révolutionnaires professées par la plupart des mouvements de résistance arabes et palestiniens et l’une des hantises était la constitution d’une république démocratique et populaire à la frontière nord de son pays. »

 

En 1975, la Ligue mondiale islamique du roi Fayçal avait créé aussi, avant l’assassinat de ce dernier, son Conseil suprême des mosquées à Bruxelles pour soutenir les minorités islamiques établies dans les pays non musulmans. A cette fin, la Ligue accordait des subventions aux associations islamiques qui créent ou entretiennent des mosquées. Déjà en 1985, l’année où je m’étais permis d’interpeller Sa Majesté feu le Roi Baudouin, la somme d’aide financière annuelle distribuée aux mosquées en Belgique était de 30 millions francs belges – trois millions par mosquée turque.

 

En 1978, a été mis sur pied – sous la responsabilité du Conseil national américain de sécurité, en collaboration avec les services secrets américains, saoudiens et turcs – des réseaux de propagande islamiste destinée à noyauter les communautés musulmanes au Caucase et en Europe afin de prendre en main le contrôle de celles-ci. L’origine de cette idée remonte aux années 1940, et son père spirituel est l’orientaliste Britannique Bernard Lewis, qui fut le conseiller des services secrets britanniques lors de la Seconde Guerre mondiale et le défenseur inconditionnel des généraux putschistes turcs. L’idée fut de désagréger l’Union Soviétique par la déstabilisation de ses républiques à dominante musulmane avec appui des pays de la zone allant de la Turquie à l’Afghanistan.

 

Entre gens et Etats de bonne compagnie  

 

Si aucun fait historique n’est la cause unique d’un autre fait historique, force m’a été de constater que la branche turque de Gladio, la Ligue islamique mondiale saoudienne et son Conseil suprême des mosquées, la confrérie des Frères musulmans soutenue par amitié américano-saoudienne, le Conseil national américain de sécurité agissant en collaboration avec les services secrets américains, saoudiens et turcs ont été prêts en 1978 pour la mise en œuvre, en Europe, de la propagande islamiste destinée à noyauter les communautés musulmanes afin de prendre ou de reprendre, en main le contrôle de celles-ci. C’est l’Etat belge, le premier, qui avait pris la décision de  mettre à leur disposition les infrastructures nécessaires à l’exécution de leur mission afin de plaire aux rapaces pour des raisons, je le répète, purement économiques financières.

 

Ce qui fut fait lentement mais sûrement, étape par étape, avec diplomatie pour ne point éveiller les soupçons. En effet, en 1968, la clé de l’ancien pavillon oriental de l’exposition universelle de 1958 situé au Cinquantenaire à Bruxelles a été remise au Roi Fayçal d’Arabie Saoudite par l’Etat belge. Et le Roi Saoudien y avait installé SON Centre islamique et culturel. La reconnaissance de ce Centre par l’Etat belge revenait à donner à l’Arabie Saoudite un rôle de premier rang en matière d’organisation des affaires musulmanes sur le territoire belge. Rôle qui fut officialisé par la reconnaissance de l’islam en 1974 eu égard aux impératifs financiers, économiques et énergétiques pressants.

 

En 1969, le roi Fayçal céda SON centre islamique et culturel à SA Ligue islamique mondiale citée plus haut. Son successeur le roi Khaled assista en 1978 à la cérémonie officielle d’ouverture de la « grande mosquée » située dans ce même Centre saoudien et d’obédience wahhabite dont la doctrine est tout à fait étrangère à celle de la plus grande majorité des musulmans vivant en Belgique. Et cette enseigne fixée sur la porte d’entrée du pavillon oriental du Cinquantenaire à Bruxelles résume si bien cette histoire complexe :

 

Ligue mondiale islamique

Centre islamique et culturel de Belgique

Mosquée de Bruxelles

 

Ce qui avait réveillé ma curiosité à l’époque, c’est que le Conseil d’administration de ce centre, de cette Ligue et de cette mosquée comprenait des chefs de mission diplomatique des pays musulmans accrédités en Belgique et auprès de l’Union européenne, dont l’Ambassadeur de Turquie à Bruxelles. Je m’étais alors demandé ce que l’Ambassadeur de la République de Turquie faisait au Conseil d’administration d’une Ligue qui répudie non seulement la démocratie mais aussi et surtout la laïcité qui serait la religion du communisme et du nazisme :

 

« Nous voulons nous adresser particulièrement à nos frères et sœurs des sociétés musulmanes. Nous vous disons sans ambages : nous ne sommes pas vos ennemis, mais vos amis. Nous ne devons pas être ennemis. Nous avons trop de points communs. Nous avons tant à faire ensemble. Bien que l’idéologie laïque semble de plus en plus, dans notre société, emporter l’adhésion des jeunes générations, nous la désapprouvons parce qu’elle vient à l’encontre de la légitimité d’une partie importante de la société civile et tend à nier l’existence de ce que l’on peut considérer avec quelque raison comme une dimension importante de la personne humaine.

 

Les avocats de la laïcité surestiment sans doute la capacité des sociétés humaines à se passer de « religion », même en théorie. En outre, ils mesurent mal, même en acceptant leurs propres prémisses, les conséquences sociales de la suppression de la religion traditionnelle. Car, si nous considérons la religion comme une valeur ultime, le vingtième siècle a offert au monde deux exemples terrifiants – le nazisme en Allemagne, le communisme en Union soviétique – de religions laïques, qu’on peut appeler religions de substitution, toutes deux destinées à éradiquer la foi religieuse traditionnelle (en fait, une foi concurrente) et toutes deux parfaitement indifférentes à la dignité humaine et aux droits de l’homme fondamentaux. »

 

Ce texte n’était pas publié par la Ligue islamique mondiale, ni par Ben Laden, ni par des combattants de la liberté auxquels l’Amérique avait promis le paradis. Ce texte n’était pas non plus l’œuvre d’Abu Bakr al-Bagdadi (Etat Islamique), ni d’Ayman al Zawahri (Al-Qaida), ni d’Abubakar Shekau (Boko Haram), ni d’Abdelmalek Droukdel (Aqmi). Ce texte figure dans la lettre ouverte – « La Lettre d’Amérique – les raisons d’un combat » – qui a été publiée en février 2002 et cosignée par une soixantaine d’intellectuels Américains pour justifier l’engagement de l’administration Bush dans la guerre au terrorisme.

 

En 1974, j’ai été à la fois stupéfait, surpris, choqué, étonné, interloqué, lorsque j’ai vu par hasard cette enseigne fixée sur la façade d’un prestigieux bâtiment dans un quartier huppé de Bruxelles, en plein cœur du quartier européen. Je me suis alors demandé si le royaume saoudien n’avait pas entamé le processus de l’islamisation de l’Europe, des croisés, afin d’y restaurer la charia en commençant par le Royaume de Belgique. C’est en 1978 que j’ai compris que ce n’était ni l’Europe ni le Royaume de Belgique qui était visé par la Ligue mais bien ceux qu’on appelait à l’époque « les travailleurs immigrés » de confession musulmane et leurs enfants auxquels l’Etat belge n’avait encore « prêté » sa nationalité. En attendant leur retour prévu ou espéré dans leur pays d’origine, ils ne représentaient donc aucun intérêt électoral ou politique à court ou à moyen terme.

 

La deuxième génération de jihadiste

 

En 1978,  l’Etat belge a en effet confié à l’Arabie Saoudite – c’est à en devenir fou ! – trois pouvoirs et un droit : le pouvoir de délivrance des certificats qui permettent aux enseignants de religion islamique et aux imams étrangers d’obtenir une autorisation de séjour sur le territoire belge ; le pouvoir de désignation de ces enseignants dans les écoles belges ; le pouvoir – et c’est terrifiant – d’élaboration des contenus de cours de religion enseignés dans les écoles belges primaires et secondaires, et le droit de bénéficier des dispositions du « pacte scolaire » et de recevoir des subventions pour rémunérer quelques 600 enseignants de religion islamique dans ces mêmes écoles.

 

Ce fut pour la Ligue islamique mondiale saoudienne d’un part et la branche turque du Gladio d’autre part, l’occasion tant attendue pour envoyer en Belgique leurs militants, un impressionnant bataillon de Frères musulmans turco-arabes très mal déguisés en enseignants de religion islamique. Les cours de religion dispensés dans les écoles dans des conditions rocambolesques, n’étaient donc qu’un prétexte. Le véritable travail de « réislamisation » – d’embrigadement, de radicalisation et de fanatisation – allait se faire dans les « mosquées » plantées au milieu des marécages puants des ghettos.

 

La deuxième question

 

Ce n’est évidemment pas dans ces « mosquées » que l’on enseignait aux enfants de ghettos la vertu de la démocratie et de nos valeurs démocratiques. Ce n’est évidemment pas dans ces « mosquées » que l’on leur enseignait la conscience d’appartenance dans la société dans laquelle ils vivent. Alors, me dis-je, aujourd’hui, pouvons-nous vraiment espérer que ces jeunes reconnaissent et respectent ces valeurs auxquelles ils ne reconnaissent aucune vertu parce que nous les en avons privés tant au niveau de l’enseignement dans les écoles poubelles, qu’au niveau du vécu dans les ghettos ?

 

Du côté turco-belge, un exemple parmi tant d’autres

 

En 1978, l’Etat turc a envoyé en Belgique quelques enseignants de religion islamique avec une infinie précaution au regard de la laïcité à laquelle la République de Turquie fut très attachée avant la prise du pouvoir par le Sultan, Frère musulman, Recep Tayyip Erdogan, actuel Président de la République. Cette initiative s’inscrivait justement dans le cadre de la mise sur pied des réseaux de propagande islamiste destinée à noyauter les communautés musulmanes en Europe pour la meilleure satisfaction de la Ligue islamique mondiale, de la Confrérie politique des Frères musulmans et la branche turque du Gladio.

 

Dans la continuité de ce processus, le pouvoir militaire installé à Ankara le 12 septembre 1980 s’est emparé de ce pain bénit en envoyant en Belgique un nombre impressionnant d’imams pour mener à bien la prise et la reprise en main du contrôle des immigrés d’origine turque pour assurer l’écoulement des devises, mener la lutte contre les forces subversives et empêcher à l’extérieur toute contestation susceptible de nuire l’image de la junte militaire. En Belgique, la bonne conduite de cette entreprise a été confiée à la branche turque de Gladio eu égard au fait que cette dernière a été intégré dans les secrets du commandement général de l’armée et que son centre international a été situé à Mons. L’aide financière pour la réalisation de cette « œuvre de noyautage » provenait d’une part de l’organisation Rabitat ul-alam al-islami – de la Ligue islamique mondiale – et d’autre part des consortiums de banques islamiques, dont Faysal Finance et Al-Baraka. Cette aide, amorcée dans les années 70, a été accélérée dans les années 80 avec l’aval des Etats-Unis.

 

A l’époque, les autorités belges en général, et les autorités communales en particulier étaient très heureuses de la présence de ces imams dans leurs villes et communes parce qu’ils accomplissaient aussi la mission de gendarmes sociaux. Les enfants et les hommes enfermés dans les mosquées, les femmes et les jeunes filles enfermées dans les maisons, était chose rassurante. Les écoles poubelles, y compris les écoles catholiques, faisaient la concurrence entre elles pour engager ces imams comme enseignants de la religion islamique pour peupler les classes et assurer la rentrée des subsides dont la somme était directement proportionnelle aux nombres d’élèves.

 

Lors d’un entretien que j’ai eu avec lui au mois d’août 1985, et après avoir fait un court exposé sur les agissements nauséabonds des fonctionnaires de la foi nommés imams, j’ai demandé à Monsieur le Consul général de Turquie à Bruxelles si lui-même et la plus grande majorité des membres du corps consulaire et diplomatique turc en Belgique n’étaient pas musulmans. Maîtrisant mal sa colère, pourquoi me posez-vous cette question impertinente, me demandait-il. Je lui ai alors répondu que je voulais savoir ce que ses propres enfants et les enfants de ses collègues diplomates faisaient pendant que les (ses) imams enfermaient les enfants des immigrés dans des centres de lavage de cerveaux, déguisés en mosquées, tous les mercredis après-midi, tous les samedis et tous les dimanches matins, pour leur apprendre à réciter le Coran en arabe auquel ils ne comprennent rien, et pour leur enseigner non pas la pratique de la violence armée ou guerrière mais le mépris « tolérant » et la haine « pacifique » de l’autre, du mécréant.

 

Leur enseigner, lui précisais-je avec insistance, le mépris et la haine de tout ce qui n’est pas turc de pure souche et musulman sunnite authentique pour mieux isoler ces milliers de femmes, hommes et enfants dans des ghettos déjà existants, et ce en plantant une prétendue mosquée au milieu de chacun de ces ghettos qui étaient, et qui restent, depuis 1964, discrètement encadrés par l’extérieur et soigneusement administrés à l’intérieur par les membres de l’Honorable Famille que j’ai jadis appelée « la tristement célébré et très officiel maffia turco-belge ». La réponse de Monsieur le Consul général était une menace à peine déguisée : « Je trouve admirable, me disait-il, que vous vous inquiétiez de l’avenir de ces enfants et de leurs parents. Mais pensez aussi à vos enfants et à votre famille. »

 

Entamé en 1978, ils ont effectivement achevé en 1985 la construction de l’empire de l’extrême droite turque en Europe. Empire dont le centre « DITIB »  (Diyanet Isleri Turk Islam Birligi – l’Union Turco-Islamique du Directorat des Affaires Religieuses de Turquie) est situé à Cologne, en Allemagne. Sa filiale belge est « la Fondation religieuse turco-islamique de l’ambassade de Turquie » à Bruxelles appelée aussi « Diyanet » qui chapeaute l’organisation d’extrême droite des ‘Loups Gris’.  Aujourd’hui, l’Etat turc est propriétaire de la majorité des bâtiments déguisés en mosquées turques en Belgique, et ce via cette fondation qui est une institution étatique ouvertement mafieuse, la boîte de pandore.

 

Ce sont les trois autres organisations religieuses turques et d’extrême droite – dont « Milli Görüs » dissimulé derrière l’enseigne « la Fédération Islamique de Belgique » – qui partagent les titres de propriété des autres bâtiments. L’achat de ces bâtiments a été réalisé par des collectes dans les ghettos et par les pétrodollars distribués via la Ligue islamique mondiale à Bruxelles. Puis, sous menaces multiples, les titres de propriété de ces bâtiments ont été cédés à l’Etat turc et aux dites organisations d’extrême droite. Ce fut une escroquerie, un holdup immobilier, sans précédent.

 

Le souvenir d’un journaliste assassiné

 

En 1986, j’ai rencontré à Ankara Monsieur Ugur Mumcu, journaliste au quotidien turc ‘Cumhuriyet’. Nous avons discuté durant une matinée de mes préoccupations en Belgique et de l’objet de la grève de la faim que j’allais entamer trois jours plus tard devant le siège du parti social-démocrate. La plus grande prudence s’imposait, parce que j’ai déjà été l’objet, en 1984, d’une tentative d’assassinat sur le boulevard Atatürk à Ankara où deux innocents, qui s’y trouvaient au mauvais moment, avaient perdu la vie. Quelques mois après suivant mon retour en Belgique, ce journaliste a publié un livre intitulé « Rabita » qui signifie « la Ligue islamique mondiale ». Ce livre a créé un scandale politique sans précédent en Turquie. L’auteur y dénonçait notamment le financement, par cette Ligue saoudienne, des mosquées turques en Belgique, ainsi que des imams envoyés par l’Etat turc en Belgique. Le 24 janvier 1993 au matin, il quitta son appartement et entra dans sa voiture garée au pied de son domicile. Lorsqu’il démarra son véhicule, il fut tué par l’explosion d’une bombe, pour des motifs qui n’ont vraiment jamais été élucidés.

 

Un Milieu pour le moins sordide

 

Il s’agit ici des agissements et des mécanismes du fonctionnement d’un authentique Milieu criminel transnational où les alliances entre groupes d’intérêts, et entre Etats, se font et se défont dans l’obscurité des coulisses inaccessibles. Authentique Milieu où règne sans partage la loi du plus fort et où la violence, le mensonge, la manipulation, la prévarication et la corruption sont des règles du comportement acquis.

 

Comme ce fut le cas au mois de juillet 1990, le jour où j’ai appris que le Ministre de la Justice avait pris l’initiative de l’institution d’un organe représentatif de l’islam, « Conseil provisoire des sages pour l’organisation du culte islamique en Belgique ». En lisant la liste des sages, force m’a été de constater que leur président était le fondateur, en 1965, de ce que j’ai jadis nommé ‘la tristement célèbre et très officielle maffia turco-belge. Maffia dont j’avais dénoncé les agissements auprès des autorités judiciaires, et ce qui avait aboutis à des lourdes condamnations. A cette occasion aussi, j’ai pris l’initiative de dénoncer, via la presse, la face cachée de cette initiative.

 

L’ambassade de Turquie à Bruxelles a envoyé un communiqué de presse le matin, le jour même de la publication des articles dans la Presse. Elle disait ne pas connaître le président des sages, qui était par ailleurs délégué sociale de l’ambassade auprès des responsables des charbonnages. Les immigrés d’origine turque payaient des sommes colossales de pots de vin à ce délégué et aux responsables concernés des charbonnages – médecins du travail, chefs du personnel et syndicalistes – pour y être engagés. Le même jour, l’après-midi, le chef de la Sûreté de L’Etat belge confirmait dans son communiqué de presse que le très sage président des sages de l’islam avait pour loisir de servir d’agent d’influence et de distributeur de cadeaux diplomatiques dans les rouages de l’Etat belge. Et à ce titre, il accompagnait, lors de ses visites à la Sûreté de l’Etat Belge, l’attaché des Affaires religieuse de l’ambassade de Turquie, attaché qui est aussi le président de la très célèbre et sinistre fondation turco-islamique de l’ambassade.

 

L’autre place réservée à la représentation des musulmans d’origine turque au sein de ce Conseil des sages, a été attribuée à un inconnu jusqu’à lors, un médecin d’origine turque. Le père de ce médecin était colonel et connaisseur des couloirs de l’OTAN à Bruxelles pour y avoir passé quelques années. Le frère travaillait à la célèbre banque BCCI (banque de crédit et de commerce international) au Luxembourg où nous trouvions Khaled Ben Mahfouz, le banquier du roi d’Arabie Saoudite, qui avait des liens avec Ben Laden, et qui avait défrayé la chronique au début des années 90.

 

Cette banque pakistanaise pratiquait le blanchissement au profit de certains groupes terroristes, de narcotrafiquants et de marchands d’armes, tout en entretenant des liens étroits avec les services de renseignement pakistanais et américain : un mélange entre revenus du pétrole, de la drogue, et des financements de guérillas anticommunistes. Puis, cette banque a été fermée à la suite d’un énorme scandale mêlant des finances américaines, pakistanaises, turques et de la péninsule arabique. In fine, le Conseil provisoire des sages est devenu définitivement provisoire après sa dissolution. Depuis lors, les initiatives pour l’institution d’un organe représentatif des musulmans auprès de l’Etat belge se sont succédées, mais en vain.

 

 

« Un homme tout seul contre l’Etat belge.

Une croisade contre les tentacules de l’extrême droite turque en Belgique.

 

Depuis des années, inlassablement, Mustafa Sari creuse des galeries souterraines dans les soubassements de la communauté turque de Belgique. Animateur de la Maison des Turcs, à Liège, il est un des lutteurs de l’intégration: et par là même, un pourfendeur de tout ce qui y fait obstacle.  Il n’a de cesse de traquer et de dépister ce qu’il considère comme une authentique mafia, un magma de commerçants véreux et intermédiaires marrons se livrant aux trafics et malversations de toutes natures: permis, visas, certificats, etc.

 

Licencié en sciences économiques de l’Université de Louvain, M. Sari s’applique tout hardiment à dénoncer les menées subversives d’une certaine extrême droite théocratique turco-arabe dont on aurait tendance, selon lui, à mésestimer l’emprise sur les milieux immigrés à travers tout le réseau des mosquées et associations culturelles.  Un tout-puissant réseau, au demeurant, qui étendrait ses ramifications tant en Belgique qu’en Allemagne, aux Pays-Bas, en France ou au Danemark, et qui vient de faire l’objet, en Turquie même, d’un ouvrage intitulé « Manœuvre sans char ni canon ».

Les Turcs à la place des Saoudiens.

 

Mustafa Sari, décidément, va répétant qu’il est impossible d’ignorer plus longtemps que toutes les fondations et fédérations turco-islamiques installées dans les pays occidentaux ne sont jamais que des émanations du mouvement d’extrême droite dit des « Loups Gris », relayé çà et là par les représentations diplomatiques et consulaires.  Mais surtout, ce dont il se plaint le plus amèrement, en définitive, c’est de l’aveugle bénédiction que l’Etat belge lui parait accorder aux autorités turques, alors que l’impératif même d’intégration devrait impliquer la plus entière indépendance vis-à-vis des Etats d’origine.

 

Ainsi met-il en cause, à nouveau, la composition du conseil des sages mis en place l’an dernier par le ministre de la Justice, Melchior Wathelet, dans lequel figure deux proches collaborateurs de l’ambassade et de la fondation religieuse qui en dépend directement, l’intégrité morale de l’un d’eux n’étant point par ailleurs absolument garantie.  Partant, il remet également en question la structure soumise récemment par le conseil des sages au gouvernement, qui l’a d’emblée avalisée dans les grandes lignes, à savoir la formation d’un futur « collège des musulmans » composé sur base d’une assemblée de musulmans la plus représentative possible nommée « Mejlis ».  

 

Mustafa Sari ne perçoit pas pourquoi, finalement, une institution partiellement inféodée à l’extrême droite turque se substituerait au Centre islamique d’obédience saoudienne, habilitée depuis 1974 par l’Etat belge à gérer le temporel du culte propre à l’Islam.  Il ne s’est en tout cas trouvé personne à ce jour, dans les milieux gouvernementaux, pour réfuter de telles allégations. E.d.B. La Libre Belgique – Le 6 juin 1991. »

 

Récemment a été institué le énième Exécutif des musulmans de Belgique reconnu par Arrêté royal du 18 avril 2014. Le Président de cette nouvelle institution faisait le 27 janvier 2015 cette déclaration : « C’est la première fois dans l’histoire de l’Exécutif qu’il y a une entente totale entre les Turcs et non-Turcs. Je peux vous garantir que la Turquie n’a pas d’influence directe sur les mosquées en Belgique. » Donc, selon cette personne, la Turquie n’aurait même pas d’influence directe sur ses propres mosquées en Belgique.

 

Lorsque j’ai lu cette déclaration hallucinante, j’ai aussitôt interpellé son auteur pour connaître la raison pour laquelle il avait rendu public un tel mensonge. Lors de notre communication téléphonique, il m’a dit qu’il ne savait pas que l’Etat turc était propriétaire, en Belgique, d’un nombre considérable de mosquées. Et il m’a promis de prendre contact avec moi après avoir vérifié les informations que je lui ai transmises. Puis, le silence.

 

Je lui ai envoyé le 22 mars 2015 un dernier courriel où je lui disais: ‘Avez-vous pu vérifier, Monsieur le Président, que la Turquie n’a aucune influence sur les mosquées en Belgique ? Le silence peut être parfois le plus cruel des mensonges, cruel mensonge qui est un art dans lequel vous semblez exceller à merveille dans le respect du célèbre principe des Frères musulmans nommé « Taqiyya » – double discours.’

 

Il m’a enfin répondu ce même jour : « Il y a un accord d’Etat à Etat dans lequel je n’ai pas le droit d’émettre un avis. Je suis chargé de gérer le temporel et rien que le temporel. » C’est donc l’Exécutif qui est chargé, notamment, de la gestion du temporel de l’islam, c’est-à-dire, de la mission temporelle de faire reconnaître les mosquées et obtenir le financement de celles-ci par les pouvoirs publics belges. Rien que ça et rien que ça. Et pour ce faire, son président dit ce qu’on lui avait demandé de dire pour ne point perturber l’entente totale inédite entre Turcs et non Turcs. Il est alors autorisé à représenter l’Etat turc auprès des autorités belges à condition de respecter « l’accord de l’Etat à Etat (?) ».

 

 

Une esquisse de propositions pour le changement

 

1. Abolir les ghettos

 

Il n’est pas plus habile mensonge, dit-on, que de masquer la vérité en lui donnant l’éclairage qui la rend trompeuse. En sont les illustrations éclatantes les vérités qui mentent en poussant dans l’ombre tout ce qui n’encadre pas avec leurs désirs et aspirations. Il ne suffit pas, par exemple, de dire que le radicalisme est – et c’est vrai – la cause du jihadisme. Il faut aussi montrer ce dont le radicalisme est la conséquence pour ne pas occulter le fait que nous chérissions les causes dont nous déplorons les conséquences.

 

Le radicalisme est en effet l’une des causes principales du jihadisme, mais il est aussi la conséquence de la volonté incontestable de certains Etats et de divers groupes d’intérêts de favoriser chez nous la formation et l’entretien des ghettos depuis 1978. C’est à l’intérieur de ces ghettos que ces mêmes Etats et ces groupes mêmes d’intérêt manipulent et exploitent l’ignorance qui entretient la soumission ; ils se font escorter par les soumis accablés par l’ignorance en leur promettant le paradis où le bonheur de ceux qui auraient observé la Loi consisterait dans ce qui flatte les plus bas instincts de l’homme et de la société, et qui éloigne l’esprit du chemin de l’évolution. C’est dans les marécages de ces ghettos que ces mêmes Etats et ces mêmes groupes d’intérêts développent, par une surenchère confessionnelle et nationaliste, tous les extrémismes, radicalismes et racismes.

 

S’il est raisonnable de penser que ce qui doit vraiment changer doit nécessairement disparaître à condition d’en payer le prix, n’est-il pas aussi raisonnable de penser que, qui dit changement dit dérangement, et que sans déranger, nous ne pouvons que gérer ce que nous prétendons vouloir changer ? Otages de l’Arabie Saoudite, de la Turquie, du Qatar, des Emirats Arabes Unis, de Koweït et des pétrodollars de la terreur, faisons-nous autre chose que gérer ce que nous prétendons, avec force et conviction, vouloir changer depuis plus de trente ans ? Le jour où nous souhaiterons vraiment le changement, et que nous serons prêt en payer le prix, il faudra promouvoir le développement – à l’intérieur des ghettos – de la vie sociale, culturelle, politique, éducative, artistique et philosophique via l’émergence d’un tissu associatif en dehors des mosquées et indépendant de celles-ci. Je précise qu’il faut être, agir et témoigner à l’intérieur des ghettos pour abolir les ghettos.

 

Quant aux efforts fournis par nos gouvernants afin de nous faire croire que l’émergence d’un islam belge soit possible, tout comme la gestion temporelle de l’islam par un organe indépendant des pouvoirs étrangers, je considère qu’il s’agit là d’un mensonge ou d’une tromperie digne des autocrates d’une république bananière. Qui dit christianisme dit église, qui dit judaïsme dit synagogue, qui dit islam dit mosquée.

 

Et qui dit islam belge, islam indépendant des pouvoirs étrangers, dit mosquées belges, mosquées indépendantes des pouvoirs étrangers. En Belgique et en Europe, parmi les mosquées dites mosquées turques, je n’en connais pas une seule indépendante des sectes et des pouvoirs étrangers. Dans le courrier que j’ai adressé le 12 février 2015 à Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ‘la contradiction est manifeste, disais-je, entre le désir de voir l’émergence d’un islam belge, un islam indépendant des pouvoirs étrangers, et en même temps, continuer à reconnaître et financer des mosquées entièrement dépendantes des pouvoirs étrangers’.

 

2. Abolir l’influence des pouvoirs étrangers

 

« La foi est le moteur de nos vies. Nous avons soif de pouvoir nous affirmer comme citoyens mais nous espérons pouvoir être reconnus et acceptés tels que nous sommes, c’est-à-dire aussi en tant que croyants », déclaraient récemment des jeunes musulmans dans un article publié le 16 mars 2015. Et l’un de leurs Frères musulmans très déterminé et très célèbre pour avoir contribué à mettre sur pied le mouvement « Convergences Musulmanes », estimait avec une autorité appuyée par des menaces à peine dissimulées : « Soit on prend l’opportunité qui se présente, soit cela va aller plus mal. Si dans un premier temps on ne donne pas aux jeunes ne fut-ce qu’un peu de reconnaissance, on risque de repartir pour 10 ou 15 ans d’attentats et de départs pour jihad. »

 

Autant j’admire la soif de ces jeunes de vouloir s’affirmer en tant que citoyens dans la société belge qui est la leur, autant je désapprouve – parce que je ne comprends pas – leur désir d’être reconnus en tant que croyants par je ne sais qui ou quels pouvoirs, si ce n’est par l’Etat belge ou les gouvernements régionaux. Même si on ne l’enseigne pas dans les mosquées de la Ligue mondiale islamique, de la Confrérie des Frères musulmans, de la Fondation turco-islamique de l’Ambassade de Turquie, de la Fédération islamique turque de Belgique, ce n’est heureusement pas le rôle d’un Etat, ou d’un Gouvernement, respectueux du principe de neutralité, ou de laïcité, de reconnaître ses citoyens en les répertoriant selon leurs croyances et convictions religieuses ou philosophique.

 

Quant aux menaces proférées par le Frère, force m’est de constater que ce monsieur ignore vraiment que ces menaces proférées depuis trente ans nous laissent absolument indifférents. Car nous vivons en permanence – ici et ailleurs – sous ces menaces à peine déguisées depuis septante ans, et que nous n’en avons vraiment pas peur – ici et ailleurs – pour le restant, c’est-à-dire pour 10 ou 15 ans de plus. Il y a trente ans, en 1985, le marché de tissus était florissant. Les foulards, manteaux, chemisettes, robes envahissaient brusquement les présentoirs des marchands de « tenue islamique ». Le développement de l’industrie alimentaire « halal » était foudroyant et engrangeaient des sommes colossales.

 

Et pendant ce temps-là, les jeunes filles musulmanes qui « avaient soif de pouvoir s’affirmer comme citoyens mais qui espéraient être reconnues et acceptés tels qu’elles sont, c’est-à-dire aussi en tant que croyantes »  manifestaient devant les écoles pour, entres autres,  l’autorisation du port du foulard et pour la dispense de la natation et des cours de gymnastique. Jusqu’à preuve du contraire, nous étions acculés à admettre que ces jeunes filles agissaient librement, sans pression  ni intervention extérieure. Mais au mois d’août 1996, se tenait à Madrid une conférence qui avait pour thème « Soutenir le dialogue, la compréhension mutuelle et la coopération entre les cultures et les religions. ».

 

Ce qui correspondait aux efforts déployés par l’Arabie Saoudite pour prendre en main le contrôle des citoyens musulmans d’Europe. Cette conférence qui se tenait sous la présidence du docteur Abdullah Bin Saleh al-Obaïde, secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, rassemblait des responsables en provenance de neuf pays d’Europe à savoir l’Espagne, l’Italie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse et la Suède. Au terme de la conférence, la Ligue mondiale islamique a proposé un certain nombre de techniques visant à faire progresser l’acceptation du voile islamique dans les écoles publiques, l’ouverture d’écoles coraniques, ainsi que la création de cimetières réservés aux musulmans. Ces différentes « revendications légitimes », recommandait la Ligue, devant toujours être exprimées selon des « formes appropriées » s’inspirant du « droit à la différence » et des thèmes « de l’ouverture et du dialogue ».

 

Pour ce qui est, par exemple, de la mise en scène permanente de la comédie du voile « islamique » : lors d’une conférence tenue récemment à Namur sur le dialogue interreligieux, je me suis permis d’interpeller publiquement l’une des conférenciers, Madame Mahinur Özdemir, députée régionale bruxelloise et la militante aguerrie de la très célèbre secte « nurcu ». Après m’être présenté, je lui ai dit, en substance : ‘Je suppose, Madame, que votre mère et votre grande mère, comme ma mère et ma grande mère, ont été des musulmanes. Vous connaissez certainement le couvre-chef (basörtüsü) que votre mère et votre grande mère,  comme ma mère et ma grande mère, portaient. Je ne connais pas les membres de votre famille, mais dans ma famille, et jusqu’à ma génération, je n’ai pas vu une seule femme qui ne portait pas ce couvre-chef que vous appelez « foulard ».

 

Ce couvre-chef-là porté par nos grandes mères, nos mères, nos sœurs, Madame, n’était pas un étendard, le drapeau d’une idéologie politique. Par contre, le foulard ou le voile prétendument islamique que vous portez, et que j’ai vu pour la première fois en 1984 – et en Belgique – est un étendard, le drapeau d’une idéologie politique. Idéologie politique qui n’a cessé de combattre la laïcité de l’Etat dans notre pays d’origine depuis nonante-cinq ans, comme elle la combat ici, dans notre pays d’accueil, depuis trente ans. En écoutant son silence assourdissant, Madame n’a peut-être pas estimé utile de me contredire, me suis-je dit. Et nous en sommes restés là.    

 

In fine

 

Pour ne plus soutenir le prétendu dialogue, la prétendue compréhension mutuelle, la prétendue coopération entre les cultures et les religions s’inspirant du prétendu droit à la différence, et ce, jusqu’à ce que la Ligue islamique mondiale saoudienne les soutienne dans son propre pays, il est grand temps de mettre un terme à l’inversion des rôles, c’est-à-dire à notre volonté de nous enfermer dans le piège qui nous est tendu par des ennemis légendaires de la démocratie, de la laïcité, de la liberté d’expression et de création, de l’égalité homme-femme et du respect des minorités, notamment.

 

Ceux-là mêmes qui nous obligent par leur rhétorique victimaire à faire leur publicité, à leur céder une place permanente dans l’espace publique, à mettre en débats le bien-fondé, ou non, de leur idéologie la plus rétrograde et la plus obscurantiste du monde. Et ceux qui savent de quoi ils parlent, se contentant aujourd’hui de poser la question de savoir si l’islam est compatible avec la démocratie et nos valeurs démocratiques. Mais demain, je ne sais pas ce qui nous empêchera de poser la  question dans l’autre sens : « La démocratie et nos valeurs démocratiques sont-elles compatibles avec l’islam ? »   

 

Je ne peux pas croire que ces personnes – professeurs, chercheurs, philosophes, hommes et femmes politiques – ignorent que la laïcité n’a pas pour rôle de se soucier de la compatibilité de l’islam avec elle. La laïcité ne consiste pas non plus à mettre de l’ordre dans le contenu des religions, dont l’islam. La laïcité a pour rôle de s’assurer que l’Etat et la religion soient séparés, et que les religions respectent les lois, et que leurs représentants n’aient de pouvoir qu’en vertu du droit. Car, depuis le temps des Lumières, c’est-à-dire depuis l’essor de L’Etat de droit, nul n’a de pouvoir qu’en vertu du droit, et que chacun est soumis à l’obligation de respecter une loi qui le précède.

 

Les mots de la fin

 

En guise de conclusion, me permettriez-vous, Sire, de faire miens ici ces propos de Hannah Arendt qui rend un vibrant hommage au silence de Dieu devant l’horreur du nazisme : « Je suis absolument sûre, dit-elle, que toute la catastrophe totalitaire ne serait pas arrivée si les gens avaient encore cru en Dieu ou plutôt en l’enfer, c’est-à-dire, s’il y avait encore eu des référents ultimes. Il n’y en avait pas. Si notre avenir devait reposer sur ce que vous dites maintenant, à savoir que nous disposerons d’un référent qui d’en haut décidera pour nous, je serais tout à fait pessimiste. Si tel est le cas, alors nous sommes perdus. Parce que cela requiert bel et bien l’apparition d’un nouveau dieu. Et vous savez aussi bien que moi qu’il n’y avait pas de normes ultimes à la validité desquelles on pouvait faire appel. On ne pouvait faire appel à personne. »

 

En attendant l’apparition d’un nouveau dieu, ne serait-il pas utile, Sire, de savoir quelles sont les normes ultimes à la validité desquelles nous pouvons encore faire appel, et si nous pouvons encore faire appel à quelqu’un, ici et maintenant, en pensant que notre devoir moral est de permettre aux générations futures de construire leur avenir.

 

Conscient de n’avoir pu apporter en ces quelques lignes toutes précisions, loin de là, je me permets de me tenir à votre disposition, et vous prie, Sire, de bien vouloir recevoir l’expression de mes sentiments très déférents.

 

 

Mustafa Üner SARI

 

 

 

Annexe : liste des références des sources.

 

 

. Michel Schneider, « Psychopathologie de la vie politique », Editions Odile Jacob, 2002.

 

. Richard Labévière, « Les dollars de la terreur », Editions Grasset, 1999.

 

. Pascal Ory, « Du fascisme »,  Editions Perrin, 2003.

 

. John K. Cooley, « CIA et Jihad, 1950-2001 », Edition Autrement, 2000.

 

. Hannah Arendt, « Le système totalitaire », Editions du Seuil, 1969

 

. Jean-Pierre Clerck, « L’Afghanistan, Otage de l’Histoire », Editions Essentiels, 2002.

 

. Ugur Mumcu, « Rabita », Editions Tekin Yayinevi, 1986.

 

. Albert Camus, «L’étranger », Gallimard, 1942.

 

. Jean-François Kahn, «  Les Rebelles », Editions Plon, 2001.

 

. William Blum, « L’Etat voyou », Edition Parangon, Paris, 2002.

 

. Arundhati Roy,  « Ben Laden, secret de la famille de l’Amérique », Editions Gallimard, 2001.

 

. Fatih Güllapoglu, « Tanksiz topsuz Hareket », Tekin Yayinevi, Istanbul, 1991.

 

. André Gide, « le Retour de l’U.R.S.S. », Editions Gallimard, 1936.

 

. Le monde contemporain 1946-1988, Editions Hachette, 1989.

 

. Alessandro Baricco, «  Next », Editions Albin Michel, 2002.

 

. Peter Franssen, « Le 11 septembre », Editions EPO, 2002.

 

. Jürgen Elsässer, « Comment le Djihad est arrivé en Europe », Edition Xenia, 2006.

 

. François Mauriac, « Le nœud de vipère », Editons Grasset, 1933.

 

. Geoffrey Geuens, « Tous pouvoirs confondus », Editions EPO, 2003.

 

. Ronald Beiner,  « Hannah Arendt, Juger », Editions du Seuil, 1991.

 

. Hebdomadaires : le Vif, Yeni Gündem, le Nouvelle Observateur, Focus, Nokta, Marianne.

 

. Quotidiens : la Libre Belgique, le Soir, le Monde, le Monde Diplomatique, la Libération.

 

. Le rapport annuel d’activité 2001-2002 du Comité R – Comité de contrôle sur les activités des services belges de renseignements – intitulé « Rapport de l’enquête sur la manière dont les services de renseignement s’intéressent aux activités islamistes extrémistes et terroristes ». 

 

. Commissariat Royal à la Politique des Immigrés, « L’intégration : une politique de longue haleine », volume III : Données argumentaires, novembre 1989.

Lettre ouverte au Roi – Partie 1

 

Lettre ouverte

A Sa Majesté le Roi PHILIPPE

 

 

Comprendre c’est déjà agir.

 

 

« Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. »  Emile ZOLA

 

‘Comment est-il possible que des jeunes retournent leurs armes contre leur propre pays où ils sont nés et ont grandis et où ils ont fréquenté des écoles’, demandaient les voix qui s’élevaient suite aux événements tragiques qui ont récemment eu lieu en France, en Belgique et au Danemark. Cette rupture violente entre ces jeunes et leurs pays où ils sont nés a été consommée avant même leur naissance, c’est-à-dire le jour où l’Etat belge a pris la décision de jeter « ses citoyens de confession musulmane », dont les parents de ces jeunes, dans les gueules de rapaces affamés prompts à faire une bouchée d’eux par leur volonté de s’arroger la domination sans partage sur le monde musulman et de faire triompher à travers le monde leur idéologie qui inspire inquiétude, mépris et dégoût.  

 

Cette rupture a en effet été consommée avant même la naissance de ces jeunes, car, comme tout homme, ils sont nés et ont grandis dans un milieu qui leur a légué, parfois sans qu’ils le sachent, ses catégories morales et ses impératifs sociaux – ce  qui n’excuse ni pardonne ni ne justifie absolument rien. C’est bien ce Milieu de rapaces théocratiques affamés qui a happé ces jeunes et leurs parents,  en collaboration étroite, et plus qu’intéressée, avec les Etats de leurs pays d’origine.

 

 

 

 

Introduction

 

L’’islam ou l’islam-instrument ? L’islamisme ? L’islam politique ? Le terrorisme islamique ? L’intégrisme ou le fondamentalisme musulman ? Les héros d’hier, les terroristes d’aujourd’hui ? Les terroristes d’aujourd’hui, les héros de demain ? De quoi parlons-nous vraiment ?  

 

L’apologie diplomatique du terrorisme

 

« Le front al-Nosra fait de bon boulot contre Assad en Syrie. Il est difficile de les désavouer », déclarait, en 2012, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères. Le ministre n’était ni inquiété ni inculpé pour l’apologie du terrorisme. Mais, le 9 avril 2015, a été entamé à Munich le procès d’un citoyen allemand d’origine turque jugé pour avoir fait, en 2014, du « bon boulot » dans les rangs de ce même front al-Nosra, « organisation terroriste », la branche syrienne d’Al-Qaïda.    

 

Et en cette même année 2014, Pascal Vrebos, journaliste, lança chez nous un appel solennel pour encourager l’organisation d’une séance d’indignation collective : « Musulmans, indignez-vous, disait-il, Il faut que l’on vous entende vous indigner que des imposteurs, avec lesquels vous n’avez rien avoir, se soient emparés d’une interprétation de l’islam qui n’est pas et ne sera jamais la vôtre. Comme l’écrivait Euripide, en d’autres temps, « le silence est un aveu ». Reste à savoir de quoi. » Ce Monsieur invitait ainsi les « Musulmans » silencieux à son goût, et j’en suis, à exprimer leur indignation à haute voix sur les places publiques sous peine de lui déplaire, d’être Dieudonné et de lui fournir la preuve d’un aveu mystérieux qui serait dissimulé derrière un curieux silence. Aveu – sous-entendu – d’un soutien tacite aux ennemis de la démocratie, de la laïcité et de la liberté d’expression, aux jihadiste, aux terroristes, aux antioccidentaux, aux antisémites, aux « salafistes ».  

 

Alors que j’ai violemment été Interpellé par cet appel, je n’ai pas estimé utile de solliciter ce Monsieur pour le remercier d’avoir distribué des sucettes aux musulmans d’une façon très diplomatique, et de témoigner en leur faveur en affirmant haut et fort qu’une certaine interprétation de l’islam n’est pas et ne sera jamais la leur. Interprétation dont se seraient emparées, en Belgique, les  soldats des mêmes « impostures »  qui auraient fait, en 2012, de « bon boulot » en Syrie. Je regrette cependant de ne lui avoir pas écrit pour dire qu’il a eu raison de penser que le silence peut être un aveu, comme il peut être parfois le plus cruel des mensonges et pire que ce qu’il couvre ou dissimule. En est la preuve, le silence complice que nous avons combattu durant trente-cinq ans, et qui a couvert durant ces années les exactions des protecteurs des néofascistes appelés « jihadistes ».

 

N’en déplaise à ce Monsieur, j’estime personnellement que je suis libre de ne pas exprimer dans les rues de Paris, de Bruxelles ou ailleurs, mon dégoût à l’égard des agissements de ces mêmes néofascistes qui fusillent, fouettent, décapitent les gênants récalcitrants, qui interdisent les autres religions, oppriment les femmes, coupent les mains des voleurs. Libre de ne pas exprimer mon dégoût par crainte, notamment, de me confondre avec des chefs d’Etat et de gouvernements marchant encore, et comme toujours, main dans la main avec leurs alliés qui sont aussi les alliés, protecteurs et financiers de ces néofascistes. Main dans la main avec ceux qui, comme ces mêmes néofascistes, répudient la démocratie et la laïcité, oppriment les femmes, coupent les mains des voleurs, interdisent les autres religions et décapitent tout ce qui n’encadre pas avec leurs désirs.  

 

« Quand on juge, et qu’on agit dans le domaine politique », écrivait jadis Hannah Arendt, « on est sensé de prendre ses repères en suivant l’idée, et non la réalité effective, qu’on est citoyen du monde et donc un spectateur du monde ». Cette lettre a précisément pour objet de diriger, tant bien que mal, les projectiles de transparence démocratique sur les raisons non pas du prétendu silence des « Musulmans » mais du silence complice de ceux qui se posent aujourd’hui, et comme de coutume, en donneurs de leçon zélés sans gêne mais avec une exaltation certaine.

L’instrumentalisation de l’intégrisme

 

« Il n’y a pas de pays musulman plus intégristes que l’Arabie Saoudite. Et pourtant, c’est à la fois un pays ami et un pays important pour les Etats-Unis. Nous ne devons nous opposer à l’intégrisme que dans les mesures exactes où nos intérêts nationaux exigent », disait en 1996 James Baker, ex-Secrétaire d’Etat américain. Cette opposition à géométrie variable, qui dissimule mal l’instrumentalisation de l’intégrisme dans les mesures exactes où leurs intérêts nationaux exigent, est un choix politique constant des américains et de leurs alliés européens depuis plus de septante ans.

 

En effet, durant ces années, comme c’est le cas encore aujourd’hui, ils ont sans cesse parier sur ce que l’on appelle improprement « l’intégrisme musulman » considéré comme devant constituer le plus solide barrage aux forces de la subversion notamment au Proche et Moyen-Orient. Ce fut encore la stratégie d’Ariel Sharon, alors Ministre de la Défense d’Israël, quand il favorisa, à sa création, le mouvement « islamiste » Hamas pour affaiblir Yasser Arafat et l’Organisation de la libération de la Palestine. Et ce fut encore la stratégie américaine en Afghanistan durant dix ans.

 

« Lorsque les soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu’ils entendaient lutter contre une ingérence secrète des Etats-Unis en Afghanistan, personne ne les a crus. Pourtant, il y avait un fond de vérité. Vous ne regrettez rien aujourd’hui ? » C’est cette question célèbre qu’un journaliste français avait posé le 15 janvier 1998 à Zbigniew Brzezinski, ex-conseiller du Président américain Jimmy Carter et théoricien cynique du jihadisme « islamique » en Afghanistan et ailleurs.

 

La réponse aussi célèbre que la question fût : «Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d’attirer les Russes dans le piège afghan, et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j’ai écrit au Président Carter, en substance : « Nous avons maintenant l’occasion de donner à l’URSS leur guerre du Vietnam. » Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde, les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques islamistes excités et les talibans ou la libération de l’Europe centrale à la fin de la guerre froide ? »

 

J’ai été, quant à moi,  plus que persuadé, dès 1982, que les véritables difficultés revêtiront leurs formes nécessairement plus cruelles qu’une fois le jihad en Afghanistan  devenu chose passée. Pour y croire, il suffisait de savoir qui étaient ces talibans et ces « islamistes » transnationaux excités. C’étaient des mercenaires ou des tueurs à gage avec lesquels les autorités américaines avaient élaboré, selon Charles Cogan, ancien chef du bureau parisien de la CIA, une stratégie de convergence des intérêts divergents : « Nous avons pris les moyens de faire la guerre et nous les avons placés dans les mains de gens qui pouvaient s’en servir à des fins sur lesquelles nous étions d’accord. »

 

Pour William Blum, ancien fonctionnaire du département d’Etat américain, les déclarations de Charles Cogan et de Zbigniew Brzezinski illustrent bien « un exemple complètement fou de poulets courants vers la rôtisserie ». Pour lui, « vous ne pouvez pas  investir des milliards de dollars dans un jihad anticommuniste, accepter la participation de la terre entière et ignorer les conséquences. » Mais, dit-il, « nous l’avons fait. Notre objectif était de tuer des cocos et de virer les Russes. »

 

Autrefois, pour atteindre exactement le même objectif un peu partout dans ce que l’on appelait à l’époque « le monde libre», ils fomentaient des coups d’Etat militaires et plaçaient les moyens dans les mains des généraux et des colonels : en sont des exemples, Videla en Argentine, les colonels en Grèce, Pinochet au Chili,  les généraux en Turquie. L’importance des moyens placés dans les mains de ces dictateurs sanguinaires était directement proportionnelle à la « pénibilité » des tâches à accomplir, comme, par exemple, faire disparaître ou faire faire disparaître, liquider ou faire liquider, et pour notre bien,  le plus grand nombre de « socialos et de cocos toxiques et subversifs. »

 

Quel était alors le but poursuivi par les maîtres civilisés de ces tueurs barbares ? Pourquoi la chute de l’empire soviétique était-elle la plus importante au regard de l’histoire du monde pour Zbigniew Brzezinski, conseiller du Président mais aussi fondateur en 1973 de la Trilatéral où s’élabore les idées et les stratégies de l’internationale capitaliste ? Parce que l’argent dieu avait besoin d’une liberté absolue de circulation dite « mondialisation ». Confiné dans un même espace depuis trop longtemps, il avait du mal à se multiplier, et cherchait  un terrain de jeu plus vaste.

 

Ayant atteint la fin poursuivie en 1989, peu leur importait hier, et peu leur importe encore aujourd’hui, le nombre de victimes du terrorisme dits « islamiste », qui sévit un peu partout dans le monde. Parce que, pour eux, c’est la fin qui justifie les moyens. Pour eux, ces victimes à la mémoire des quelles ils rendent hommage, et en versant des larmes de crocodiles, sont des victimes collatérales d’un règlement de compte sanglant appelé  ‘la guerre contre le terrorisme’.  Règlement de compte violent qui est engagé, au terme de la guerre sainte victorieuse  en Afghanistan, entre les jihadistes et leurs anciens alliés, protecteurs et financiers américains et saoudiens, notamment.

 

Au commencement,  étaient les chouchous

 

De fait, Saddam Hussein envahi le Koweït en 1990. Il est inconcevable pour Ben Laden de laisser fouler la terre saoudienne, gardienne des lieux saints de l’islam, par des soldats américains mécréants pour libérer le Koweït. Il pose la question à son protecteur, le prince saoudien Tourki Al Fayçal, chef des services de renseignement : En Afghanistan, a-t-on fait appel à des infidèles pour libérer le pays ? Il propose alors que sa brigade Afghane expulse Saddam Hussein du Koweït comme elle avait expulsé les russes de l’Afghanistan. C’est le ministre saoudien de la Défense qui lui répond : il est d’accord pour que les américains viennent le protéger des chars irakiens. Ben Laden  et sa « Brigade Afghane » ne servaient plus à rien. Il est devenu « salaud »…

 

Mais le « salaud » n’en est pas resté là. Il a tourné ses armes contre ses anciens protecteurs pour en arriver là où nous nous trouvons aujourd’hui. Et le 16 février 2015, dans un journal télévisé, un égorgeur, un néo-fasciste qui inspire pitié, debout sur une plage en Lybie, le dos tourné à la mer Méditerranée, disait : « Aujourd’hui, nous sommes au sud de Rome sur la terre musulmane. » Puis, montrant la mer par un signe de doigt, il ajoutait : « Cette mer dans laquelle vous avez caché le corps d’Oussama Ben Laden, nous jurons devant Allah que nous allons la mêler à votre sang. » Ces barbares, qui faisaient du bon boulot en Syrie, ont été financés et armés par ceux qui les combattent aujourd’hui. Mais leur puissance ne servira plus à rien demain. Ils sont déjà devenus « salauds »…

 

Ces barbares sans noms oublient que l’Occident et ses alliés ne pouvait réserver à Ben Laden, wahhabite, que le sort qu’il a réservé à Saddam Hussein, sunnite, dont il avait manipulé les rêves de grandeur et flatté l’ego durant dix ans avant qu’il soit déclaré « voyou ». En 1979, lorsque Saddam arrive au pouvoir, le péril vient de l’Iran. L’ayatollah Khomeyn, chiite, promet d’exporter sa révolution dans les pays voisins et à travers le monde musulman, dont l’Arabie Saoudite, wahhabite. Le maître de Bagdad était devenu le bouclier protégeant les intérêts occidentaux au Moyen-Orient. En ayant payé le prix du sang pendant la guerre qu’il a menée contre les mollahs iraniens, Saddam a cru qu’il resterait pour toujours le « chouchou » de l’Occident. La guerre Iran-Irak terminée, Saddam et sa puissance ne servaient plus à rien. Le chouchou est devenu « salaud »…

 

Comme vous l’aurez sans doute compris, ce dont nous parlons en Europe, depuis seulement trente-cinq ans, ce n’est donc ni l’islam ni l’islam politique ni l’islamisme à proprement parler. Nous parlons des conséquences inévitables et durables de l’instrumentalisation de l’islam à toutes fins utiles par des occidentaux – les Etats-Unis et ses alliés européens – en collaboration étroite avec leurs alliés musulmans étatiques, des organisations transnationales religieuses et d’extrême droite qui se réclament de l’islam, et de leurs tristement célèbres « salauds »…

Les mosquées et les jihadistes

 

En Belgique, comme dans les autres pays  européens, ces lieux que nous appelons mosquées ne sont pas à proprement parler des mosquées, c’est-à-dire des lieux de culte et de prière, des lieux d’approfondissement spirituel et de méditation. Dans leur plus grande majorité, ce sont des vestiges de la guerre froide, des lieux d’agissements ayant pour but la réalisation, ici et ailleurs, des projets à visées idéologiques, politiques et financières. Dans la convergence des intérêts forts divergents, ces projets sont élaborés dans les obscures coulisses des hauts lieux diplomatiques, et en général, dans le cadre des relations bilatérales entre Etats, qui planent au-dessus de nos têtes.

 

Sur le terrain, la  mise en œuvre de ces mêmes projets  est assurée par l’intermédiaire soit des pions, des lobbyistes ou des fonctionnaires des Etats concernés, soit des militants aguerris des dites organisations transnationales religieuses et d’extrême droite quels que soient les oripeaux dont ils se parent. Ces pions, lobbyistes, fonctionnaires et militants sont généralement déguisés soit en imams et en enseignants de religion islamique, soit en marchands ambulants très séduisants de dialogue interreligieux, de diversité culturelle, de tolérance et de droit à la différence.

 

Les jihadistes ou les terroristes, dont nous parlons depuis des années, ici comme ailleurs, ne sont pas que des musulmans. Ces vulgaires néo-fascistes n’ont en effet pas la nationalité musulmane. Ils ne sont pas non plus porteurs de passeport islamique. Ce sont des néo-fascistes français, turcs, belges, marocains, danois, algériens, irakiens, allemands, syriens, égyptiens, espagnols, maliens, hollandais, nigériens, somaliens, tchétchènes, et certes, de confession musulmane. Récemment,  en France, dans la tragédie de Charlie-Hebdo et de supermarché Hyper Cacher, ce ne sont pas dix-sept mais vingt Français – dont dix-sept innocents et trois néo-fascistes – qui ont perdu la vie.  A Verviers, ce sont deux néo-fascistes belges en herbe qui ont été tués. A Copenhague, ce ne sont pas deux mais trois danois – dont deux innocents et un néo-fasciste – qui ont perdu la vie. Mais, me diriez-vous, ces individus agissent au nom de  l’islam et font partie de la communauté musulmane. Il est vrai que ces individus instrumentalisent l’islam pour atteindre le but qu’ils poursuivent,  et qu’il ne faut pas nécessairement être musulman pour instrumentaliser l’islam.

 

La preuve en est que les mentors héroïques de ces barbares sans nom – appelés jadis « soldats ou combattants de la liberté » par le président américain Ronald Reagan – ont été produits dans les laboratoires américains et européens, et qui, par mutation naturelle, étaient devenus, eux aussi, des terroristes. Il arrive souvent d’ailleurs, dans ce bas monde, que les héros d’hier soient les terroristes d’aujourd’hui, les terroristes d’aujourd’hui soient les héros de demain et les héros des uns soient les terroristes des autres. Comme nous venons de le constater,  ces individus ne sont donc pas les précurseurs ou inventeurs de l’instrumentalisation de l’islam et des musulmans.

 

L’islamisme et l’islam politique 

 

L’islamisme, de quoi s’agit-il ? Du côté américain, suivi par ses alliés européens, ne s’agit-il pas de l’instrumentalisation de l’islam à des fins guerrières, économiques, politiques, financières, énergétiques et géostratégiques ? Instrument du combat contre le communisme depuis Yalta, puis contre les nationalismes arabes depuis les années 1950 ? L’expression, en Afghanistan, de la vengeance américaine de la défaite de Vietnam et de la volonté américaine de la protection partisane de son frère Israël. L’allié du renouveau libéral et de la démonstration de la suprématie impériale américaine, le rempart de réserve d’un retour toujours possible du socialisme. Et cela, soulignons-le, en se servant des marionnettes illuminés que l’on appel des jihadistes ou terroristes. Il s’agit  là des militants des mouvements politiques regroupant les courants les plus radicaux, qui veulent faire de la religion une véritable idéologie – l’islam politique – qui porte un nom vieux comme le monde, à savoir la théocratie par définition totalitaire. Celle-ci se défini par l’application rigoureuse de la charia – la législation canonique islamique – et la création d’États islamiques « authentiques ».

Du côté des tenants  de l’islam politique, dont les alliés musulmans de l’Occident, ne s’agit-il pas d’un instrument, vieux comme l’islam, utilisé pour la conquête de pouvoir et pour s’y maintenir ? Instrument du combat contre le communisme, puis contre la démocratie et la laïcité. L’expression de la vengeance des Frères musulmans de la grande répression ordonnée contre eux, à partir de 1954, par Gammal Nasser en Egypte et par Hafez el-Assad en Syrie. L’expression de la vengeance des islamo-fascistes turcs de la démolition du Califat par Atatürk et de la restauration de la République laïque en Turquie. Et enfin, l’expression de la vengeance des néo-fascistes transnationaux de toutes les prétendues malédictions pesant sur le monde musulman depuis des siècles, et des complots paranoïaques antimusulmans allant des croisades à la Reconquête de l’Espagne sur les arabes, en passant par Guantanamo  jusque Saddam Hussein,  Mouammar Kadhafi, Oussama Ben Laden… ?

 

Le communautarisme ou la ghettoïsation

 

Si je vous disais qu’en Belgique, il n’y a pas de communautés mais il y a des citoyens d’origines, de langues,  de religions, de couleurs, de culture et de tradition diverses, vous me prendrez pour un fou ou un farfelu dans un pays où on ne jure que par communauté. A vrai dire, je ne suis ni fou ni farfelu. Si je dis cela, c’est parce que je déteste tellement le communautarisme que je prends mon désir pour la réalité. Je le considère comme une des convictions des plus dangereuses, plus dangereuse que le terrorisme, plus dangereuse que les dangers qu’elle prétend combattre. L’histoire proche nous enseigne qu’il ne faut jamais perdre de vue la possibilité de voir surgir brusquement la pensée immonde selon laquelle la responsabilité, la culpabilité, comme l’innocence, sont collectifs ou communautaires, comme ce fut le cas en Turquie, en Allemagne et au Rwanda au siècle dernier.

 

En d’autres termes, le communautarisme – la version moderne de la ghettoïsation – c’est le repli sur soi, c’est l’auto-exclusion ethnique ou confessionnelle. C’est une bombe à retardement, car il suffit d’une étincelle pour que surgisse l’immonde pour montrer du doigt la communauté coupable ou responsable. Dans la contradiction et dans l’opposition, l’enfer est toujours l’autre, l’autre croyance, l’autre ethnie, l’autre sexe, l’autre différent. Le communautarisme, c’est le Liban, c’est l’Irlande, c’est le Soudan, c’est l’Afrique Centrale, c’est la Syrie et l’Irak actuels.

 

Pour mieux en saisir l’enjeu, prenons ici l’exemple des débats organisés sans cesse autour des religions ou des nationalismes (à ne pas confondre avec patriotisme). Quand nous parlons de ces sujets, nous sommes nécessairement dans l’opposition et dans la contradiction. Nous ne sommes pas dans la recherche d’un socle de valeurs communes, d’un dénominateur commun, qui permet le vivre ensemble. A contrario, quand nous parlons de la démocratie, et de la défense de nos valeurs démocratiques, nous parlons de la citoyenneté. Et lorsque nous parlons de la citoyenneté, nous parlons d’un espace publique dans lequel nos appartenances et identités particulières se trouvent transcendées – et non pas niées ou dissolues – par notre appartenance de citoyen à la société dans laquelle  nous vivons et à laquelle nous délèguerons nos enfants.

 

Il n’y a pas très longtemps, d’ailleurs, que nous laissions sous-entendre que nous parlions des musulmans en parlant des turcs et des marocains. Récemment, nous avons commencé à parler de la « communauté musulmane » en parlant des néo-fascistes de différentes nationalités. C’est comme si nous célébrions la victoire universelle, notamment, de la confrérie des Frères musulmans dont la doctrine considère l’idée nationale comme une invention diabolique des infidèles pour briser l’unité des musulmans au lieu de les unir sous leur étendard : « Dieu est notre but, le Prophète notre chef, le Coran notre constitution, le jihad notre voie, le martyr notre plus grande espérance ». Malgré l’opinion unanime de ceux qui savent de quoi ils parlent, je ne crois vraiment pas que des jeunes consultent un site jihadiste pour découvrir leur but (Allah), pour rejoindre leur chef (le Prophète), pour trouver leur voie (le jihad), pour atteindre leur  plus grande espérance (le martyre). Par contre, il est tout fait possible qu’ils consultent un site jihadiste après avoir été persuadé, ailleurs, par ses Frères musulmans de la justesse de la cause qu’il défend aujourd’hui.

Faut-il rappeler ici que, en même temps que la Confrérie des Frères Musulmans, Hassan Al Banna a fondé en 1928 l’organisation des Jeunes musulmans, modèle de ce qui est convenu d’appeler aujourd’hui « les Jeunes musulmans européens ou belges ». Déjà frappé d’interdiction à l’époque à cause de la radicalité de leur prise de position, Al Banna voyait dans les organisations juives de Palestine, et d’ailleurs, un modèle pour les Frères musulmans : modèle communautariste – dit « modèle anglo-saxon » – qui est un projet socio-politique visant à soumettre les membres d’un groupe aux normes supposées propres à ce groupe, et à contrôler les opinions, les comportements, les croyances de ceux qui appartiennent en principe à cette communauté.

 

Le communautarisme remet en cause l’espace public neutre, et empêche l’individu de briser ses chaînes, de se définir ou de se redéfinir. Comme ce  couple qui fut marginalisé et humilié dans la société dans laquelle il était censé vivre, et qui était enfermé dans son ghetto lui procurant un sentiment ou une illusion de sécurité pour survivre ; « Une femme turque prépare un plat turc dans sa cuisine avec ses ustensiles turcs. Son mari turc lit son journal turc sur son divan couvert de tissu turc en face d’une fenêtre située sur un mur enjolivé par une horloge, des tableaux religieux et des tapis turcs. On aperçoit par la fenêtre entrouverte une petite partie d’Atomium. Le mari dit à son épouse : « Chérie, veux-tu bien fermer la fenêtre pour que nous puissions nous sentir en Turquie, pleinement ». Telle fut la représentation d’une des conséquences du communautarisme mise en exergue par une caricature qui était publié dans un quotidien turc que le mari turc tenait en main.

 

Enfermés dans cet isolement suffoquant, vivant en plein milieux du marécage de ghetto, ces personnes ouvrent les bras au premier « Sauveur » qui vient vers eux, les conforte, leur porte une considération et une reconnaissance. Puis s’ouvre la porte de la manipulation des peurs, des sentiments identitaires, de solidarités confessionnelles. Comme le faisait en 1983 lors de l’inauguration d’une mosquée turque à Genk, le Président du directorat des Affaires religieuses directement attaché au  Premier ministre en Turquie. Accompagné par le Consul d’Anvers et des nombreux journalistes dépêchés sur place, acclamé par un public déchainé, auto-entrainé dans une opposition et surenchère confessionnelles mortifères,  il brandissait le Coran en main, et disait :

 

« Nous savons que les empires ont été fondés dans les mosquées. Aujourd’hui, le message du Saint Coran persuade 30% des Américains. Quant au 60% restant, 1 sur 3 parmi ceux qui prennent connaissance du message  se converti en islam et les deux autres éprouvent le besoin d’y réfléchir. L’importance de ce fait, de point de vue politique, économique et stratégique, est incontestable. Nous ne pouvons pas conquérir l’Amérique par les armes, mais il est possible d’y parvenir grâce à ce message et pour le bonheur des Américains. Comme nos ancêtres ont conquis l’Egypte, la Syrie et l’Afrique du Nord pour leur bonheur. Nos ancêtres Ils sont venus jusqu’à Vienne et nous sommes venu jusqu’en Belgique et  pour leur bonheur.»

 

En écoutant les propos délirants, mais convaincants, de cet islamo-nationaliste célèbre, j’avais l’impression que François Mauriac lui donnait la réplique, en disant : « Vos adversaires se font en secret de la religion une idée beaucoup plus haute que vous ne l’imaginez et qu’ils ne le croient eux-mêmes. Sans cela, pourquoi seraient-ils blessés de ce que vous la parquetiez bassement. »

 

Depuis septante ans, la machine à rendre toute pensée hémiplégique fonctionne à plein et rend impossible de choisir le « bon pied » sur lequel il faut danser pour plaire aux maîtres du monde. Et le mensonge court toujours mais, malgré lui, il balise la route pour la vérité puisqu’il n’est que le figurant multiple et omniprésent d’une histoire dont la vérité, elle, est l’héroïne.

 

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N.B : Pour ne pas en encombrer le contenu, je n’ai pas souhaité citer dans cette lettre les références des sources auxquelles je me suis référé. La liste complète de ces sources est présentée à la fin de la partie 2.

Agir « contre l’oubli » et redire qu’il n’y a pas de vieilles histoires ni de prescription ni de concession quand il s’agit des principes fondamentaux

Monsieur Cédric VISART de BOCARMé
Procureur Général près la Cour d’appel de Liège
Madame Danièle REYNDERS
Procureur du Roi
Palais de Justice
Place Saint-Lambert, 16
4000 LIEGE

Liège, le 22 juin 2011

Monsieur le Procureur Général,

Madame le Procureur du Roi, ex-Juge d’instruction,

Concerne : Agir « contre l’oubli » et redire qu’il n’y a pas de vieilles histoires ni de prescription ni de concession quand il s’agit des principes fondamentaux

Face au mur de l’arbitraire devenu le seul passage, et comme vous n’en pouvez douter, j’agirai dans un futur proche pour faire entendre, à qui de droit et d’une façon définitive, mon exigence légitime du respect du droit et des lois. Droit et lois que vous n’avez jamais respectés dans le traitement, notamment, de mes démarches judiciaires au sujet du mandat d’arrêt et de l’ordonnance de mise en observation psychiatrique dont j’ai été l’objet respectivement le 22 juin 1995 et le 19 mars 1999. Tenus par la solidarité de corps et la raison d’État, vous avez cru possible de vous émanciper de ce respect du droit. En ayant pour guide la sensation perverse de puissance, vous n’avez cessé de vouloir faire admettre que ‘la fin justifie les moyens et que la seule loi à la validité de laquelle on peut encore faire appel, c’est la loi du plus fort’. C’est de cette façon jubilatoire que vous avez tenté, sans relâche, de justifier injustifiable.

A l’origine, il y a seize ans

Le 22 juin 1995 à 11h 45, entre deux gendarmes, je lisais sur le mandat d’arrêt que je tenais entre mes mains menottées : « Attendu que les circonstances spécifiques propres à la cause et à la personnalité de l’inculpé (je souligne, ndlr) », entraînant l’absolue nécessité pour la sécurité publique de décerner le présent mandat d’arrêt à son encontre en raison de la gravité des faits consistants dans le détournement de sommes importantes versées par les pouvoirs publics dans le but de favoriser l’intégration d’immigrés ; que de pareils agissements mettent directement en péril l’ordre et la sécurité public et dénotent dans le chef de l’intéressé une volonté de s’enrichir aux dépens de personnes défavorisées et de la collectivité (je souligne, ndlr) ».

Seize ans plus tard, connaissant mieux que quiconque tous les tenants et aboutissants politiques de ce dossier, pourriez-vous, Monsieur le Procureur Général, Madame le Procureur du Roi, indiquer un seul fait ou une seule raison qui, au seul regard de la loi et du droit, aurait pu justifier la motivation nauséabonde de ce mandat d’arrêt ? Sinon, pourriez-vous reconnaître un jour que, par ce mandat d’arrêt, « le crime se parait des dépouilles de l’innocence, et par un curieux renversement, c’est l’innocence qui était sommée de fournir ses justificatifs ». Et ce, à des fins extrajudiciaires jamais avouées et en vertu du pouvoir que les magistrats et auxiliaires concernés croyaient, semble-t-il, détenir de leur ignominie ?

A présent,

Je souhaite vous dire que, le jour où j’agirai, j’aimerais que vous vous souveniez de ceci : comme je l’ai crié sur tous les toits durant seize ans, il faut que les autorités compétentes mènent l’enquête concernant les deux dossiers cités sous rubrique, afin de déterminer le véritable but que les magistrats et auxiliaires concernés ont voulu atteindre par la délivrance de ce mandat d’arrêt d’abord, et ensuite, par la délivrance de cette ordonnance de mise en observation psychiatrique. Sans cela, ‘tourner la page’ serait pour moi un acte de lâcheté que je n’assumerai jamais pour deux raisons fondamentales.

La première raison, la raison la plus fondamentale, est directement liée à ma compréhension de l’éthique politique, de la responsabilité et de la vigilance citoyenne, quel que soit l’oripeau dont se pare le pouvoir ou le régime. Assumer cette lâcheté ici et maintenant reviendrait pour moi à participer à la banalisation de l’intolérable.

Car au terme de seize années de combat pour opposer un « non » à l’injustice et à l’arbitraire, rien ne me garantit à ce jour que ce qui était possible hier ne le sera plus jamais. Bien au contraire. Je ne vois vraiment pas une raison valable pour laquelle je ne pourrais pas – ou un autre citoyen « gênant » ne pourrait pas -, dans les heures ou les jours qui suivent, être à nouveau privé de liberté sous un prétexte fallacieux et séquestré dans un milieu carcéral ou thérapeutique afin d’être réduit au silence.

Pour le dire avec les termes d’African Spir, il est évident que « le 1 paraît infiniment petit par rapport au 1.000.000 ». Mais « qu’on mette le 1=0, et tout le 1.000.000 s’évanouit aussitôt. Il en est exactement de même du droit. En lésant le droit d’un seul individu, la société renverserait par-là les bases même sur lesquelles repose la conscience intime du droit, les bases de tout État réellement équitable ». Car « si on ne respecte pas le droit d’un membre de la collectivité, il n’y a pas de raison valable pour que l’on respecte celui de n’importe quel autre membre, et partant, de tous. » Je reste persuadé, par exemple, de ce que le jour où la politique et la psychiatrie feront bon ménage et seront chargées du maintien de l’ordre, le fascisme ordinaire fera la loi pour tous et non pour l’un ou l’autre.

La deuxième raison est intimement liée à mon être profond, à mon individualité. J’ai en effet été élevé en étant guidé dès ma plus tendre enfance par des ‘valeurs’ qui ont pour nom mépris du mensonge, dégoût de l’abus de pouvoir, sens du bien public et de la justice, attention permanente aux plus faibles, respect sans concession des engagements éthiques et moraux. Autrement dit, j’ai été élevé dans la hantise permanente de la négation du respect de la personne humaine, de la justice, des droits et des libertés.

Précisément, c’est bien cette négation ordinaire du respect de la personne humaine, de la justice et du droit, qui fut tant convoitée dans les vastes rouages de l’État par de sempiternels bénéficiaires de l’impunité durant vingt années de combat dont j’ai été le promoteur.

Ce sont ces mêmes bénéficiaires de l’impunité, s’estimant au-dessus des lois et du droit, qui ont fait régner l’arbitraire en maître durant ces seize dernières années dans les rouages judiciaires de l’État : allant de vous au procureur général près la Cour de cassation en passant par le ministre de la Justice….

Quant à l’avenir, je continue à croire qu’il dépend de nous que le présent délivre sa promesse d’avenir, et que notre devoir moral est de permettre aux générations futures de construire leur avenir,

Mustafa Üner SARI

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